À quelle partie de l’autre nous adressons-nous vraiment ?
Quand un Adulte parle à un Enfant… sans le savoir
Introduction — Nous ne parlons pas toujours à la personne que nous avons en face
Nous croyons nous adresser à un adulte.
À quelqu’un de rationnel, capable de comprendre, d’échanger, de répondre.
Et pourtant, dans certaines conversations :
-
l’autre se braque
-
se justifie
-
se soumet
-
ou se ferme
Parce que, souvent, nous ne parlons pas à la personne réelle,
mais à une partie supposée de l’autre.
Une communication est toujours une double adresse
Dans toute interaction, il se passe deux choses en parallèle :
-
depuis quelle partie de nous nous parlons
-
à quelle partie de l’autre nous nous adressons
REPÈRE ESSENTIEL
On ne parle jamais “dans le vide”.
Toute parole vise — consciemment ou non — une partie de l’autre.
Quand un Parent parle à l’Enfant de l’autre
La fausse bonne intention
Nous parlons parfois depuis une posture Parent :
-
pour aider
-
pour corriger
-
pour prévenir
-
pour cadrer
Mais ce Parent s’adresse souvent à :
-
l’Enfant de l’autre
-
sa peur
-
son immaturité supposée
Exemples :
-
« Tu devrais faire autrement »
-
« Ce n’est pas raisonnable »
-
« Calme-toi »
Même bienveillante, cette adresse peut infantiliser.
Ce que cela provoque chez l’autre
L’autre peut réagir en :
-
se rebellant
-
se justifiant
-
se soumettant
-
se fermant
L’Enfant répond à l’Enfant ou se défend du Parent.
L’Adulte disparaît de l’échange.
Quand un Enfant parle à l’Enfant de l’autre
Dans ce cas, la communication cherche :
-
une validation
-
une réparation
-
une reconnaissance
Exemples implicites :
-
« Dis-moi que j’ai raison »
-
« Rassure-moi »
-
« Ne m’abandonne pas »
La relation devient un espace de demande émotionnelle, pas d’échange mature.
Quand un Enfant parle au Parent de l’autre
Nous pouvons aussi parler depuis l’Enfant :
-
en cherchant l’approbation
-
en évitant la sanction
-
en demandant implicitement la permission
Exemples :
-
« Tu crois que j’ai bien fait ? »
-
« J’espère que ça ne te dérange pas »
La relation se verticalise sans que personne ne l’ait décidé.
Le fantasme de l’Adulte à Adulte
Nous pensons souvent :
« Je parle calmement, donc je parle en Adulte. »
Mais parler calmement ne suffit pas.
Parler d’Adulte à Adulte, c’est :
-
s’adresser à la capacité de discernement de l’autre
-
renoncer à le contrôler, le corriger ou le sauver
-
accepter une réponse libre
CLARIFICATION ESSENTIELLE
Une parole adulte n’impose pas.
Elle propose.
Les signes que nous ne parlons pas à l’Adulte de l’autre
Nous pouvons nous alerter lorsque :
-
nous expliquons trop
-
nous justifions excessivement
-
nous donnons des leçons
-
nous anticipons les réactions
Si nous parlons “pour” l’autre plutôt qu’“avec” l’autre,
l’Adulte n’est plus invité.
Réajuster l’adresse relationnelle
Revenir à l’intention
Avant de parler, nous pouvons nous demander :
-
À qui est-ce que je parle ?
-
Qu’est-ce que je cherche à provoquer ?
Parler à la capacité, pas à la faiblesse
S’adresser à l’Adulte de l’autre, c’est :
-
poser une parole claire
-
accepter un désaccord
-
renoncer à diriger l’échange
C’est faire confiance à la maturité possible de l’autre,
sans la garantir.
Quand l’Adulte revient dans la relation
Lorsque l’adresse change :
-
le ton s’apaise
-
les jeux diminuent
-
la responsabilité se rééquilibre
La relation cesse d’être un terrain de projection
pour redevenir un espace de rencontre.
Conclusion — Nous choisissons plus souvent l’adresse que nous ne le croyons
Si certaines conversations tournent mal,
ce n’est pas toujours à cause des mots.
C’est souvent à cause de :
-
la partie de nous qui parle
-
la partie de l’autre à qui nous nous adressons
Parler d’Adulte à Adulte est un choix relationnel exigeant :
il renonce au contrôle, à la supériorité et à la réparation.
Mais c’est aussi ce choix qui ouvre la voie
à une communication mature, responsable et vivante.
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