Attendre ne suffit pas toujours : quand ce que je vis mérite d’être pris au sérieux

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Il y a des situations qui passent.

Une période de fatigue.

Un désaccord.

Une inquiétude.

Une baisse de motivation.

Une tension momentanée.

Le temps fait parfois naturellement son travail.

Nous prenons du recul.

Une situation extérieure évolue.

Une émotion s’apaise.

Nous retrouvons progressivement notre équilibre.

Et puis il existe d’autres situations.

Celles dont nous pensions qu’elles allaient passer…

mais qui sont toujours là.

Celles auxquelles nous nous sommes adaptés.

Celles que nous avons repoussées à plus tard.

Celles à propos desquelles nous nous disons régulièrement :

« Je vais encore attendre un peu. »

Jusqu’au moment où une question devient possible :

« Est-ce que cette situation est réellement en train de passer… ou est-ce que je suis simplement en train de m’y habituer ? »

C’est souvent ici qu’une nouvelle étape de la prise de conscience commence.

Je ne fais plus seulement que reconnaître ce que je vis.

Je commence à le prendre au sérieux.


Reconnaître ne signifie pas encore prendre au sérieux

Dans le premier article, « Ce que je vis n’est pas anodin », le mouvement était :

JE RESSENS → JE RECONNAIS.

Je commence à voir ce qui se passe.

Je remarque une fatigue.

Une tension.

Une répétition.

Une insatisfaction.

Une pensée qui revient.

Mais je peux parfaitement reconnaître quelque chose… et continuer comme avant.

Je peux penser :

« Oui, je sais que cela me pèse. »

Puis ajouter :

« Mais ce n’est pas si important. »

Ou :

« Ça finira bien par passer. »

Ou encore :

« Ce n’est pas le moment de m’en occuper. »

Prendre conscience d’une situation ne produit donc pas automatiquement un changement.

Il existe une étape intermédiaire essentielle :

JE PRENDS AU SÉRIEUX ce que je commence à voir.


Laisser du temps peut être utile

Attendre n’est pas toujours éviter.

Il existe des situations pour lesquelles le temps est réellement nécessaire.

Après un changement important.

Une période de surcharge.

Une rupture.

Un conflit.

Une transition professionnelle.

Un événement familial.

Nous pouvons avoir besoin de quelques jours ou de quelques semaines pour retrouver nos repères.

Nous n’avons pas à transformer immédiatement chaque inconfort en problème à résoudre.

Il peut être juste de laisser les choses se déposer.

La question n’est donc pas :

« Est-ce que j’attends ? »

Mais plutôt :

« Qu’est-ce que cette attente produit réellement ? »


Quand laisser du temps devient laisser durer

Il existe une différence subtile entre :

laisser du temps à une situation

et

laisser une situation s’installer.

Au départ, nous pouvons nous dire :

« Je vais voir comment cela évolue. »

Puis :

« Ce n’est sans doute qu’une période. »

Un peu plus tard :

« Je devrais bientôt retrouver mon équilibre. »

Et quelques mois après :

« Cela fait longtemps que je me dis que cela devrait changer. »

La situation n’est peut-être pas devenue plus spectaculaire.

Mais elle dure.

Et le fait qu’elle dure devient lui-même une information.


Le temps ne transforme pas forcément ce qui se répète

Le temps peut apaiser certaines expériences.

Mais il ne modifie pas nécessairement une situation lorsque nous continuons à la vivre exactement de la même manière.

Si je reproduis régulièrement la même dynamique relationnelle, attendre ne suffit pas forcément.

Si je me retrouve depuis longtemps dans une situation professionnelle qui ne me correspond plus, attendre ne la transforme pas nécessairement.

Si je repousse continuellement la même décision, les mois peuvent passer sans que la décision devienne plus simple.

Si je continue à ne pas poser certaines limites, rien ne garantit que les autres finiront spontanément par les deviner.

Le temps passe.

Mais le fonctionnement peut rester identique.


Un premier repère : depuis combien de temps est-ce là ?

Lorsque nous vivons quelque chose au quotidien, notre perception du temps peut devenir floue.

Nous pouvons avoir l’impression qu’une difficulté est récente alors qu’elle nous accompagne depuis plusieurs mois.

Je peux donc simplement me demander :

Depuis combien de temps est-ce que je ressens cela ?

Depuis combien de temps cette pensée revient-elle ?

Depuis combien de temps cette relation me pèse-t-elle ?

Depuis combien de temps ai-je envie que quelque chose change dans mon travail ?

Depuis combien de temps est-ce que je me dis :

« Il faudra que je m’en occupe. »

Il n’existe pas de durée universelle à partir de laquelle une situation devient importante.

Mais parfois, poser la durée permet déjà de la regarder autrement.


Deuxième repère : est-ce que cela revient toujours de la même manière ?

Certaines situations ne sont pas continues.

Elles disparaissent…

puis reviennent.

La tension retombe.

Puis elle réapparaît.

La motivation revient pendant quelques jours.

Puis elle retombe.

Une relation s’apaise.

Puis le même conflit recommence.

Je prends une décision intérieure.

Puis je reviens à mes habitudes.

Ce mouvement peut nous donner l’impression que le problème est réglé parce qu’il existe des périodes plus calmes.

Mais une question peut être utile :

« Est-ce réellement résolu… ou simplement momentanément moins visible ? »


Troisième repère : est-ce que je dépense de plus en plus d’énergie pour maintenir la situation ?

Nous pouvons parfois continuer très longtemps dans une situation parce que nous avons appris à la gérer.

Mais gérer n’est pas toujours aller bien.

Je peux continuer à travailler tout en consacrant beaucoup d’énergie à me motiver.

Je peux maintenir une relation en évitant certains sujets.

Je peux continuer à paraître calme tout en étant intérieurement très tendu.

Je peux maintenir un équilibre familial en prenant constamment sur moi.

Je peux continuer à fonctionner parce que je compense.

La question devient alors :

« Combien d’énergie cette situation me demande-t-elle aujourd’hui ? »

Parfois, ce n’est pas la difficulté elle-même qui augmente.

C’est l’effort nécessaire pour continuer à vivre avec elle.


Quatrième repère : est-ce que j’ai déjà essayé plusieurs fois sans que cela change vraiment ?

Nous tentons souvent spontanément de résoudre ce qui nous gêne.

Nous faisons un effort.

Nous prenons une décision.

Nous nous promettons de réagir autrement.

Nous essayons d’être plus patient.

Plus ferme.

Plus organisé.

Plus motivé.

Plus détaché.

Parfois cela fonctionne.

Et parfois, après quelques jours ou quelques semaines, nous retrouvons exactement le même point.

Cela ne signifie pas que nos efforts sont inutiles.

Mais cela peut nous indiquer que :

la situation mérite peut-être davantage qu’un nouvel effort identique aux précédents.


Prendre au sérieux ne signifie pas dramatiser

C’est une nuance essentielle.

Prendre quelque chose au sérieux ne veut pas dire considérer que tout va mal.

Cela ne signifie pas non plus penser immédiatement :

« J’ai un problème. »

Prendre au sérieux signifie plutôt :

« Je reconnais que cette situation a suffisamment d’importance pour que je cesse de l’écarter automatiquement. »

Je peux donc prendre au sérieux :

une fatigue ;

une insatisfaction ;

une difficulté relationnelle ;

une perte de confiance ;

une hésitation professionnelle ;

une envie de changement ;

sans transformer cela en catastrophe.

Il existe un espace très sain entre :

minimiser

et

dramatiser.

Cet espace, c’est :

considérer.


Certaines phrases peuvent me maintenir dans l’attente

Il existe des phrases qui permettent de différer presque indéfiniment.

« Quand j’aurai plus de temps. »

« Quand le travail sera plus calme. »

« Quand les enfants seront plus grands. »

« Après les vacances. »

« Quand cette période sera terminée. »

« Quand je serai certain. »

« Quand je me sentirai vraiment prêt. »

Chacune peut être parfaitement légitime.

Mais lorsque nous les utilisons depuis longtemps, elles peuvent aussi devenir une manière de ne jamais rencontrer la vraie question :

« Est-ce que je veux réellement m’occuper de cette situation ? »


Je peux être capable de supporter quelque chose sans avoir envie de continuer à le supporter

C’est un point important.

Nous confondons parfois notre capacité à tenir avec le fait que la situation nous convient.

Je peux supporter.

Je peux gérer.

Je peux continuer.

Mais cela ne répond pas à :

« Est-ce que j’ai envie de continuer ainsi ? »

Nous pouvons être extrêmement résistants.

Très adaptables.

Très responsables.

Et précisément pour cette raison, laisser certaines situations durer beaucoup plus longtemps que nécessaire.


Prendre au sérieux, c’est commencer à considérer que je peux m’en occuper

À ce stade, je ne sais peut-être toujours pas quoi faire.

Et ce n’est pas un problème.

Prendre au sérieux ne signifie pas encore avoir une solution.

Cela signifie que je commence à passer de :

« Oui, je sais que c’est là. »

à :

« Peut-être que je peux faire quelque chose de ce que je vois. »

C’est un changement discret mais important.

Je ne suis plus uniquement observateur de ce qui m’arrive.

Je commence à retrouver une marge de choix.


Je peux encore hésiter

Cette étape n’est pas forcément linéaire.

Je peux penser un jour :

« Il faut vraiment que je m’en occupe. »

Et le lendemain :

« Finalement, ça va mieux. »

Je peux savoir qu’un changement serait utile et ne pas être prêt à le mettre en œuvre.

Je peux avoir envie d’avancer et avoir peur de ce que cela pourrait modifier.

Je peux reconnaître une difficulté tout en espérant encore qu’elle disparaisse seule.

C’est précisément pour cela que cette étape existe dans l’Arc de la Prise de Conscience.

Entre :

« Je reconnais. »

et

« Je choisis. »

il existe souvent une zone où nous commençons à prendre au sérieux ce que nous vivons, sans être encore totalement décidés.



Quelques questions pour distinguer attendre et laisser durer

Je peux me demander :

  • Depuis combien de temps est-ce que cette situation dure ?
  • Est-ce qu’elle évolue réellement ?
  • Est-ce qu’elle revient régulièrement ?
  • Est-ce que j’ai déjà pensé plusieurs fois qu’il faudrait que quelque chose change ?
  • Est-ce que j’ai déjà essayé de modifier la situation ?
  • Est-ce que mes tentatives ont produit un changement durable ?
  • Est-ce que cela me demande davantage d’énergie qu’avant ?
  • Est-ce que je continue surtout parce que je sais encore supporter ?
  • Si rien ne change pendant six mois ou un an, est-ce que cela me conviendra ?

Il ne s’agit pas de se mettre sous pression.

Il s’agit simplement de regarder l’attente elle-même.


Le deuxième mouvement : JE RECONNAIS → JE PRENDS AU SÉRIEUX

Dans l’Arc de la Prise de Conscience, le premier mouvement était :

JE RESSENS → JE RECONNAIS.

Je commence à voir.

Ici, une nouvelle étape apparaît :

JE RECONNAIS → JE PRENDS AU SÉRIEUX.

Je passe progressivement de :

« Oui, quelque chose se passe. »

à :

« Cela compte suffisamment pour que je cesse simplement d’attendre. »

Puis une idée nouvelle devient possible :

« Je peux peut-être commencer à m’en occuper. »

Cela ne signifie pas encore :

« Je dois me faire accompagner. »

Cette question viendra ensuite.

Pour l’instant, il s’agit simplement de reconnaître que je peux commencer à m’occuper de ce que je vis.


Schéma « De l’attente à la prise au sérieux » : reconnaître, constater que cela dure, cesser de minimiser et commencer à s’en occuper.

CONCLUSION — Je peux laisser du temps sans laisser ma vie attendre

Attendre peut être juste.

Nous n’avons pas besoin d’agir dans l’urgence.

Nous n’avons pas besoin de transformer chaque inconfort.

Mais nous pouvons aussi nous demander honnêtement :

« Est-ce que cette situation est en train de passer… ou est-ce que je suis en train de m’y habituer ? »

Si quelque chose revient.

Si cela dure.

Si cela mobilise de plus en plus d’énergie.

Si je me suis déjà promis plusieurs fois de m’en occuper.

Alors peut-être que la prochaine étape n’est pas encore de savoir exactement quoi faire.

Elle peut simplement être :

prendre au sérieux ce que je vois.

Et me dire :

« Oui, je peux commencer à m’en occuper. »

La question suivante deviendra alors :

« Ai-je besoin d’attendre d’aller vraiment mal pour m’autoriser à faire quelque chose ? »

C’est précisément le prochain repère :

« Je n’ai pas besoin d’aller très mal pour être accompagné. »


Pour aller plus loin

Cet article correspond au deuxième mouvement de MA PRISE DE CONSCIENCE :

JE RECONNAIS → JE PRENDS AU SÉRIEUX.

Retrouvez le parcours complet dans :

MA PRISE DE CONSCIENCE : reconnaître ce que je vis pour commencer à changer

Et si vous souhaitez revenir à l’étape précédente :

Ce que je vis n’est pas anodin : commencer par reconnaître ce qui se passe

Puis poursuivez avec :

Je n’ai pas besoin d’aller très mal pour être accompagné

pour entrer dans le mouvement suivant :

JE PRENDS AU SÉRIEUX → JE M’AUTORISE.


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