Je n’ai pas besoin d’aller très mal pour être accompagné
Nous attendons parfois longtemps avant de demander de l’aide.
Pas parce que nous ne voyons pas ce qui se passe.
Pas parce que nous pensons que tout va bien.
Mais parce qu’une petite voix nous dit :
« Ce n’est pas assez grave. »
« Je devrais pouvoir gérer seul. »
« D’autres vivent bien pire. »
« Je ne vais quand même pas consulter pour ça. »
Alors nous continuons.
Nous réfléchissons.
Nous essayons.
Nous nous adaptons.
Nous attendons encore un peu.
Et parfois, sans nous en rendre compte, nous installons une condition très exigeante :
je ne m’autoriserai à demander de l’aide que lorsque j’irai vraiment mal.
Mais pourquoi faudrait-il attendre ce moment-là ?
Pourquoi l’accompagnement devrait-il uniquement intervenir lorsque la situation devient difficile à supporter ?
Il existe un espace immense entre :
« tout va bien »
et
« je n’en peux plus ».
Et c’est précisément dans cet espace qu’il peut être particulièrement utile de s’occuper de soi.
Prendre au sérieux ce que je vis ne m’oblige pas encore à demander de l’aide
Dans l’article précédent, « Attendre ne suffit pas toujours », le mouvement était :
JE RECONNAIS → JE PRENDS AU SÉRIEUX.
Je cesse progressivement de banaliser.
Je remarque que quelque chose dure.
Revient.
Me demande de l’énergie.
Je commence à penser :
« Oui, cela mérite que je m’en occupe. »
Mais une nouvelle hésitation peut alors apparaître :
« Est-ce que cela justifie vraiment un accompagnement ? »
C’est une étape différente.
Je peux reconnaître qu’une situation compte sans encore m’autoriser à chercher un regard extérieur.
C’est précisément le mouvement de cet article :
JE PRENDS AU SÉRIEUX → JE M’AUTORISE.
Nous associons souvent l’aide à la gravité
Beaucoup d’entre nous ont appris à demander de l’aide seulement lorsque nous n’avons plus vraiment le choix.
Nous consultons lorsque nous ne trouvons plus de solution.
Nous parlons lorsque nous ne pouvons plus garder les choses pour nous.
Nous ralentissons lorsque notre corps ou notre vie nous y oblige.
Nous remettons en question une situation lorsque celle-ci devient presque impossible à supporter.
Cette manière de fonctionner peut nous conduire à considérer l’accompagnement comme une solution de dernier recours.
Comme s’il fallait pouvoir dire :
« Là, vraiment, je ne peux plus faire autrement. »
Pourtant, être accompagné peut aussi commencer beaucoup plus tôt.
Je peux avoir besoin d’aide sans être en détresse
Je peux fonctionner.
Travailler.
Aimer.
Prendre soin de ma famille.
Voir mes amis.
Avoir des projets.
Et pourtant sentir qu’un domaine de ma vie mérite de changer.
Je peux être globalement bien et rencontrer une difficulté particulière.
Je peux vouloir améliorer une relation qui fonctionne encore.
Je peux vouloir retrouver davantage de confiance sans être complètement paralysé par le doute.
Je peux questionner ma vie professionnelle avant d’en arriver à l’épuisement.
Je peux chercher à comprendre une répétition avant qu’elle ne produise davantage de conséquences.
Je peux simplement sentir :
« J’aimerais vivre cela autrement. »
Cela peut suffire pour commencer à m’en occuper.
« Il y a pire » ne dit rien de ce dont j’ai besoin
Cette phrase paraît souvent raisonnable.
Et elle est généralement vraie.
Il y aura presque toujours quelqu’un confronté à une situation plus difficile que la nôtre.
Mais cette comparaison ne répond pas à la question essentielle :
« Qu’est-ce que cette situation produit dans ma vie à moi ? »
Si quelque chose me fait régulièrement souffrir, me limite, me fatigue ou m’empêche d’avancer comme je le souhaiterais, le fait que quelqu’un d’autre vive une situation plus grave ne change pas mon expérience.
Je peux reconnaître les difficultés des autres sans utiliser leur souffrance pour invalider la mienne.
« Je devrais pouvoir m’en sortir seul » est parfois un autre verrou
L’autonomie est une qualité.
Chercher ses propres solutions également.
Mais l’autonomie ne signifie pas devoir tout résoudre sans aide.
Nous faisons naturellement appel à d’autres personnes dans de nombreux domaines.
Nous demandons conseil.
Nous apprenons.
Nous faisons appel à des professionnels.
Nous échangeons avec ceux qui disposent d’un regard ou d’une expérience différente.
Pourquoi la vie intérieure, les relations ou les transitions importantes devraient-elles être les seuls domaines dans lesquels demander de l’aide deviendrait une faiblesse ?
Être accompagné ne retire pas notre autonomie.
Cela peut au contraire nous aider à la retrouver lorsque nous tournons en rond.
Être accompagné ne signifie pas remettre sa vie entre les mains de quelqu’un
C’est une confusion fréquente.
Un accompagnement n’a pas vocation à décider à notre place.
Il ne consiste pas à recevoir une liste de réponses toutes faites.
Il ne s’agit pas de confier à quelqu’un la responsabilité de nos choix.
Un accompagnement peut permettre de créer un espace dans lequel nous pouvons regarder autrement ce que nous vivons.
Prendre du recul.
Mettre des mots.
Identifier ce qui se répète.
Explorer d’autres possibilités.
Mieux distinguer ce que nous voulons de ce que nous continuons simplement à subir.
La décision reste la nôtre.
Je peux demander de l’aide parce que je veux construire, pas seulement réparer
C’est une différence importante.
Nous pouvons penser l’accompagnement comme quelque chose qui sert uniquement à réparer ce qui va mal.
Mais il peut aussi servir à construire.
Construire davantage de confiance.
Une relation plus juste.
Une manière plus claire de poser ses limites.
Un projet professionnel plus cohérent.
Une meilleure compréhension de soi.
Une manière différente de vivre certaines situations.
Dans cette perspective, la question n’est plus seulement :
« Est-ce que je vais suffisamment mal pour être accompagné ? »
Elle devient :
« Est-ce qu’il existe quelque chose que j’aimerais sincèrement faire évoluer ? »
Attendre d’aller très mal peut rendre le chemin plus difficile
Il n’est pas toujours possible d’éviter qu’une situation se complique.
Et il ne s’agit pas de culpabiliser ceux qui ont attendu.
Nous faisons souvent ce que nous pouvons avec ce que nous voyons au moment où nous le voyons.
Mais lorsqu’une difficulté est déjà identifiée, nous pouvons nous poser une autre question :
« Pourquoi attendre qu’elle prenne davantage de place ? »
Si une relation commence à se dégrader, il peut être plus simple de s’en occuper avant que chacun soit complètement enfermé dans sa position.
Si une situation professionnelle ne convient plus, il peut être plus confortable de réfléchir avant d’être épuisé.
Si une perte de confiance s’installe, il peut être utile de s’en occuper avant qu’elle limite de plus en plus de décisions.
S’autoriser à s’en occuper plus tôt n’est pas dramatiser
C’est parfois simplement se donner davantage de marge.
Je peux ne pas savoir quel type d’accompagnement me conviendrait
C’est également normal.
Je peux sentir que quelque chose mérite d’évoluer sans savoir s’il s’agit plutôt de coaching, de thérapie, d’un accompagnement de couple ou d’un travail centré sur une situation professionnelle.
Je peux même ne pas savoir clairement ce que je viens chercher.
Parfois, la première phrase est simplement :
« Voilà ce que je vis, et je ne sais pas très bien quoi en faire. »
Cela constitue déjà un point de départ.
Il n’est pas nécessaire d’avoir établi son propre diagnostic avant de demander un regard extérieur.
Je peux aussi hésiter parce que commencer rend le changement plus réel
Il existe un autre frein, plus discret.
Tant que je réfléchis seul, je peux continuer à remettre les choses à plus tard.
Prendre rendez-vous ou parler réellement de ce que je vis peut rendre la situation plus concrète.
Je reconnais alors :
« Oui, cela compte suffisamment pour que je m’en occupe. »
Et cette reconnaissance peut elle-même être impressionnante.
Parce qu’elle ouvre une possibilité de changement.
Et qu’un changement, même souhaité, peut aussi faire peur.
Nous pouvons donc avoir envie d’être accompagnés et hésiter en même temps.
Ces deux mouvements peuvent coexister.
S’autoriser ne signifie pas encore décider
C’est une distinction importante dans l’Arc de la Prise de Conscience.
Je peux arriver à la pensée :
« Oui, je pourrais me faire accompagner. »
sans encore avoir décidé de le faire.
Je peux avoir besoin de réfléchir.
De choisir la bonne personne.
De comprendre la manière dont l’accompagnement se déroule.
De vérifier que je me sens en confiance.
De regarder ce qui est possible pour moi.
L’étape actuelle n’est donc pas encore :
JE CHOISIS.
Elle est :
JE M’AUTORISE.
Je cesse simplement de considérer que l’accompagnement est réservé aux personnes qui vont très mal.
Quelques questions pour savoir si je m’autorise réellement à être aidé
Je peux me demander :
- Est-ce que je pense devoir résoudre seul ce que je vis ?
- Est-ce que je compare systématiquement ma situation à celle de personnes qui vont plus mal ?
- Est-ce que j’attends qu’une difficulté devienne grave avant de considérer qu’elle mérite de l’attention ?
- Est-ce que j’aurais déjà conseillé à quelqu’un que j’aime de demander de l’aide s’il vivait la même chose que moi ?
- Est-ce que je considère l’accompagnement comme un échec ou comme une ressource ?
- Si je savais que je pouvais être accompagné sans être jugé ni contraint, est-ce que cela changerait quelque chose ?
Parfois, la réponse ne consiste pas encore à prendre rendez-vous.
Elle consiste simplement à reconnaître :
« Oui, j’ai le droit d’être aidé. »
Le troisième mouvement : JE PRENDS AU SÉRIEUX → JE M’AUTORISE
Le premier mouvement de la série était :
JE RESSENS → JE RECONNAIS.
Puis :
JE RECONNAIS → JE PRENDS AU SÉRIEUX.
Nous arrivons maintenant à :
JE PRENDS AU SÉRIEUX → JE M’AUTORISE.
Je passe progressivement de :
« Je peux commencer à m’occuper de ce que je vis. »
à :
« Je peux aussi ne pas être obligé de le faire seul. »
Puis :
« Je peux me faire accompagner. »
C’est une étape importante.
Mais ce n’est pas encore une décision.
Parce qu’après s’être autorisé une possibilité, il reste encore à choisir ce que l’on veut réellement en faire.
CONCLUSION — Je n’ai pas besoin d’attendre d’aller mal pour m’autoriser à aller mieux
Je peux être accompagné parce que je souffre.
Mais je peux aussi l’être parce que je questionne.
Parce que je doute.
Parce que je répète quelque chose.
Parce que je traverse une transition.
Parce que je souhaite construire autrement.
Parce qu’une situation ne me convient plus.
Parce que je voudrais simplement me sentir plus libre dans mes choix.
Je n’ai pas besoin d’attendre qu’une difficulté devienne insupportable pour lui reconnaître de l’importance.
Je peux commencer plus tôt.
En me disant :
« Oui, ce que je vis mérite mon attention. »
Puis :
« Oui, je peux m’en occuper. »
Et maintenant :
« Oui, je peux aussi m’autoriser à être accompagné. »
La question suivante devient alors différente :
« Si cela peut réellement changer quelque chose dans ma vie, ai-je envie d’attendre encore ? »
C’est précisément le prochain repère :
« Plus je m’en occupe tôt, plus je peux profiter longtemps du changement. »
Pour aller plus loin
Cet article correspond au troisième mouvement de MA PRISE DE CONSCIENCE :
JE PRENDS AU SÉRIEUX → JE M’AUTORISE.
Retrouvez le parcours complet dans :
MA PRISE DE CONSCIENCE : reconnaître ce que je vis pour commencer à changer
L’étape précédente est :
Attendre ne suffit pas toujours : quand ce que je vis mérite d’être pris au sérieux
Puis vient :
« Plus je m’en occupe tôt, plus je peux profiter longtemps du changement »
avec le passage vers la valeur du changement et, progressivement, vers le choix.