Quand exister relationnellement semble déjà excessif
Introduction — « Je ne veux pas déranger »
Nous avons cette phrase en tête.
Parfois même sur les lèvres.
Avant de parler, de demander, de poser une limite, nous hésitons.
Nous évaluons.
Nous retenons.
Non parce que ce que nous avons à dire est insignifiant,
mais parce que nous avons peur de déranger.
La peur de déranger est l’un des freins les plus puissants à une communication vivante, claire et équilibrée.
La peur de déranger : de quoi parlons-nous ?
La peur de déranger ne se résume pas à de la politesse.
Elle devient problématique lorsqu’elle nous amène à :
-
taire nos besoins
-
minimiser nos ressentis
-
nous effacer pour préserver l’autre
REPÈRE ESSENTIEL
La considération pour l’autre est saine.
L’auto-effacement ne l’est pas.
Comment la peur de déranger s’installe
Anticiper la gêne de l’autre
Avant même de parler, nous pensons :
-
« Ce n’est pas le bon moment »
-
« Il/elle est déjà assez chargé(e) »
-
« Ce n’est pas si important »
Nous décidons à la place de l’autre que notre parole est de trop.
Confondre respect et invisibilité
Nous croyons parfois que respecter l’autre, c’est :
-
ne pas prendre trop de place
-
ne pas demander
-
ne pas exprimer
REPERE
Le respect ne demande pas de disparaître.
Il demande de se situer.
Se rendre “facile” pour être accepté
Dans certaines relations, nous apprenons que :
-
être discret, c’est être apprécié
-
ne pas demander, c’est être aimable
-
ne pas déranger, c’est mériter le lien
La peur de déranger devient alors une stratégie d’appartenance.
Pourquoi avons-nous peur de déranger ?
La peur du rejet
Derrière la peur de déranger se cache souvent :
-
la peur d’être de trop
-
la peur d’agacer
-
la peur d’être mis à distance
Dire, demander ou poser une limite devient alors risqué.
Des expériences relationnelles passées
Certaines personnes ont grandi avec des messages implicites comme :
-
« Tu en demandes trop »
-
« Tu es compliqué(e) »
-
« Tu prends trop de place »
Ces messages laissent une trace durable.
Des blessures émotionnelles activées
Les blessures de rejet ou d’abandon renforcent l’idée que :
-
notre présence peut déranger
-
notre parole peut être malvenue
REPERE
La peur de déranger parle souvent moins du présent…
que d’un passé encore actif.
Ce que la peur de déranger produit dans la relation
Lorsque nous avons peur de déranger :
-
nous nous taisons plus que nécessaire
-
nous faisons passer l’autre avant nous
-
nous nous adaptons en silence
La relation semble paisible… mais devient déséquilibrée.
Quand la peur de déranger nourrit la communication dysfonctionnelle
La peur de déranger alimente :
-
les non-dits
-
la suradaptation
-
les attentes implicites
-
le ressentiment silencieux
Ce que nous n’osons pas dire s’exprime autrement, souvent maladroitement.
Dans quels contextes la peur de déranger est-elle la plus forte ?
Dans les relations proches
Paradoxalement, plus le lien est important :
-
plus nous craignons de déranger
-
moins nous osons dire
Dans le couple
Nous n’osons pas :
-
exprimer un besoin
-
dire une frustration
-
demander du soutien
par peur de fragiliser le lien.
En milieu professionnel
La peur de déranger se manifeste par :
-
la difficulté à demander
-
l’évitement des désaccords
-
le silence face à l’injustice
Le non-dit devient un mode de fonctionnement.
Pourquoi ne pas déranger n’est pas toujours respectueux
Ne pas déranger peut :
-
empêcher l’autre de nous connaître
-
maintenir des malentendus
-
figer la relation
CLARIFICATION ESSENTIELLE
Une relation dans laquelle nous n’osons pas déranger est
une relation dans laquelle nous n’osons pas exister.
Sortir de la peur de déranger
Reconnaître notre droit à exister dans la relation
Nous avons le droit :
-
d’avoir des besoins
-
de poser des questions
-
d’exprimer un ressenti
Exister n’est pas déranger.
Oser des paroles simples et ajustées
Parler sans déranger, ce n’est pas se taire.
C’est dire avec justesse :
-
« J’aurais besoin de te dire quelque chose. »
-
« Est-ce un bon moment pour toi ? »
INVITATION
Vous pouvez demander de la place sans la prendre de force.
Accepter que l’autre puisse être momentanément dérangé
Être dérangé n’est pas :
-
être agressé
-
être rejeté
-
être en danger
Une relation vivante tolère l’ajustement.
Quand la peur de déranger recule, la relation s’équilibre
Lorsque nous osons davantage :
-
la communication devient plus claire
-
les attentes sont mieux comprises
-
le lien gagne en authenticité
La relation respire lorsque chacun ose y exister.
Conclusion — Exister n’est pas déranger
La peur de déranger n’est pas une faiblesse.
C’est souvent le signe :
-
d’une grande sensibilité
-
d’une attention à l’autre
-
d’une histoire relationnelle exigeante
Apprendre à exister sans s’excuser, c’est retrouver une place juste dans le lien.
Nous pouvons être respectueux sans disparaître.
Présents sans envahir.
En relation sans nous effacer.
Pour aller plus loin dans la Communication dysfonctionnelle
Articles conseillés :
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Page pilier : La Communication dysfonctionnelle
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Article : Pourquoi n’osons-nous pas (toujours) dire les choses
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Article : Quand nous prenons trop de responsabilités émotionnelles
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Article : Gentillesse, évitement et suradaptation relationnelle
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Article : Poser des limites sans culpabiliser