Ce que je vis n’est pas anodin : commencer par reconnaître ce qui se passe
Il arrive que quelque chose change dans notre vie sans que nous sachions immédiatement le nommer.
Ce n’est pas forcément une crise.
Ce n’est pas nécessairement une grande difficulté.
Parfois, c’est beaucoup plus discret.
Une fatigue inhabituelle.
Une tension qui revient.
Une relation qui nous demande davantage d’énergie.
Une envie que nous n’avions pas avant.
Un sentiment de ne plus être tout à fait à notre place.
Une irritation plus fréquente.
Une décision à laquelle nous pensons souvent sans parvenir à la prendre.
Ou simplement cette impression difficile à expliquer :
« Quelque chose ne me convient plus vraiment. »
Et pourtant, nous continuons.
Nous travaillons.
Nous nous occupons des autres.
Nous remplissons nos obligations.
Nous nous adaptons.
Nous relativisons.
Nous nous disons parfois :
« Ce n’est rien. »
« Ça va passer. »
« Je suis simplement fatigué. »
« Je me fais peut-être des idées. »
Mais avant de chercher une explication, une solution ou un changement, il existe une première étape essentielle :
reconnaître ce que je vis.
La première prise de conscience commence souvent par un ressenti
Nous aimerions parfois que les choses soient immédiatement claires.
Savoir exactement ce qui ne va pas.
Comprendre pourquoi.
Identifier la bonne décision.
Mais une prise de conscience commence rarement ainsi.
Elle peut commencer par quelque chose de beaucoup plus diffus.
Je ressens quelque chose.
Je ne sais peut-être pas encore quoi en penser.
Je ne sais pas encore si c’est important.
Je ne sais pas encore ce que j’en ferai.
Mais quelque chose attire mon attention.
C’est le premier mouvement de la prise de conscience :
JE RESSENS.
Puis, progressivement, un second mouvement peut apparaître :
JE RECONNAIS.
Je commence à accepter que ce que je ressens existe réellement et mérite au moins d’être observé.
Je peux ressentir quelque chose sans encore savoir ce que cela signifie
Un ressenti n’est pas un diagnostic.
Une période de fatigue ne signifie pas nécessairement qu’il existe un problème profond.
Une tension dans une relation ne signifie pas forcément que cette relation va mal.
Un doute professionnel ne signifie pas automatiquement qu’il faut changer de travail.
Une perte de motivation momentanée n’appelle pas nécessairement une grande remise en question.
Mais nous pouvons faire quelque chose de beaucoup plus simple :
écouter ce qui est là.
Sans dramatiser.
Sans interpréter trop vite.
Sans nous obliger à prendre une décision.
Simplement reconnaître :
« Voilà ce que je ressens en ce moment. »
Ce que je ressens peut prendre des formes très différentes
Nous ne prenons pas tous conscience des choses de la même manière.
Pour certains, le premier signal sera physique.
Pour d’autres, émotionnel.
Pour d’autres encore, ce sera une pensée récurrente, une attitude différente ou un sentiment plus général de décalage.
Je peux par exemple remarquer une fatigue qui ne ressemble pas à ma fatigue habituelle, une nervosité plus importante, davantage de tensions corporelles, une irritabilité nouvelle, une difficulté à récupérer ou simplement la sensation d’être moins disponible intérieurement.
Je peux également ressentir davantage de doute, de lassitude, de frustration, de tristesse, de colère, d’inquiétude ou de découragement.
Ou au contraire ne pas ressentir quelque chose de très fort, mais penser régulièrement :
« Je ne peux pas continuer exactement comme cela. »
« J’aimerais que quelque chose change. »
« Je ne comprends pas pourquoi cela revient. »
« Je ne me reconnais plus complètement dans cette situation. »
Aucun de ces éléments, pris isolément, ne suffit à tirer une conclusion.
Mais ils peuvent constituer une invitation :
m’écouter davantage.
Il est facile de ne pas écouter les premiers signaux
Nous avons tous une capacité d’adaptation.
Elle nous permet de traverser une période chargée.
De faire face à une difficulté.
De nous ajuster à une situation nouvelle.
De continuer malgré un imprévu.
Cette capacité est précieuse.
Mais elle peut aussi avoir un effet paradoxal.
À force de nous adapter, nous pouvons finir par ne plus remarquer ce que cette adaptation nous demande.
Nous pouvons nous habituer à être fatigués.
À être tendus.
À ne pas dire certaines choses.
À anticiper en permanence.
À faire passer nos besoins après ceux des autres.
À ne plus vraiment aimer certaines situations tout en continuant à les vivre.
Et ce qui était initialement inhabituel devient progressivement familier.
Ce qui est familier n’est pas forcément ce qui me convient
C’est une distinction essentielle.
Nous pouvons connaître une situation depuis longtemps sans l’avoir véritablement choisie.
Nous pouvons être habitués à :
nous mettre beaucoup de pression ;
éviter certains désaccords ;
nous remettre constamment en question ;
nous adapter aux attentes des autres ;
faire passer certaines décisions après tout le reste ;
accepter une situation professionnelle qui nous correspond de moins en moins ;
ou vivre une relation d’une manière qui ne nous satisfait plus vraiment.
Parce que cette manière de fonctionner nous est familière, elle peut nous sembler normale.
Mais normal pour moi ne signifie pas nécessairement juste pour moi.
Je peux alors commencer à me demander :
« Est-ce que cela me convient réellement ? »
Cette question ne m’oblige pas encore à changer.
Elle me permet simplement de regarder plus clairement.
Quand une même sensation revient, je peux commencer à l’écouter autrement
Nous avons tous des journées plus difficiles.
Des moments de doute.
Des tensions passagères.
Des périodes de fatigue.
Ce n’est pas leur simple présence qui mérite nécessairement notre attention.
C’est parfois leur retour.
Je peux remarquer que je ressens régulièrement la même chose dans certaines situations.
La même fatigue après certaines interactions.
Le même sentiment de ne pas être à ma place.
La même difficulté à dire non.
La même envie de partir lorsque je me retrouve dans un certain contexte.
La même impression de devoir toujours en faire davantage.
La même pensée qui revient :
« Il faudrait vraiment que quelque chose change. »
Lorsque quelque chose revient, je peux simplement commencer par le reconnaître.
Pas encore l’expliquer.
Pas encore le résoudre.
Le reconnaître.
Reconnaître ne signifie pas dramatiser
C’est probablement l’un des freins les plus fréquents.
Nous pouvons craindre qu’en donnant de l’importance à ce que nous ressentons, nous exagérions.
Comme si nous n’avions que deux possibilités :
ignorer
ou
dramatiser.
Il existe pourtant un espace entre les deux.
Je peux dire :
« Je remarque cela. »
« Cela revient. »
« Cela a un effet sur moi. »
« Je ne sais pas encore exactement ce que cela signifie. »
Cette position est importante.
Elle permet de ne pas minimiser ce que je ressens tout en évitant de tirer trop vite des conclusions.
Je peux commencer par observer ce qui se passe réellement
À ce stade, il n’est pas nécessaire de chercher immédiatement :
Pourquoi suis-je comme cela ?
D’où vient cette difficulté ?
Quel mécanisme psychologique se cache derrière ?
Que dois-je faire ?
Ces questions pourront venir plus tard.
La première étape est plus simple.
Je peux me demander :
Qu’est-ce que je ressens exactement ?
Est-ce une sensation récente ou ancienne ?
Dans quelles situations apparaît-elle ?
Est-ce ponctuel ou est-ce que cela revient ?
Est-ce que quelque chose est différent par rapport à avant ?
Est-ce que je me surprends à penser régulièrement à cette situation ?
Est-ce que je ressens que quelque chose aurait besoin d’évoluer ?
Il ne s’agit pas encore de comprendre.
Il s’agit de voir.
Je peux ressentir le décalage dans plusieurs domaines de ma vie
Cette première prise de conscience peut apparaître dans des espaces très différents.
Dans ma relation à moi-même
Je peux sentir que je doute davantage.
Que je suis plus dur avec moi-même.
Que certaines décisions deviennent difficiles.
Que je me mets régulièrement en retrait.
Ou simplement que je ne sais plus aussi clairement qu’avant ce que je veux.
Dans mes relations
Je peux ressentir davantage de tension.
Avoir l’impression de toujours devoir m’adapter.
Me sentir moins libre de dire ce que je pense.
Ou remarquer que certaines interactions me laissent régulièrement une sensation désagréable.
Dans mon couple
Je peux sentir une distance.
Une communication différente.
La répétition de certaines tensions.
Ou simplement l’impression que quelque chose entre nous n’est plus aussi fluide qu’avant.
Dans ma vie professionnelle
Je peux remarquer une perte d’envie.
Une fatigue particulière.
Une difficulté à me projeter.
Un sentiment de ne plus être totalement à ma place.
Ou une pensée qui revient :
« Est-ce vraiment ce que je veux continuer à faire ? »
Dans tous ces cas, je n’ai pas encore besoin de savoir ce que je vais faire.
Je peux commencer par reconnaître ce que je ressens.
Parfois, mon corps remarque avant moi
Nous pouvons comprendre certaines choses intellectuellement très tard.
Le corps, lui, peut parfois réagir plus tôt.
Une tension.
Une boule au ventre.
Une respiration plus courte.
Une fatigue particulière avant certaines situations.
Une sensation de soulagement lorsque quelque chose est annulé.
Une difficulté à décrocher.
Une sensation persistante d’être « sous pression ».
Ces sensations ne permettent pas à elles seules d’expliquer ce qui se passe.
Mais elles peuvent faire partie de ce que j’observe.
Mon corps ne me donne pas nécessairement une réponse.
Il peut simplement attirer mon attention.
Parfois, c’est une phrase intérieure qui revient
La prise de conscience peut aussi commencer par une pensée très simple.
« Je n’ai plus envie de cela. »
« Je mérite peut-être autre chose. »
« Je suis fatigué de toujours vivre la même chose. »
« Je voudrais que ma vie soit différente sur ce point. »
« Je ne sais pas ce qui se passe, mais quelque chose me gêne. »
Ces phrases peuvent sembler anodines.
Elles peuvent pourtant signaler qu’une partie de nous commence à ne plus accepter automatiquement ce qui était jusque-là vécu sans véritable questionnement.
C’est souvent ainsi que le passage commence :
de JE RESSENS à JE RECONNAIS.
Ce que je vis n’est pas anodin ne veut pas dire « quelque chose va mal »
C’est une nuance importante.
Le titre de cet article ne signifie pas :
« Ce que je vis est grave. »
Il signifie :
« Ce que je vis existe et mérite que je m’y intéresse. »
Je n’ai pas besoin d’en faire davantage à ce stade.
Je peux simplement admettre :
« Oui, je ressens cela. »
Puis :
« Oui, cela mérite au moins que je le remarque. »
C’est déjà une évolution importante.
Parce que ce que je ne vois pas peut continuer automatiquement.
Ce que je commence à voir peut devenir progressivement un choix.
Le premier mouvement : JE RESSENS → JE RECONNAIS
Dans l’Arc de la Prise de Conscience, ce premier article se situe tout au début du chemin.
Je peux être dans :
« Je vis quelque chose. »
Sans savoir exactement quoi.
Puis commencer à aller vers :
« Cela mérite mon attention. »
Entre les deux, il ne s’agit pas encore de prendre une grande décision.
Il s’agit simplement de passer de :
« quelque chose se passe »
à :
« je reconnais que quelque chose se passe pour moi. »
C’est une différence discrète.
Mais fondamentale.
CONCLUSION — Je peux commencer simplement par reconnaître
Je n’ai pas besoin de tout comprendre aujourd’hui.
Je n’ai pas besoin de savoir pourquoi.
Je n’ai pas besoin de décider immédiatement ce que je vais faire.
Je peux commencer par être attentif à ce qui se passe en moi et dans ma vie.
Une fatigue.
Une tension.
Une répétition.
Une envie.
Une frustration.
Un décalage.
Une pensée qui revient.
Et me dire simplement :
« Je ressens quelque chose. »
Puis :
« Je reconnais que cela existe. »
C’est peut-être encore très peu.
Mais c’est déjà le début de la prise de conscience.
Et la prochaine question pourra alors devenir :
« Est-ce que je vais continuer à attendre… ou commencer à prendre réellement au sérieux ce que je vois ? »
C’est précisément l’étape suivante : « Attendre ne suffit pas toujours. »
Pour aller plus loin
Cet article constitue le premier repère de MA PRISE DE CONSCIENCE.
Vous pouvez retrouver le parcours complet dans :
MA PRISE DE CONSCIENCE : reconnaître ce que je vis pour commencer à changer
Puis poursuivre avec :
Attendre ne suffit pas toujours : quand ce que je vis mérite d’être pris au sérieux
RECONNAÎTRE → PRENDRE AU SÉRIEUX.