Quand la personne qui souffre devient le problème, et l’autre la victime
Introduction — « Finalement, c’est moi qui m’excuse »
Vous exprimez un malaise.
Vous posez une limite.
Vous nommez quelque chose qui vous blesse.
Et, quelques minutes plus tard :
-
vous doutez de vous
-
vous vous justifiez
-
vous vous excusez
-
vous avez l’impression d’avoir exagéré
Les rôles se sont inversés.
Celui qui a exprimé un malaise devient “le problème”.
Celui qui a provoqué le malaise devient “la victime”.
C’est l’un des mécanismes les plus déstabilisants de la communication dysfonctionnelle :
l’inversion des rôles.
Qu’est-ce que l’inversion des rôles en communication ?
L’inversion des rôles est un mécanisme relationnel dans lequel :
-
la responsabilité du malaise est déplacée
-
la personne qui réagit devient fautive
-
la personne à l’origine du problème se déresponsabilise
Le focus quitte les faits pour se déplacer sur la réaction.
DÉFINITION CLÉ
Il y a inversion des rôles lorsque la personne qui exprime une limite ou un malaise se retrouve accusée, disqualifiée ou culpabilisée.
Pourquoi ce mécanisme est-il si déroutant ?
Parce qu’il :
-
brouille la lecture de la situation
-
fait douter de son ressenti
-
provoque une culpabilité injustifiée
On ne sait plus :
-
qui a fait quoi
-
ce qui est légitime
-
où se situe la responsabilité
CLE
L’inversion des rôles ne nie pas forcément les faits :
elle déplace l’attention pour éviter d’y répondre.
Les formes courantes de l’inversion des rôles
La victimisation
-
« Tu me fais souffrir en disant ça »
-
« Avec toi, on ne peut jamais rien dire »
Celui qui est interpellé se présente comme blessé.
La disqualification émotionnelle
-
« Tu exagères »
-
« Tu es trop sensible »
Le problème n’est plus l’acte, mais la réaction.
Le retournement moral
-
« C’est toi qui mets une mauvaise ambiance »
-
« Tu compliques tout »
La personne qui pose une limite devient fautive.
SIGNAL D’ALERTE
Si vous ressortez d’un échange
en vous sentant coupable d’avoir exprimé un malaise,
il y a probablement inversion des rôles.
Pourquoi certaines personnes inversent les rôles ?
Pour éviter la responsabilité
Reconnaître un tort oblige à :
-
se remettre en question
-
réparer
-
changer
L’inversion permet d’éviter ce travail.
Par peur de perdre le contrôle
Admettre un problème, c’est accepter :
-
une limite
-
une frustration
-
une perte de pouvoir
L’inversion restaure un ascendant émotionnel.
Par mécanisme défensif inconscient
Certaines personnes ne supportent pas :
-
la critique
-
la remise en question
-
le sentiment de faute
Elles se défendent en attaquant… indirectement.
Pourquoi l’inversion des rôles est-elle toxique ?
Elle détruit la confiance en soi
La personne qui subit :
-
doute de son jugement
-
minimise ses besoins
-
s’auto-censure
Elle crée une confusion émotionnelle durable
On ne sait plus :
-
ce qui est légitime
-
ce qui ne l’est pas
-
ce qu’on a le droit de ressentir
La relation devient insécurisante.
Elle empêche toute résolution réelle
Puisque :
-
le problème n’est jamais traité
-
la responsabilité est déplacée
Les mêmes situations se répètent.
CLE
Une relation où les rôles sont constamment inversés
ne permet ni réparation, ni évolution.
Inversion des rôles et autres mécanismes dysfonctionnels
L’inversion des rôles est souvent associée à :
-
la communication agressive déguisée
-
le déni de l’impact émotionnel
Elle fait partie d’un système relationnel, pas d’un acte isolé.
Dans quels contextes l’inversion des rôles est-elle fréquente ?
Dans le couple
-
reproches retournés
-
culpabilisation affective
-
confusion émotionnelle
Dans la communication interpersonnelle
-
amitiés déséquilibrées
-
relations où l’un s’excuse toujours
En milieu professionnel
-
feedback retourné contre l’employé
-
hiérarchie défensive
-
climat d’insécurité
Le mécanisme s’adapte… mais reste le même.
Comment réagir face à une inversion des rôles ?
Revenir aux faits
ANCRAGE
« Je parle d’un fait précis, pas de ton ressenti sur ma réaction. »
Cela recentre l’échange.
Ne pas se justifier excessivement
Se justifier alimente :
-
le déplacement
-
la confusion
Nommer et s’arrêter est souvent plus efficace.
Poser une limite claire
-
refuser la culpabilisation
-
maintenir le cadre
LIMITE SAINE
« Je suis prêt(e) à discuter du fond,
pas à être rendu(e) responsable de l’avoir nommé. »
Sortir soi-même de l’inversion des rôles
Si vous reconnaissez ce mécanisme chez vous :
-
observez votre réaction à la critique
-
différenciez remise en question et attaque
-
acceptez la responsabilité sans vous effondrer
Assumer évite d’inverser.
Conclusion — Remettre chaque rôle à sa place
L’inversion des rôles est l’un des mécanismes les plus délétères de la communication dysfonctionnelle.
Elle :
-
brouille les repères
-
abîme la confiance
-
empêche toute relation saine
Une communication mature distingue toujours :
-
les faits
-
les ressentis
-
les responsabilités
Exprimer un malaise n’est jamais une faute.
Le reconnaître est une preuve de maturité relationnelle.
Pour aller plus loin dans la Communication dysfonctionnelle
Lectures recommandées :
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