COMMENT APPRENONS-NOUS DEPUIS L'ENFANCE ?

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Comment nos expériences construisent nos façons de penser, de ressentir et de réagir.


EXTRAIT DE L'ARTICLE

Pourquoi certaines façons de penser, de ressentir ou de réagir nous semblent-elles si naturelles ?

Pourquoi reproduisons-nous parfois des comportements que personne ne nous a explicitement enseignés ?

Et comment avons-nous appris à considérer certaines situations comme rassurantes, menaçantes, acceptables ou interdites ?

Depuis notre naissance, nous apprenons en permanence. Nous observons, imitons, associons, expérimentons, écoutons et répétons.

Ces apprentissages contribuent progressivement à construire notre compréhension du monde, nos attentes relationnelles et certaines de nos habitudes.

Mais une dimension plus discrète intervient également : à travers nos expériences, nous développons aussi une certaine manière d’apprendre.

Comprendre ces mécanismes permet d’éclairer une question essentielle : comment sommes-nous progressivement devenus la personne que nous sommes aujourd’hui ?


POURQUOI APPRENONS-NOUS BIEN PLUS QUE CE QUE L’ON NOUS ENSEIGNE ?

Vous avez peut-être appris à remercier, à respecter certaines règles ou à effectuer des gestes du quotidien parce qu’un adulte vous les a expliqués.

Mais qui vous a appris à vous méfier de certaines réactions ?

À ressentir de la fierté lorsque vous réussissez ?

À vous taire lorsque quelqu’un élève la voix ?

À considérer qu’il vaut mieux se débrouiller seul plutôt que demander de l’aide ?

Ces apprentissages ne résultent pas nécessairement d’une consigne explicite.

Ils peuvent s’être construits progressivement, à travers des situations vécues, des comportements observés, des émotions ressenties ou des conséquences rencontrées.

Nous apprenons donc bien davantage que ce que l’on cherche volontairement à nous transmettre.

Et ces apprentissages ne concernent pas uniquement nos connaissances.

Ils participent également à la construction de nos attentes, de nos interprétations, de nos réactions émotionnelles et de nos comportements.

Pour comprendre leur influence, il faut d’abord découvrir comment ils se construisent.


NOUS APPRENONS DÈS NOS PREMIÈRES EXPÉRIENCES

L’apprentissage commence bien avant que nous soyons capables de comprendre des explications ou de formuler des raisonnements.

Dès les premiers mois de la vie, le nourrisson développe des capacités à reconnaître des régularités, à distinguer des événements familiers et à anticiper certaines situations.

Il découvre progressivement que certains événements se suivent, que certains gestes produisent des effets et que certaines personnes répondent à ses besoins.

Ces apprentissages reposent notamment sur les capacités de perception, de mémoire, d’association et d’adaptation qui se développent au cours de l’enfance.


Apprendre ne nécessite pas toujours de comprendre consciemment

Un jeune enfant peut reconnaître une voix familière avant de comprendre les mots prononcés.

Il peut anticiper certains moments de la journée à partir de gestes ou de situations répétées.

Il peut également manifester une réaction émotionnelle face à une situation dont il ne saurait expliquer la signification.

Cela montre une distinction essentielle :

Nous pouvons apprendre sans avoir conscience de ce que nous sommes en train d’apprendre.

Certains apprentissages sont explicites : nous savons ce que nous apprenons et pouvons parfois l’expliquer.

D’autres sont implicites : ils se construisent à travers l’expérience sans nécessiter une intention consciente.

Ces deux dimensions peuvent coexister et interagir.


L’enfant apprend dans un environnement relationnel

Les premiers apprentissages se construisent également dans les interactions avec les personnes qui entourent l’enfant.

Les expressions du visage, les réactions émotionnelles, les gestes, les paroles et les comportements des adultes constituent autant d’informations.

L’enfant ne reçoit pas uniquement des enseignements.

Il découvre progressivement comment les personnes autour de lui réagissent, communiquent, expriment leurs émotions et interagissent.

Mais il ne reproduit pas mécaniquement tout ce qu’il observe.

Son développement, son tempérament, ses expériences et le contexte influencent également ce qu’il remarque, comprend et retient.


LES SIX MÉCANISMES PAR LESQUELS NOUS APPRENONS

Pour comprendre comment se construisent nos apprentissages, nous pouvons distinguer six grands mécanismes.

Cette présentation constitue une organisation pédagogique destinée à rendre les processus plus accessibles.

Ces mécanismes ne correspondent ni à six étapes successives du développement, ni à six catégories scientifiques totalement indépendantes.

Ils peuvent intervenir simultanément, se compléter et se renforcer.


1. LA MODÉLISATION INCONSCIENTE : intégrer sans chercher à apprendre

Un enfant grandit dans une famille où les désaccords sont rarement exprimés directement.

Lorsqu’une tension apparaît, les adultes se taisent, changent de sujet ou évitent de parler de ce qui les dérange.

Personne ne lui explique nécessairement qu’il faut éviter les conflits.

Pourtant, au fil des expériences, il peut intégrer cette manière de fonctionner.

Plus tard, il lui semblera peut-être naturel de garder pour lui ses désaccords.

Il aura pu apprendre une manière de réagir sans avoir reçu d’enseignement explicite.

La modélisation désigne ici l’influence des comportements observés sur la construction de nos propres façons d’agir.

Elle peut notamment s’appuyer sur des processus d’apprentissage social, d’imitation et d’apprentissage implicite.

Les travaux d’Albert Bandura ont montré l’importance de l’observation des comportements d’autrui dans les apprentissages.

Cependant, observer un comportement ne signifie pas nécessairement le reproduire.

L’enfant peut également le rejeter, le modifier ou développer une réponse différente.

La modélisation n’est donc pas une copie automatique de l’environnement familial.

Elle constitue une influence possible parmi d’autres.


2. L’OBSERVATION CONSCIENTE : regarder, comprendre et reproduire

Un enfant regarde un adulte réparer un objet.

Il observe les gestes, remarque leur enchaînement et cherche à comprendre comment obtenir le même résultat.

Il essaie ensuite de reproduire ce qu’il a vu.

Cette fois, l’observation s’accompagne d’une intention plus explicite d’apprendre.

Nous pouvons apprendre en regardant quelqu’un agir, sans devoir découvrir seuls toutes les étapes nécessaires.

Ce mécanisme intervient dans de nombreuses situations :

  • L’apprentissage de gestes techniques.

  • L’acquisition de comportements sociaux.

  • La découverte de nouvelles façons de résoudre un problème.

  • L’apprentissage de certaines manières de communiquer.

L’observation peut aussi concerner les conséquences rencontrées par les autres.

Un enfant qui voit une personne félicitée pour un comportement peut être davantage tenté de l’adopter.

À l’inverse, observer une conséquence désagréable peut contribuer à décourager certains comportements.

L’apprentissage par observation ne dépend donc pas uniquement de l’imitation des gestes.

Il implique également l’attention, la mémoire, l’interprétation et les attentes concernant les résultats possibles.

La distinction entre modélisation inconsciente et observation consciente est ici pédagogique : dans la réalité, les degrés de conscience peuvent varier au cours d’un même apprentissage.


3. L’ASSOCIATION ÉMOTIONNELLE : apprendre à travers ce que nous ressentons

Un enfant prend la parole devant plusieurs personnes.

Il reçoit des moqueries et éprouve une forte gêne.

Si des expériences similaires se répètent, certaines situations d’exposition peuvent progressivement être associées à cette émotion désagréable.

Plus tard, parler en public peut déclencher une inquiétude avant même qu’il ait commencé à s’exprimer.

Une situation peut ainsi acquérir une signification émotionnelle à travers les expériences auxquelles elle a été associée.

L’apprentissage associatif joue un rôle important dans ce phénomène.

Les recherches sur le conditionnement classique, notamment celles d’Ivan Pavlov, ont permis de décrire comment un stimulus initialement neutre peut acquérir la capacité de déclencher certaines réponses après avoir été associé à un autre événement.

Chez l’être humain, les apprentissages émotionnels sont cependant plus complexes.

Ils peuvent dépendre du contexte, des interprétations, des expériences antérieures et des informations reçues.

Les associations ne sont pas toujours négatives.

Une odeur peut évoquer un souvenir rassurant.

Une musique peut rappeler un moment heureux.

Une voix peut être associée à la sécurité.

Nos expériences émotionnelles contribuent donc à donner une signification particulière à certaines situations, parfois durablement.

Mais une association émotionnelle n’est pas nécessairement définitive ni identique dans tous les contextes.


4. L’INSTRUCTION COGNITIVE : apprendre par les mots, les règles et les explications

Un enfant entend régulièrement :

« Il faut toujours être fort. »

« Il ne faut pas déranger les autres. »

« Pour réussir, il faut travailler dur. »

« Tu peux demander de l’aide lorsque tu en as besoin. »

Ces phrases transmettent des informations, des règles ou des représentations du monde.

Certaines sont utiles pour comprendre les situations et organiser les comportements.

D’autres peuvent être interprétées comme des règles générales, même lorsqu’elles ne sont adaptées qu’à certains contextes.

Nous apprenons aussi à travers ce que les autres nous disent et la signification que nous donnons à leurs paroles.

L’instruction permet de transmettre des connaissances sans devoir expérimenter personnellement chaque situation.

Elle contribue à l’apprentissage du langage, des règles sociales, des connaissances et de nombreuses compétences.

Mais recevoir une instruction ne signifie pas nécessairement l’accepter.

L’enfant peut la comprendre, la questionner, la modifier ou la confronter à ses expériences.

Une même phrase peut également être interprétée différemment selon l’âge, le contexte et les expériences antérieures.

L’instruction cognitive peut ainsi contribuer à la construction de certaines croyances.

Elle n’en constitue toutefois pas l’unique origine.

Une croyance peut également émerger de l’observation, de l’expérience ou de l’interprétation répétée de situations.


5. LES CONSÉQUENCES : apprendre de ce que produisent nos comportements

Un enfant demande de l’aide et reçoit une réponse attentive.

Il peut progressivement apprendre que demander du soutien constitue une possibilité utile.

Un autre enfant exprime un désaccord et rencontre régulièrement une réaction très négative.

Il peut apprendre que garder le silence réduit certaines conséquences désagréables.

Dans ces deux exemples, les conséquences rencontrées peuvent influencer la probabilité de réutiliser un comportement.

Ce mécanisme est notamment étudié dans le conditionnement opérant, développé à partir des travaux d’Edward Thorndike puis de B. F. Skinner.

Le renforcement correspond à un processus par lequel une conséquence augmente la probabilité de réapparition d’un comportement dans certaines conditions.

Il peut notamment prendre deux formes :

  • Le renforcement positif : l’apparition d’une conséquence contribue à augmenter un comportement.

  • Le renforcement négatif : la disparition ou l’évitement d’une situation désagréable contribue à augmenter un comportement.

Le renforcement négatif ne signifie donc pas punition.

Par exemple, éviter un désaccord peut apporter un soulagement immédiat.

Ce soulagement peut contribuer à renforcer l’évitement, même lorsque celui-ci entraîne ensuite des difficultés relationnelles.

Les conséquences n’expliquent cependant pas à elles seules tous nos comportements.

Nos attentes, nos émotions, notre environnement et nos capacités de réflexion interviennent également.


6. LA RÉPÉTITION : consolider et automatiser certains apprentissages

Un enfant apprend à attacher ses chaussures.

Au début, chaque geste demande de l’attention.

Il doit observer, réfléchir, essayer et parfois recommencer.

Avec la pratique, l’enchaînement devient progressivement plus fluide.

Il peut finalement accomplir cette action sans devoir réfléchir consciemment à chaque mouvement.

La répétition et la pratique peuvent contribuer à rendre certains apprentissages plus accessibles, plus rapides et plus automatiques.

Ce phénomène intervient dans l’acquisition de nombreuses compétences.

Il concerne également certaines habitudes de pensée ou de comportement.

Une personne qui réagit régulièrement à une difficulté en cherchant immédiatement à tout contrôler peut progressivement rendre cette réponse plus habituelle.

Cependant, la répétition ne garantit pas à elle seule un apprentissage durable.

La qualité de la pratique, le contexte, les retours reçus, l’attention et les intervalles entre les expériences jouent également un rôle.

De plus, la répétition n’est pas un mécanisme totalement indépendant des cinq précédents : elle peut contribuer à consolider des apprentissages construits par observation, association, instruction ou conséquences.

C’est pourquoi il est important de distinguer le processus par lequel une réponse est acquise et les conditions qui favorisent ensuite son maintien.


Schéma illustré des six mécanismes d’apprentissage depuis l’enfance : modélisation inconsciente, observation consciente, association émotionnelle, instruction cognitive, conséquences et répétition.

COMMENT NOS APPRENTISSAGES CONSTRUISENT-ILS NOTRE FONCTIONNEMENT ?

Les apprentissages ne se limitent pas à l’acquisition de connaissances ou de compétences.

Ils contribuent aussi à construire certaines de nos façons habituelles de percevoir, d’interpréter, de ressentir et d’agir.

Ces dimensions sont étroitement liées.


Apprendre à percevoir et à interpréter

Deux enfants assistent à une même situation.

Un adulte leur adresse une remarque.

Le premier y voit une information destinée à l’aider.

Le second y perçoit une désapprobation.

Cette différence ne dépend pas uniquement des mots prononcés.

Elle peut également être influencée par leurs expériences précédentes, leur état émotionnel et leurs attentes.

Nous n’apprenons pas seulement à reconnaître des situations. Nous développons également des façons de leur donner du sens.

Nos expériences contribuent ainsi à construire certaines représentations de nous-mêmes, des autres et du monde.

LIRE : LES CROYANCES HÉRITÉES : ces règles intérieures que nous n’avons pas choisies


Apprendre à ressentir et à anticiper

Un enfant qui a régulièrement vécu des moments rassurants lorsqu’il demandait de l’aide peut développer une attente favorable envers le soutien d’autrui.

Un autre, ayant rencontré des réponses imprévisibles ou désagréables, peut devenir plus attentif aux risques de déception.

Ces exemples ne permettent pas de prédire automatiquement leur fonctionnement futur.

Ils montrent simplement que nos expériences peuvent influencer ce que nous anticipons dans certaines situations.

Nos réactions émotionnelles ne dépendent pas uniquement de ce qui se passe, mais également de la signification que la situation prend pour nous.

LIRE : L’ATTACHEMENT : comment se construisent nos premières attentes relationnelles


Apprendre à agir et à interagir

Nous apprenons également différentes façons de répondre aux situations.

Certains comportements deviennent familiers :

  • Demander de l’aide.

  • Exprimer un désaccord.

  • Éviter une confrontation.

  • Chercher à rassurer.

  • Anticiper les difficultés.

  • Rechercher l’approbation.

Ces réponses ne sont pas nécessairement problématiques.

Elles peuvent être adaptées et utiles dans de nombreuses circonstances.

Mais lorsqu’une réponse devient rigide ou se généralise à des situations différentes, elle peut parfois limiter nos possibilités de réaction.

Ce qui a été appris dans un environnement particulier ne correspond pas toujours aux besoins d’un autre contexte.

LIRE — LES STRATÉGIES D’ADAPTATION DE L’ENFANCE : comment nous apprenons à nous protéger


NOUS N’APPRENONS PAS SEULEMENT : NOUS APPRENONS AUSSI À APPRENDRE

Nous venons de voir comment les expériences peuvent contribuer à construire des connaissances, des attentes, des réactions émotionnelles et des comportements.

Mais une autre question apparaît.

Et si nos expériences influençaient également la manière dont nous abordons nos apprentissages suivants ?


Nos expériences façonnent nos habitudes d’apprentissage

Imaginons un enfant qui reçoit principalement de l’attention lorsqu’il réussit.

Il peut progressivement développer l’attente selon laquelle sa réussite favorise la reconnaissance.

Mais il peut également acquérir une manière particulière d’aborder les nouvelles situations.

Il devient peut-être très attentif à ses erreurs.

Il accorde une grande importance aux évaluations.

Il cherche à comprendre ce que les autres attendent de lui.

Il retient particulièrement les situations dans lesquelles il n’a pas obtenu le résultat espéré.

Son expérience a pu influencer à la fois ce qu’il apprend et la manière dont il sélectionne, interprète et évalue les informations nouvelles.

Ces habitudes ne constituent pas nécessairement un conditionnement au sens scientifique strict.

Elles peuvent toutefois s’inscrire dans des processus d’apprentissage, de formation de schémas cognitifs et de développement des attentes.


Ce que nous apprenons influence nos apprentissages suivants

Nos apprentissages antérieurs servent souvent de références pour comprendre de nouvelles situations.

Cette capacité est généralement utile.

Elle nous évite de devoir tout redécouvrir à chaque expérience.

Mais elle peut parfois orienter notre attention vers certaines informations plutôt que d’autres.

Une personne qui s’attend à être critiquée peut accorder une importance particulière aux signes de désapprobation.

Si elle interprète ensuite ces signes comme une confirmation de son attente, celle-ci peut se maintenir.

Nous retrouvons alors une interaction importante :

Ce que nous avons appris influence parfois notre manière d’apprendre, et notre manière d’apprendre peut contribuer à renforcer ce que nous avons déjà appris.

Il ne s’agit pas d’un mécanisme systématique ni d’une théorie scientifique unique.

Cette interaction peut être éclairée par plusieurs champs de recherche, notamment les schémas cognitifs, l’attention sélective, l’apprentissage implicite et les processus métacognitifs.

Elle mérite donc d’être explorée séparément.

LIRE : APPRENDRE À APPRENDRE : comment nos expériences façonnent notre manière d’apprendre


Schéma en boucle des apprentissages depuis l’enfance : nos expériences vécues façonnent nos interprétations, nos croyances, nos attentes et nos habitudes, qui influencent nos nouveaux apprentissages et notre manière d’apprendre.

POURQUOI N’APPRENONS-NOUS PAS TOUS LA MÊME CHOSE D’UNE EXPÉRIENCE ?

Il serait tentant de penser qu’une expérience identique produit un apprentissage identique.

Pourtant, ce n’est pas nécessairement le cas.

Deux enfants peuvent grandir dans une même famille, fréquenter la même école et rencontrer des situations comparables sans développer exactement les mêmes attentes ni les mêmes réactions.

Plusieurs facteurs interviennent.


Le rôle du tempérament et du développement

Les enfants présentent des différences individuelles dès les premières périodes de la vie.

Certains manifestent une plus grande sensibilité à certaines stimulations.

D’autres montrent davantage de facilité à explorer de nouvelles situations ou à s’adapter aux changements.

Ces différences peuvent influencer leur manière de vivre et d’interpréter les expériences.

L’âge et le développement des capacités cognitives jouent également un rôle.

Un jeune enfant ne dispose pas des mêmes ressources de compréhension, de langage ou de raisonnement qu’un adolescent.

Une expérience prend donc une signification différente selon les capacités et les caractéristiques de la personne qui la vit.


L’influence de l’environnement et des relations

Le contexte familial, scolaire, social et culturel contribue également à façonner les apprentissages.

Une remarque peut être vécue différemment selon la relation avec la personne qui la formule.

Une difficulté peut être interprétée autrement selon qu’elle s’accompagne de soutien, d’indifférence ou de critiques.

Les relations ne déterminent pas mécaniquement les apprentissages.

Mais elles participent à la signification que nous attribuons aux situations.

LIRE : LES MODÈLES FAMILIAUX : ce que nous reproduisons parfois sans le savoir


Le rôle de nos expériences précédentes

Nous ne découvrons jamais totalement une situation nouvelle sans références.

Nos connaissances, nos souvenirs et nos attentes influencent ce que nous remarquons et comprenons.

Un enfant qui a souvent été encouragé à poser des questions peut aborder une difficulté avec une certaine curiosité.

Un autre, ayant régulièrement vécu des réactions désagréables lorsqu’il se trompait, peut appréhender davantage les situations d’apprentissage.

Ces différences ne sont ni universelles ni définitives.

Elles illustrent simplement une réalité essentielle :

Nous n’apprenons pas seulement à partir de ce qui nous arrive, mais aussi à partir de la manière dont nous vivons et interprétons ce qui nous arrive.


QUAND CERTAINS APPRENTISSAGES DEVIENNENT DES CONDITIONNEMENTS

Tous nos apprentissages ne sont pas des conditionnements.

Apprendre une langue, comprendre une règle, observer un comportement ou développer une compétence ne relève pas nécessairement d’un conditionnement au sens scientifique strict.

Cependant, certains apprentissages reposent sur des associations ou sur les conséquences de nos comportements.

Ils peuvent contribuer à installer des réponses qui se déclenchent rapidement dans certaines situations.

Par exemple :

Un enfant associe progressivement les voix fortes à des moments de tension.

Plus tard, une voix élevée peut provoquer une réaction d’inquiétude, même dans un contexte différent.

Ou encore :

Un enfant découvre que se taire permet d’éviter certaines réactions désagréables.

Cette réponse peut être renforcée et devenir une manière habituelle de gérer les désaccords.

Ces mécanismes permettent de comprendre comment certaines réactions apprises peuvent persister au-delà des circonstances dans lesquelles elles sont apparues.

Ils n’expliquent toutefois pas, à eux seuls, l’ensemble de notre personnalité ou de notre fonctionnement.

LIRE : CONDITIONNEMENTS DE L’ENFANCE : comment votre passé influence encore vos choix


LE REGARD DU COACH & THÉRAPEUTE

Lorsqu’une personne cherche à comprendre pourquoi elle réagit toujours de la même manière, elle s’intéresse généralement à ce qu’elle vit aujourd’hui.

Elle observe ses émotions, ses pensées ou ses comportements.

Elle peut avoir l’impression que certaines réactions lui appartiennent depuis toujours.

Pourtant, comprendre notre fonctionnement suppose parfois de distinguer plusieurs dimensions.

Ce que nous avons appris.

Les règles, les attentes, les associations, les comportements et les représentations progressivement construits à travers nos expériences.

Comment nous l’avons appris.

Par observation, association émotionnelle, instruction, conséquences, répétition ou combinaison de plusieurs mécanismes.

Comment nous continuons à apprendre.

À travers les habitudes d’attention, d’interprétation et d’évaluation que nos expériences ont pu contribuer à façonner.

Ces trois dimensions ne se confondent pas.

Elles peuvent cependant s’influencer mutuellement.

Comprendre cela ne consiste pas à attribuer systématiquement nos difficultés à notre enfance ou à notre entourage familial.

Il s’agit de reconnaître que certaines de nos façons actuelles de fonctionner possèdent une histoire d’apprentissage.

Et qu’une réaction qui nous semble aujourd’hui naturelle a parfois été progressivement construite.

Nous ne sommes pas uniquement le résultat de ce que nous avons vécu. Nous sommes aussi influencés par ce que nous avons appris de nos expériences et par la manière dont nous avons appris à les interpréter.


CONCLUSION : APPRENDRE, C’EST AUSSI SE CONSTRUIRE

Depuis nos premières expériences, nous apprenons à reconnaître le monde qui nous entoure, à comprendre certaines situations, à anticiper des conséquences et à développer des façons d’agir.

Nous apprenons en observant les autres, en intégrant parfois leurs comportements sans en avoir conscience, en associant des événements à des émotions, en recevant des explications, en découvrant les conséquences de nos actions et en répétant certaines expériences.

Ces mécanismes participent à la construction de nos connaissances, de nos attentes et de nos habitudes.

Mais ils ne produisent pas les mêmes effets chez tout le monde.

Notre tempérament, notre développement, notre environnement et notre histoire personnelle influencent également ce que nous retenons de nos expériences.

Et surtout,

nous ne construisons pas uniquement des apprentissages : nous développons aussi progressivement des façons habituelles d’apprendre.

C’est pourquoi comprendre comment nous apprenons depuis l’enfance peut nous aider à éclairer certaines de nos réactions actuelles.

Non pour réduire notre identité à notre passé.

Mais pour mieux distinguer

ce que nous sommes, ce que nous avons appris et ce que nos expériences nous ont progressivement habitués à penser, ressentir ou faire.


POUR APPROFONDIR : LÀ OÙ TOUT COMMENCE

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  • APPRENDRE À APPRENDRE — Comment nos expériences façonnent notre manière d’apprendre.

  • L’ATTACHEMENT — Comment se construisent nos premières attentes relationnelles.

  • LES CROYANCES HÉRITÉES — Ces règles intérieures que nous n’avons pas choisies.

  • LES STRATÉGIES D’ADAPTATION DE L’ENFANCE — Comment nous apprenons à nous protéger.

  • LES MODÈLES FAMILIAUX — Ce que nous reproduisons parfois sans le savoir.


FAQ : COMMENT APPRENONS-NOUS DEPUIS L’ENFANCE ?

Apprenons-nous dès la naissance ?

Oui. Les nourrissons disposent de capacités d’apprentissage qui leur permettent progressivement de reconnaître des régularités, de développer des attentes et de s’adapter à leur environnement. Certaines formes d’apprentissage existent même avant la naissance.

Quelle différence existe-t-il entre imitation et apprentissage par observation ?

L’imitation consiste à reproduire un comportement observé. L’apprentissage par observation est plus large : nous pouvons également apprendre en observant les conséquences des comportements d’autrui, sans nécessairement les reproduire immédiatement.

Peut-on apprendre sans en avoir conscience ?

    Oui. Certains apprentissages implicites se construisent sans intention consciente. Nous pouvons notamment acquérir des associations ou reconnaître des régularités sans être capables d’expliquer précisément comment nous les avons apprises.

    Tous nos apprentissages viennent-ils de nos parents ?

      Non. Nos apprentissages dépendent de multiples influences : notre développement, nos dispositions individuelles, notre environnement familial, scolaire, social et culturel, ainsi que nos expériences personnelles.

      Quelle différence existe-t-il entre apprentissage et conditionnement ?

        L’apprentissage est une notion générale qui désigne des changements relativement durables liés à l’expérience. Le conditionnement désigne plus précisément certains processus d’apprentissage, notamment ceux qui reposent sur des associations entre événements ou sur les conséquences des comportements.

        Pourquoi répétons-nous parfois des comportements que nous savons inadaptés ?

          Parce qu’un comportement peut être devenu habituel, être associé à certaines situations ou continuer à produire un bénéfice immédiat, comme un soulagement. Comprendre intellectuellement ses conséquences ne suffit pas toujours à modifier les mécanismes qui contribuent à son maintien.

          Notre manière d’apprendre peut-elle évoluer ?

          Oui. Nos capacités et nos habitudes d’apprentissage peuvent évoluer au cours de la vie. Les expériences nouvelles, les connaissances acquises et les changements de contexte peuvent notamment influencer la manière dont nous prêtons attention, interprétons et intégrons les informations.


          ET SI CERTAINES DE VOS RÉACTIONS ÉTAIENT LE FRUIT D’APPRENTISSAGES ANCIENS ?

          Vous reconnaissez peut-être certaines façons de réagir, de penser ou d’interpréter les situations, sans toujours comprendre comment elles se sont installées.

          Ces réactions ne résument pas qui vous êtes. Mais comprendre leur histoire peut parfois leur donner un sens nouveau.

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