Co-responsabilité : quand ce concept aide… et quand il culpabilise
Un concept mal compris
Introduction
Dans les relations toxiques, le terme de co-responsabilité est souvent invoqué.
Parfois pour nuancer, parfois pour expliquer… mais très souvent pour culpabiliser.
Il est alors utilisé de manière simpliste :
« S’ils sont deux, c’est qu’ils sont responsables à parts égales. »
Cette lecture est non seulement fausse, mais aussi dangereuse.
Elle confond responsabilité relationnelle, mécanismes d’emprise et capacité réelle d’agir.
Cet article vise à clarifier ce que signifie — et ne signifie pas — la co-responsabilité dans une relation toxique.
Que signifie réellement la co-responsabilité ?
Une notion issue de la relation, pas de la faute
La co-responsabilité ne parle pas de faute morale.
Elle décrit le fait qu’une relation est co-construite, dans ses dynamiques, ses interactions et ses ajustements.
Mais co-construite ne veut pas dire :
-
équitable,
-
symétrique,
-
consciente des deux côtés.
Responsabilité ≠ égalité de pouvoir
Dans une relation toxique, il existe souvent :
-
un déséquilibre de pouvoir,
-
une asymétrie émotionnelle,
-
une différence de capacité à influencer, imposer ou déstabiliser.
Parler de co-responsabilité sans tenir compte de ces éléments est une erreur majeure.
CONSEIL DU THÉRAPEUTE
La responsabilité relationnelle
ne se mesure pas en parts égales,
mais en capacité d’agir, de nuire et de se remettre en question.
Pourquoi la co-responsabilité est souvent mal utilisée
Une notion détournée pour minimiser la toxicité
La co-responsabilité est parfois invoquée pour :
-
relativiser des comportements toxiques,
-
éviter de nommer la violence psychologique,
-
renvoyer la souffrance à une “mauvaise dynamique” abstraite.
Cela déplace le problème du comportement vers une pseudo-neutralité relationnelle.
Quand la co-responsabilité devient culpabilisation
Dire à une personne sous emprise :
-
« Tu es aussi responsable »
-
« Tu as ta part »
revient souvent à renforcer :
-
la honte,
-
le doute,
-
la confusion déjà présente.
Maillage – Relations toxiques :
→ Pourquoi quitter une relation toxique est si difficile
→ Le doute comme symptôme d’une relation toxique
CONSEIL DU COACH
Une notion censée responsabiliser ne devrait jamais écraser,
encore moins une personne déjà en difficulté.
Co-responsabilité et dynamique d’emprise
Quand la capacité de choix est altérée
Dans une dynamique d’emprise :
-
la liberté intérieure est réduite,
-
la peur oriente les décisions,
-
la confusion brouille le discernement.
Parler de co-responsabilité sans intégrer ces éléments revient à nier l’emprise.
Maillage – Relations toxiques et Dynamiques d'Emprise :
→ Pourquoi l’emprise est invisible pour la personne qui la subit
→ Emprise et perte de liberté intérieure
Rester n’est pas consentir
Le fait de rester dans une relation toxique ne signifie pas :
-
approuver,
-
choisir librement,
-
être d’accord avec ce qui est vécu.
Souvent, rester est une adaptation de survie.
Maillage – Stress :
→ Stress chronique et relations toxiques : quand le lien maintient l’alerte
CONSEIL DU THÉRAPEUTE
L’absence de départ n’est pas une preuve de consentement,
mais souvent un indicateur de contrainte psychique.
Ce qui relève de la responsabilité de la personne qui subit
Reconnaître ce qui se joue (quand c’est possible)
Avec le temps, certaines responsabilités peuvent émerger :
-
reconnaître le mal-être,
-
nommer la confusion,
-
cesser de se nier totalement.
Mais cela dépend :
-
de l’état psychique,
-
du niveau d’épuisement,
-
du degré d’emprise.
La responsabilité de se protéger, pas de réparer l’autre
Une personne n’est jamais responsable :
-
des comportements toxiques de l’autre,
-
de sa violence psychologique,
-
de son absence de remise en question.
La responsabilité possible concerne sa protection, pas la transformation de l’autre.
Maillage – Estime :
→ Quand l’adaptation permanente érode l’estime de soi
CONSEIL DU COACH
Se protéger n’est pas abandonner l’autre,
c’est cesser de s’abandonner soi-même.
Clarifier sans accuser : pourquoi cette distinction est essentielle
Clarifier la co-responsabilité permet :
-
de sortir du tout ou rien,
-
de ne pas idéaliser ni diaboliser,
-
de comprendre sans culpabiliser.
Mais cette clarification doit toujours intégrer :
-
le pouvoir réel,
-
l’état psychique,
-
la sécurité intérieure.
Conclusion – Une notion à manier avec discernement
La co-responsabilité dans les relations toxiques ne peut pas être utilisée comme un verdict moral.
Elle doit être pensée avec nuance, contexte et humanité.
Comprendre cette notion permet de :
-
remettre de la justesse là où il y avait de la culpabilité,
-
reconnaître les zones grises sans nier la toxicité,
- restaurer une lecture plus respectueuse de l’expérience vécue.
Maillage de continuité – PILIER HUB “QUOI”
→ Pourquoi quitter une relation toxique est si difficile
→ Stress chronique et perte de repères internes
→ Quand l’adaptation permanente érode l’estime de soi





