LES JEUX PSYCHOLOGIQUES EN ANALYSE TRANSACTIONNELLE : comprendre les scénarios relationnels qui se répètent
EXTRAIT DE L'ARTICLE
Certaines relations semblent suivre un scénario déjà écrit : les mêmes tensions reviennent, les rôles se répètent et la discussion finit souvent de la même manière. En Analyse Transactionnelle, ces séquences relationnelles répétitives sont appelées jeux psychologiques. Comprendre leur fonctionnement permet de repérer ce qui se joue derrière les échanges visibles, d’identifier ce qui nous entraîne dans ces dynamiques et de commencer à construire des relations plus directes et plus conscientes.
Introduction
Certaines relations semblent suivre une histoire déjà écrite.
La conversation commence normalement.
Quelqu’un demande de l’aide.
L’autre conseille.
Quelqu’un fait une remarque.
L’autre se défend.
Une personne cherche à se rapprocher.
L’autre répond.
Et puis, presque imperceptiblement, quelque chose change.
La discussion se tend.
Les rôles s’inversent.
L’un se sent attaqué, incompris, rejeté, utilisé ou impuissant.
L’autre finit frustré, coupable, en colère ou découragé.
Et chacun peut repartir avec une impression familière :
« C’est toujours pareil. »
C’est précisément ce type de répétition qu’Eric Berne a cherché à décrire avec la notion de jeu psychologique en Analyse Transactionnelle.
Le mot jeu peut surprendre.
Il ne signifie pas que les personnes s’amusent.
Il ne signifie pas non plus qu’elles manipulent nécessairement l’autre de façon consciente.
Dans l’Analyse Transactionnelle, le jeu psychologique décrit une séquence relationnelle répétitive, comportant un niveau de communication implicite ou caché, qui tend vers une issue suffisamment prévisible.
Berne en a fait l’un des concepts les plus connus de l’Analyse Transactionnelle dans Games People Play, publié en 1964. Il y analyse 36 grands jeux répartis en plusieurs catégories ; son travail a ensuite été prolongé par de nombreux auteurs de l’Analyse Transactionnelle. (Eric Berne M.D.)
Mais comprendre les jeux psychologiques ne consiste pas seulement à apprendre une liste de noms.
L’enjeu est beaucoup plus important :
comprendre comment nous pouvons participer, parfois sans nous en rendre compte, à des relations dont l’issue confirme toujours ce que nous pensions déjà de nous-mêmes, des autres ou du monde.
QU’EST-CE QU’UN JEU PSYCHOLOGIQUE EN ANALYSE TRANSACTIONNELLE ?
Eric Berne définit le jeu comme une succession de transactions comportant un niveau caché, qui progresse vers une issue reconnaissable et relativement prévisible. (Eric Berne M.D.)
Autrement dit, ce qui se dit ouvertement n’est pas toujours l’intégralité de ce qui se joue dans la relation.
Une interaction peut fonctionner simultanément sur deux plans.
Le niveau social : ce que nous disons
C’est la conversation visible.
Par exemple :
« Qu’est-ce que je pourrais faire ? »
« Vous pourriez peut-être essayer ceci. »
À ce niveau, une personne demande un conseil et l’autre lui propose une solution.
Rien de particulier.
Le niveau psychologique : ce qui se joue derrière la conversation
Une autre dynamique peut pourtant accompagner l’échange :
« Trouve-moi une solution impossible à appliquer. »
et, en face :
« Laisse-moi te montrer que je peux résoudre ton problème. »
Aucun des deux participants n’a nécessairement formulé cela consciemment.
Pourtant, leurs besoins, leurs habitudes relationnelles, leurs fragilités ou leurs scénarios peuvent progressivement s’emboîter.
La personne propose une solution.
Elle reçoit :
« Oui, mais… »
Elle en propose une deuxième.
« Oui, mais… »
Puis une troisième.
Encore :
« Oui, mais… »
Jusqu’au moment où la personne qui voulait aider ne sait plus quoi proposer.
La conversation se termine alors sur quelque chose comme :
« Vous voyez bien qu’il n’y a rien à faire. »
Le premier participant peut retrouver son sentiment familier :
« Personne ne peut réellement m’aider. »
Le second peut repartir avec le sien :
« Les gens ne veulent jamais vraiment être aidés. »
Le problème initial n’a pas été résolu.
Mais chacun a peut-être retrouvé une vision du monde qui lui était déjà familière.
C’est cette logique que l’Analyse Transactionnelle cherche à mettre en lumière.
UN JEU N’EST PAS SIMPLEMENT UN CONFLIT
Toutes les tensions relationnelles ne sont pas des jeux psychologiques.
Deux personnes peuvent être en désaccord sans jouer.
Nous pouvons nous mettre en colère sans jouer.
Nous pouvons être maladroits, défensifs, injustes ou blessants sans qu’un jeu psychologique soit nécessairement installé.
Même une tentative consciente de manipulation n’est pas automatiquement un jeu au sens technique de l’Analyse Transactionnelle.
Ce qui caractérise particulièrement le jeu est la combinaison de plusieurs éléments :
une répétition, un niveau relationnel implicite, une forme d’accrochage réciproque, une bascule, puis un résultat psychologique relativement prévisible.
Eric Berne était lui-même exigeant sur ce point : toutes les interactions déplaisantes ne devaient pas être qualifiées de jeux. Il cherchait notamment une accroche, un point sensible et un bénéfice final permettant d’expliquer pourquoi la séquence pouvait se reproduire. (Eric Berne M.D.)
Cette distinction est essentielle.
Sinon, le concept de jeu psychologique finit par devenir une simple étiquette :
« Il joue avec moi. »
« Elle est manipulatrice. »
« Il est dans son Triangle de Karpman. »
Et nous perdons précisément ce qui fait l’intérêt de l’Analyse Transactionnelle :
observer les transactions plutôt que juger les personnes.
L’ANATOMIE D’UN JEU PSYCHOLOGIQUE
Dans ses développements ultérieurs, Eric Berne formalise le déroulement du jeu psychologique à travers ce qui est couramment appelé la Formule G.
Elle peut être présentée simplement ainsi :
ACCROCHE + POINT SENSIBLE → RÉPONSE → BASCULE → CONFUSION → BÉNÉFICE FINAL
Cette séquence permet de comprendre qu’un jeu psychologique n’est pas une caractéristique de personnalité, mais un enchaînement relationnel qui se construit progressivement entre plusieurs personnes.
Quelque chose ouvre la séquence. Cette accroche rencontre chez l’autre un point sensible qui favorise une réponse. L’échange se poursuit jusqu’à un moment de bascule, souvent suivi d’une impression de confusion ou d’incompréhension. La séquence se termine enfin par un bénéfice psychologique qui, même lorsqu’il est désagréable, tend à confirmer une croyance, une attente ou un scénario déjà familier.
Observer cette succession permet donc de passer de la question :
« Qui est responsable ? »
à une question beaucoup plus utile :
« Comment cette séquence relationnelle s’est-elle construite ? »
1. L’ACCROCHE
Quelque chose ouvre la séquence.
Une plainte.
Une demande.
Une provocation.
Une invitation à aider.
Une remarque apparemment anodine.
Une accusation.
Une demande de réassurance.
Une situation dans laquelle quelqu’un semble avoir besoin que l’autre prenne une certaine position.
Mais une accroche ne fonctionne pas seule.
Elle doit rencontrer quelque chose chez l’autre.
2. LE POINT SENSIBLE
L’autre personne possède une sensibilité particulière qui rend l’invitation difficile à refuser.
Cela peut être :
le besoin d’aider ;
la peur de décevoir ;
le besoin d’avoir raison ;
la difficulté à dire non ;
la peur d’être rejeté ;
le besoin d’être reconnu ;
la tendance à sauver ;
le besoin de contrôler ;
la difficulté à supporter que quelqu’un souffre ;
ou encore le désir de prouver sa valeur.
C’est ici que l’analyse devient intéressante.
Le jeu n’est plus seulement :
« Qu’est-ce que l’autre me fait ? »
Il devient aussi :
« Qu’est-ce qui, chez moi, me fait entrer si facilement dans cette danse relationnelle ? »
3. LA RÉPONSE
Le participant répond à l’accroche.
Le jeu peut alors commencer à se structurer.
Une personne demande sans réellement pouvoir recevoir.
L’autre conseille.
Une personne se montre impuissante.
L’autre prend les choses en charge.
Une personne provoque.
L’autre se justifie.
Une personne accuse.
L’autre tente désespérément de prouver son innocence.
Les transactions peuvent se répéter plusieurs fois.
Et plus nous avançons, plus chacun occupe une position devenue familière.
4. LA BASCULE
C’est souvent le moment qui révèle le jeu.
Quelque chose change soudainement.
La personne qui demandait de l’aide accuse soudain la personne qui l’aidait.
La personne qui prenait en charge devient critique.
Une position jusque-là soumise peut devenir accusatrice.
Une position de contrôle peut basculer vers une position de Victime.
Une personne qui cherchait à être rassurée peut finalement rejeter la personne qui la rassurait.
Le lecteur reconnaît parfois cette sensation :
« Je ne comprends pas. Il y a trente secondes, nous étions en train de parler normalement. Comment en sommes-nous arrivés là ? »
5. LE MOMENT DE CONFUSION
La bascule provoque une rupture de compréhension.
Quelqu’un reste déconcerté :
« Qu’est-ce qui vient de se passer ? »
La logique visible de la conversation ne suffit plus à expliquer l’émotion produite.
C’est souvent un indice précieux.
Quand une interaction laisse soudainement un sentiment disproportionné de confusion, de culpabilité, d’impuissance ou d’injustice, il peut être utile d’observer non seulement ce qui s’est dit, mais aussi ce qui s’est joué.
6. LE BÉNÉFICE FINAL
Le mot bénéfice ne signifie évidemment pas que la personne finit heureuse.
Le bénéfice psychologique peut être douloureux.
Il s’agit plutôt d’un résultat qui confirme quelque chose de connu.
Par exemple :
« Personne ne m’aide vraiment. »
« On finit toujours par m’abandonner. »
« Je dois tout faire moi-même. »
« On profite toujours de ma gentillesse. »
« Les autres sont dangereux. »
« Je ne suis pas capable. »
« Je ne peux faire confiance à personne. »
« Dès que je me rapproche, je souffre. »
La relation a produit de la souffrance.
Mais elle a également confirmé une représentation ancienne.
C’est précisément ce paradoxe qui permet de comprendre pourquoi certains scénarios relationnels peuvent se reproduire.
POURQUOI RÉPÉTONS-NOUS DES JEUX QUI NOUS FONT SOUFFRIR ?
Si une interaction nous fait du mal, pourquoi y retourner ?
Parce qu’un fonctionnement relationnel ne cherche pas toujours ce qui est agréable.
Il peut aussi chercher ce qui est connu.
Une relation familière peut être psychologiquement plus prévisible qu’une relation réellement nouvelle.
Sortir d’un jeu oblige parfois à entrer dans un espace beaucoup moins familier :
demander directement ;
dire non ;
exprimer un besoin ;
accepter une réponse différente de celle que nous espérions ;
ne pas sauver ;
ne pas provoquer ;
prendre une décision ;
assumer une responsabilité ;
faire confiance ;
ou vivre une intimité plus authentique.
Le jeu peut alors fonctionner comme une organisation relationnelle connue.
LES JEUX PSYCHOLOGIQUES ET LES SIGNES DE RECONNAISSANCE
L’Analyse Transactionnelle accorde une place centrale aux signes de reconnaissance, ou Strokes.
Un Stroke est une unité de reconnaissance adressée à une personne : regard, parole, geste, attention, compliment, critique ou autre marque indiquant que l’autre existe pour nous.
Berne considère le besoin de reconnaissance comme un élément important de la vie relationnelle. Dans cette perspective, même une reconnaissance négative peut parfois être recherchée lorsqu’une personne anticipe qu’elle n’obtiendra pas facilement une reconnaissance positive. (Eric Berne M.D.)
Cela permet de comprendre certains jeux.
Une dispute répétitive peut fournir énormément de reconnaissance.
Une personne est regardée.
Répondue.
Combattue.
Justifiée.
Poursuivie.
Rassurée.
Critiquée.
Même lorsque cette reconnaissance est désagréable, la relation reste intensément active.
Cela ne signifie pas que nous recherchons consciemment la souffrance.
Cela signifie qu’un système relationnel peut devenir une manière apprise d’obtenir de la reconnaissance.
LES JEUX PSYCHOLOGIQUES ET LE SCÉNARIO DE VIE
Les jeux psychologiques prennent encore davantage de sens lorsqu’ils sont reliés au Scénario de Vie.
Dans l’Analyse Transactionnelle, le scénario désigne l’organisation progressive de certaines croyances, décisions et attentes concernant soi-même, les autres et la vie.
Un jeu peut contribuer à confirmer ce scénario.
Une personne convaincue qu’elle sera abandonnée peut sélectionner, provoquer ou interpréter certaines situations de manière à retrouver finalement l’abandon.
Une personne convaincue qu’elle doit être indispensable peut entrer régulièrement dans des relations où elle porte, sauve, organise et finit épuisée.
Une personne convaincue que personne ne peut l’aider peut demander de l’aide tout en disqualifiant successivement toutes les propositions.
Le jeu devient alors une sorte de preuve relationnelle :
« Vous voyez : la vie fonctionne bien comme je le pensais. »
C’est ce qui rend le travail thérapeutique ou de coaching particulièrement intéressant.
Il ne s’agit pas seulement d’arrêter une dispute.
Il s’agit parfois de comprendre ce que cette dispute permet de confirmer depuis longtemps.
LES JEUX PSYCHOLOGIQUES ET LES POSITIONS DE VIE
Les jeux peuvent également renforcer certaines positions de vie décrites en Analyse Transactionnelle.
Par exemple :
Je suis OK — Vous êtes OK
Je suis OK — Vous n’êtes pas OK
Je ne suis pas OK — Vous êtes OK
Je ne suis pas OK — Vous n’êtes pas OK
Une interaction répétitive peut contribuer à ramener chacun vers une position connue.
Celui qui cherche constamment les défauts des autres peut finir par confirmer :
« Moi, je vois clair ; les autres ne sont pas fiables. »
Celui qui sollicite sans cesse un Sauveur peut finir par confirmer :
« Les autres savent ; moi, je ne peux pas. »
L’un des enjeux du changement consiste donc à revenir vers une position relationnelle dans laquelle ma valeur n’exige pas de diminuer celle de l’autre, et dans laquelle reconnaître la valeur de l’autre ne nécessite pas de me diminuer moi-même.
LE TRIANGLE DRAMATIQUE DE KARPMAN : UNE GRILLE MAJEURE POUR LIRE LES JEUX
En 1968, Stephen Karpman publie son modèle du Drama Triangle, devenu l’un des prolongements les plus connus de l’Analyse Transactionnelle. Son modèle représente trois positions relationnelles :
VICTIME — SAUVEUR — PERSÉCUTEUR.
L’article original paraît dans le Transactional Analysis Bulletin en 1968. (karpmandramatriangle.com)
Ces rôles ne sont pas des identités.
Une même personne peut changer de position très rapidement.
Le Sauveur qui aide sans demande claire peut devenir Persécuteur lorsqu’il se sent peu reconnu.
La Victime peut devenir Persécuteur lorsqu’elle reproche finalement au Sauveur de ne pas l’avoir suffisamment aidée.
Le Persécuteur peut ensuite se considérer comme Victime lorsqu’on lui reproche son comportement.
C’est précisément la circulation entre les positions qui rend le Triangle dramatique particulièrement utile pour comprendre certains jeux.
Mais il est important de ne pas tout confondre.
Le Triangle de Karpman n’est pas un jeu psychologique supplémentaire.
C’est une grille de lecture permettant notamment de visualiser certaines dynamiques qui apparaissent à l’intérieur des jeux.
→ À lire ensuite : LE TRIANGLE DRAMATIQUE DE KARPMAN — Victime • Sauveur • Persécuteur
LES JEUX CLASSIQUES D’ERIC BERNE : NOTRE PREMIER CERCLE
Eric Berne décrit dans Games People Play 36 grands jeux psychologiques, regroupés en plusieurs catégories.
Certains sont devenus particulièrement connus parce qu’ils décrivent des situations relationnelles que beaucoup de personnes peuvent reconnaître dans leur vie personnelle, familiale, conjugale ou professionnelle.
Nous consacrerons progressivement des articles spécifiques aux jeux les plus pertinents pour comprendre les relations d’aujourd’hui.
Parmi les premiers jeux que nous développerons figurent notamment :
« OUI, MAIS… » — lorsque toutes les solutions proposées semblent rencontrer une nouvelle objection.
« SANS TOI, JE POURRAIS… » — lorsque l’autre devient progressivement l’explication de ce que nous ne nous autorisons pas à faire.
« C’EST À CAUSE DE TOI ! » — lorsque nous attribuons à l’autre la responsabilité de notre réaction ou de notre comportement.
« CETTE FOIS, JE TE TIENS ! » — lorsque nous attendons ou saisissons la faute qui permettra enfin d’accuser l’autre.
« REJETTE-MOI ENCORE » — lorsque certains comportements contribuent à provoquer précisément le rejet que nous redoutons.
« JE VOULAIS SEULEMENT VOUS AIDER » — lorsque l’aide proposée finit par créer frustration, incompréhension ou ressentiment.
« APRÈS TOUT CE QUE J’AI ESSAYÉ… » — lorsque les efforts accumulés deviennent progressivement la preuve que rien ne peut réellement fonctionner.
« QUI A RAISON ? FAITES LE JUGE » — lorsque deux personnes sollicitent un tiers pour déterminer laquelle a raison et laquelle a tort.
« JE TROUVERAI BIEN CE QUI NE VA PAS CHEZ TOI » — lorsque l’attention se concentre surtout sur les défauts, les erreurs ou les failles de l’autre.
« QUOI QUE TU FASSES, TU AS TORT » — lorsque l’autre se retrouve dans une situation où chaque réponse risque de lui être reprochée.
« VOUS AVEZ VU COMME TOUT VA MAL ? » — lorsque partager ce qui ne va pas devient une manière récurrente d’entrer en relation.
« MOI, JE SUIS NUL » — lorsque la dévalorisation de soi devient progressivement une position relationnelle familière.
Ces appellations françaises ont avant tout une fonction pédagogique : permettre au lecteur de reconnaître rapidement une situation vécue avant d’en comprendre les mécanismes en Analyse Transactionnelle.
Tous les jeux décrits par Eric Berne ne feront pas nécessairement l’objet d’un article individuel.
Nous privilégierons ceux qui restent aujourd’hui les plus éclairants pour comprendre les relations répétitives, les conflits, les positions que nous prenons les uns avec les autres et les scénarios qui tendent à se reproduire.
DES JEUX HISTORIQUES AUX DYNAMIQUES RELATIONNELLES CONTEMPORAINES
Les relations contemporaines ont également fait émerger ou popularisé des termes qui n’appartiennent pas au catalogue historique de Berne.
On parle aujourd’hui de :
chaud-froid relationnel ; breadcrumbing ; triangulation ; mise en concurrence ; retrait destiné à provoquer une réaction ; attentes implicites ; “si tu m’aimais, tu saurais” ; changement permanent des règles ; sacrifice suivi de ressentiment ; poursuite-évitement ; pseudo-demande d’aide ; dette affective.
Nous allons les intégrer dans un deuxième cercle.
Mais avec une règle essentielle :
nous ne les présenterons pas comme des jeux inventés ou décrits par Eric Berne.
Nous examinerons plutôt la question :
« Cette dynamique contemporaine peut-elle être éclairée par les outils de l’Analyse Transactionnelle ? »
Pour pouvoir parler véritablement de jeu psychologique au sens transactionnel, il faudra retrouver suffisamment d’éléments du processus :
répétition ;
niveau implicite ;
accrochage entre les participants ;
bascule ;
confusion ;
bénéfice psychologique final.
Cette rigueur nous permettra d’utiliser l’AT sans transformer toutes les difficultés relationnelles modernes en prétendus « jeux de Berne ».
LES 101 APPELLATIONS HISTORIQUES : UN RÉPERTOIRE À PART ENTIÈRE
Le public connaît généralement quelques grands jeux :
« Oui, mais… »
« Sans toi, je pourrais… »
ou encore
« C’est à cause de toi ! »
Mais l’univers historique est beaucoup plus vaste.
Le livre de Berne développe 36 jeux principaux, alors que son index et les variantes qu’il cite conduisent à un ensemble beaucoup plus important d’appellations et de formes apparentées.
Nous consacrerons donc un article spécifique à ce répertoire :
LES JEUX PSYCHOLOGIQUES D’ERIC BERNE : le répertoire complet des jeux et de leurs variantes
Cet article distinguera clairement :
les grands jeux développés par Berne ;
leurs variantes ;
les appellations secondaires ;
les dénominations historiques aujourd’hui datées ;
et nos noms français éditoriaux.
Nous y ajouterons, dans une partie totalement séparée, les dynamiques relationnelles contemporaines éclairables par l’Analyse Transactionnelle.
L’objectif n’est pas de transformer chaque appellation en article.
Ce répertoire constituera surtout une cartographie de référence.
COMMENT SAVOIR SI JE SUIS EN TRAIN D’ENTRER DANS UN JEU ?
Certains signes peuvent attirer notre attention.
La même conversation revient régulièrement.
Nous connaissons presque déjà la fin.
Nous nous sentons poussé à prendre toujours le même rôle.
Nous faisons davantage que ce que la situation demande.
Nous avons soudainement l’impression que les règles viennent de changer.
Nous passons brutalement de l’aide à l’agacement, de la proximité au rejet, de la soumission à l’accusation ou de la maîtrise à l’impuissance.
Et surtout, lorsque tout est terminé, nous retrouvons une conclusion intérieure extrêmement familière :
« Encore une fois… »
C’est souvent cette familiarité qui mérite d’être observée.
POURQUOI LES JEUX SONT-ILS SI DIFFICILES À REPÉRER DE L’INTÉRIEUR ?
Parce que, lorsque nous sommes dans le jeu, la situation nous paraît souvent parfaitement logique.
Le Sauveur pense :
« Mais cette personne a réellement besoin de moi. »
La personne qui conseille pense :
« Je ne fais que proposer des solutions. »
La personne qui attaque pense :
« Je ne fais que me défendre. »
La personne qui refuse toutes les solutions pense :
« Elles sont réellement inadaptées. »
Et chacune de ces affirmations peut contenir une part de vérité.
C’est ce qui rend le jeu subtil.
Le problème n’est pas forcément le contenu isolé d’une transaction.
C’est l’enchaînement répétitif de l’ensemble.
Nous comprenons parfois le jeu seulement lorsque nous cessons de demander :
« Qui a raison ? »
et que nous commençons à demander :
« Quelle séquence sommes-nous en train de fabriquer ensemble ? »
SORTIR D’UN JEU NE CONSISTE PAS À GAGNER
C’est une différence fondamentale.
Si j’essaie de gagner le jeu, je continue encore à jouer.
Je peux devenir plus intelligent.
Plus argumentatif.
Plus dur.
Plus stratégique.
Mais je reste à l’intérieur de la même structure.
Sortir du jeu demande généralement autre chose :
changer de transaction.
Au lieu de répondre automatiquement à l’accroche, nous pouvons prendre le temps d’observer ce qui nous est réellement demandé.
Au lieu de sauver :
« Qu’attendez-vous précisément de moi ? »
Au lieu de conseiller immédiatement :
« Souhaitez-vous une idée, ou avez-vous surtout besoin que je vous écoute ? »
Au lieu d’accuser :
« Voici ce qui s’est passé et voici ce dont j’ai besoin maintenant. »
Au lieu de deviner :
« Je préfère que vous me disiez directement ce que vous attendez. »
Au lieu de poursuivre quelqu’un qui se retire :
« Je suis disponible pour en parler lorsque nous pourrons avoir cette conversation clairement. »
L’objectif n’est pas de contrôler l’autre.
Il est de ne plus alimenter automatiquement la séquence.
RETROUVER L’ÉTAT DU MOI ADULTE
L’un des leviers majeurs de l’Analyse Transactionnelle consiste à retrouver davantage de fonctionnement depuis l’État du Moi Adulte.
L’Adulte cherche à observer ce qui se passe ici et maintenant.
Il vérifie.
Il questionne.
Il distingue les faits des interprétations.
Il prend sa part de responsabilité sans prendre celle de tout le monde.
Il peut dire oui.
Il peut dire non.
Il peut aider sans sauver.
Il peut écouter sans résoudre.
Il peut reconnaître un désaccord sans transformer automatiquement l’autre en adversaire.
Cela ne signifie pas devenir froid ou purement rationnel.
L’Adulte peut intégrer nos émotions, nos expériences et nos valeurs sans être automatiquement dirigé par elles.
→ À lire : Les États du Moi — Parent • Adulte • Enfant
LE JEU PEUT S’ARRÊTER… MAIS LE VIDE PEUT ÊTRE DÉSTABILISANT
C’est un aspect rarement évoqué.
Lorsqu’un jeu occupait une grande place dans une relation, l’arrêter peut créer un vide.
Un couple habitué aux disputes peut découvrir qu’il ne sait plus très bien comment être proche autrement.
Une personne habituée à sauver peut se sentir inutile lorsqu’elle cesse de prendre en charge les autres.
Une personne habituée à se faire rassurer peut se sentir très seule lorsqu’elle commence à réguler elle-même une partie de son insécurité.
Une personne habituée à provoquer le rejet peut être désorientée lorsque quelqu’un ne la rejette plus.
Le véritable changement consiste donc rarement uniquement à supprimer un jeu.
Il faut aussi construire une autre manière d’entrer en relation.
DE LA RELATION DE JEU À UNE RELATION PLUS DIRECTE
Plus une relation devient directe, moins elle a besoin de transactions cachées.
Nous pouvons progressivement apprendre à dire :
« J’ai besoin d’être rassuré. »
au lieu de provoquer une crise pour vérifier que l’autre tient à nous.
« Je ne veux pas faire cela. »
au lieu d’accepter puis de reprocher notre sacrifice.
« Je voudrais que vous m’aidiez de cette manière précise. »
au lieu de demander une aide que nous rejetterons ensuite.
« Votre comportement m’a blessé. »
au lieu de préparer une situation permettant de punir l’autre.
« Je ne sais pas comment me rapprocher de vous sans avoir peur. »
au lieu de provoquer systématiquement l’éloignement.
Cette communication est parfois plus vulnérable.
Mais elle est également beaucoup plus libre.
Conseil du Coach AT
Quand une relation vous laisse régulièrement avec le même sentiment final, ne cherchez pas immédiatement à déterminer qui est responsable.
Reconstituez d’abord la séquence.
Que s’est-il passé au début ?
À quel moment ai-je commencé à prendre mon rôle habituel ?
Qu’ai-je essayé d’obtenir ?
Qu’est-ce que l’autre semblait attendre ?
À quel moment la relation a-t-elle basculé ?
Comment me suis-je senti à la fin ?
Puis posez-vous une dernière question :
« Où ai-je déjà connu cette sensation ? »
Vous commencez alors à passer de l’événement isolé au schéma relationnel.
QUAND UN ACCOMPAGNEMENT PEUT-IL ÊTRE UTILE ?
Comprendre intellectuellement un jeu ne suffit pas toujours à en sortir.
Nous pouvons connaître parfaitement le Triangle de Karpman et continuer à sauver.
Nous pouvons identifier notre jeu favori et le reproduire la semaine suivante.
Parce qu’un jeu ne repose pas seulement sur une idée.
Il peut mobiliser :
des émotions ;
des besoins de reconnaissance ;
des peurs ;
des apprentissages relationnels anciens ;
des croyances ;
des automatismes ;
des scénarios de vie ;
et parfois des blessures beaucoup plus profondes.
L’accompagnement permet alors de travailler non seulement sur ce qui se passe avec l’autre, mais aussi sur ce qui rend ce scénario si familier pour soi.
L’objectif n’est pas d’apprendre à détecter les jeux chez tout le monde.
Il est de devenir davantage capable de repérer :
ce qui m’accroche ;
ce que je rejoue ;
la position que j’adopte ;
le résultat que je contribue à fabriquer ;
et surtout :
la nouvelle réponse que je peux construire.
POUR ALLER PLUS LOIN : NOTRE CARTOGRAPHIE DES JEUX PSYCHOLOGIQUES
Cet article constitue le PILIER CENTRAL de la série.
Il sera progressivement relié à trois niveaux de contenu.
PILIER ASSOCIÉ
Le Triangle dramatique de Karpman : Victime • Sauveur • Persécuteur
RÉPERTOIRE DE RÉFÉRENCE
Les Jeux psychologiques d’Eric Berne : 36 grands jeux, variantes historiques et noms français
ARTICLES SATELLITES
Chaque grand jeu sera ensuite étudié séparément, par ordre de priorité, avec :
son nom anglais historique ;
son nom français éditorial ;
la situation typique ;
les transactions ;
l’accroche ;
le point sensible ;
la bascule ;
le bénéfice psychologique ;
les liens avec le Triangle dramatique ;
les signes permettant de le reconnaître ;
et les pistes permettant de ne plus l’alimenter.
Nous distinguerons toujours deux ensembles :
CERCLE 1 — Les jeux classiques de l’Analyse Transactionnelle
et
CERCLE 2 — Les dynamiques relationnelles contemporaines pouvant être éclairées par l’Analyse Transactionnelle.
Cette distinction permettra de conserver toute la richesse de l’outil sans attribuer à Eric Berne des concepts qu’il n’a jamais formulés.
CONCLUSION : QUAND JE COMPRENDS LE JEU, JE PEUX CHANGER MA PLACE DANS LA RELATION
Un jeu psychologique n’est pas une condamnation.
Ce n’est pas une étiquette.
Ce n’est pas non plus la preuve que quelqu’un est manipulateur, toxique ou mal intentionné.
C’est d’abord une organisation relationnelle répétitive.
Quelque chose commence.
Quelque chose nous accroche.
Nous répondons.
La relation suit une trajectoire connue.
Elle bascule.
Et nous retrouvons finalement une sensation, une croyance ou une conclusion que nous connaissions déjà.
Comprendre les jeux psychologiques permet alors de changer de question.
Au lieu de :
« Pourquoi est-ce que les autres me font toujours cela ? »
nous pouvons progressivement nous demander :
« Qu’est-ce qui se rejoue ici ? »
« Qu’est-ce qui m’accroche ? »
« Quelle place est-ce que je prends ? »
« Quelle réponse différente puis-je construire ? »
Et surtout :
« Que devient cette relation si je cesse de jouer le rôle qui m’était devenu familier ? »
C’est là que l’Analyse Transactionnelle prend toute sa valeur.
Non pas pour enfermer les relations dans des catégories.
Mais pour rendre visible ce qui se répétait dans l’ombre.
Et lorsqu’un scénario devient visible, il devient possible de commencer à écrire une autre suite.
VOUS RECONNAISSEZ-VOUS DANS UN SCÉNARIO RELATIONNEL QUI SE RÉPÈTE ?
Vous comprenez peut-être déjà ce qui se passe.
Vous avez essayé de communiquer autrement.
De prendre sur vous.
De mettre des limites.
De changer de partenaire, de collègue, d’environnement ou de comportement.
Et pourtant, quelque chose semble revenir.
Un accompagnement peut vous permettre de regarder plus précisément ce qui se rejoue dans vos relations, la place que vous y prenez, ce qui vous accroche et les réponses nouvelles que vous pouvez progressivement construire.
Je vous propose un échange découverte de 20 à 30 minutes afin de faire le point sur votre situation et de voir ensemble si un accompagnement peut vous être utile.
20 min – Gratuit – Confidentiel – Sans engagement