HONTE : quand vous vous jugez au point de vouloir vous cacher
Quand ce que vous avez fait, vécu ou subi finit par modifier profondément la manière dont vous vous regardez
EXTRAIT DE L’ARTICLE
La honte peut apparaître après une erreur, une humiliation, un rejet, une trahison, une exposition ou simplement lorsque vous avez l’impression de ne pas correspondre à ce que vous devriez être. Vous pouvez alors éviter certains regards, cacher une partie de vous-même, repenser constamment à ce qui s’est passé ou vous juger beaucoup plus durement que les autres ne le feraient. La difficulté n’est pas seulement d’avoir honte : c’est lorsque cette honte commence à vous faire croire que quelque chose ne va pas chez vous.
Quand ce n’est plus seulement ce que vous avez fait que vous jugez, mais qui vous êtes
Vous avez peut-être fait quelque chose que vous regrettez.
Quelqu’un vous a peut-être humilié(e).
Vous avez été rejeté(e).
Trahi(e).
Critiqué(e).
Exposé(e).
Vous avez échoué.
Vous avez montré une fragilité que vous auriez préféré cacher.
Ou vous avez simplement eu l’impression :
« Je ne suis pas comme je devrais être. »
La honte peut alors apparaître.
Et parfois, quelque chose bascule.
La question n’est plus seulement :
« Qu’est-ce que j’ai fait ? »
Elle devient :
« Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »
Vous ne jugez plus seulement :
un comportement,
une erreur,
un choix,
une situation.
Vous commencez à juger :
votre personne elle-même.
Et lorsque cette manière de vous regarder s’installe, la honte peut commencer à affecter :
votre estime,
votre confiance,
vos relations,
votre capacité à vous montrer tel(le) que vous êtes,
et parfois :
votre manière de prendre votre place dans le monde.
De quoi parle-t-on lorsque l’on vit de la honte ?
La honte est une expérience profondément liée au regard porté sur soi.
Elle peut apparaître lorsque vous avez l’impression :
d’avoir été exposé(e),
de ne pas être à la hauteur,
d’être différent(e),
d’être inférieur(e),
d’avoir quelque chose à cacher,
ou :
que les autres pourraient découvrir quelque chose qui diminuerait leur regard sur vous.
Elle peut concerner :
ce que vous avez fait,
mais aussi :
votre corps,
votre histoire,
votre famille,
votre situation sociale,
une difficulté psychologique,
une relation,
votre sexualité,
un échec,
une erreur,
ou encore :
quelque chose que vous avez subi sans en être responsable.
On peut donc ressentir de la honte pour quelque chose que l’on a fait… mais aussi pour quelque chose que l’on n’a jamais choisi.
Honte et culpabilité ne sont pas exactement la même chose
La culpabilité peut davantage se formuler ainsi :
« J’ai fait quelque chose de mauvais. »
La honte ressemble plus souvent à :
« Il y a quelque chose de mauvais ou d’insuffisant chez moi. »
Dans la culpabilité, le regard porte principalement sur un acte.
Dans la honte, il peut progressivement contaminer l’image de soi.
Cette distinction n’est pas toujours nette dans la vie réelle : honte et culpabilité peuvent coexister.
Mais elle permet parfois de comprendre pourquoi certaines personnes ne cherchent plus seulement à réparer ce qu’elles ont fait.
Elles commencent à vouloir :
se cacher elles-mêmes.
Lorsque le sentiment de responsabilité devient excessif :
CULPABILITÉ EXCESSIVE : quand vous vous sentez responsable de tout
La honte n’est pas un diagnostic
Avoir honte à certains moments fait partie de l’expérience humaine.
Vous pouvez ressentir de la honte après :
une maladresse,
une erreur,
une exposition,
une critique,
un rejet
ou :
une situation très intime.
La difficulté devient plus importante lorsque la honte :
revient fréquemment,
vous pousse à vous cacher,
modifie durablement l’image que vous avez de vous-même,
vous empêche d’être spontané(e),
vous fait éviter certaines personnes ou situations,
ou :
vous conduit à penser que vous valez moins que les autres.
Ressentir de la honte ne définit pas qui vous êtes.
Quels sont les signes qu’une honte prend trop de place ?
La honte n’est pas toujours visible.
Certaines personnes se retirent.
D’autres deviennent particulièrement discrètes.
Certaines cherchent à être irréprochables.
D’autres plaisantent, minimisent, cachent ou évitent tout ce qui pourrait les exposer.
Plusieurs de ces manifestations peuvent coexister.
J’ai envie de me cacher
La honte peut donner une envie presque immédiate :
« Je voudrais disparaître. »
Vous pouvez :
baisser les yeux,
éviter certaines personnes,
ne plus vouloir parler de ce qui s’est passé,
quitter une situation rapidement
ou :
souhaiter que personne ne sache.
Parfois, vous ne voulez pas seulement cacher l’événement.
Vous souhaitez cacher :
une partie de vous-même.
Je redoute le regard des autres
Vous pouvez beaucoup vous demander :
« Qu’est-ce qu’ils pensent de moi ? »
« Est-ce qu’ils l’ont remarqué ? »
« Est-ce qu’ils vont me juger ? »
« Est-ce qu’ils vont en parler ? »
« Est-ce qu’ils vont encore me respecter ? »
Le regard réel des autres peut alors devenir difficile à distinguer du regard extrêmement sévère que vous portez vous-même sur vous.
Lorsque la peur d’être rejeté(e) ou de ne plus avoir votre place devient centrale :
REJET : quand le regard des autres vous fait douter de votre place
Je me parle beaucoup plus durement que je ne parlerais aux autres
Vous pouvez penser :
« Je suis ridicule. »
« Je suis nul(le). »
« Je ne vaux rien. »
« Je suis faible. »
« Comment ai-je pu faire ça ? »
« Je devrais avoir honte. »
La personne qui vous juge le plus sévèrement n’est alors parfois plus à l’extérieur.
Elle est devenue vous-même.
Lorsque ce jugement fragilise durablement la valeur que vous vous accordez :
MANQUE D’ESTIME DE SOI : quand vous avez du mal à reconnaître votre propre valeur
Je repense encore et encore à certaines scènes
Une situation peut revenir dans votre esprit longtemps après.
Vous repensez :
à ce que vous avez dit,
à votre visage,
à ce que les autres ont vu,
à ce que vous auriez dû répondre,
à ce que vous auriez préféré faire.
Et chaque répétition mentale peut réactiver :
« Quelle honte… »
Même lorsque les autres ont peut-être depuis longtemps cessé d’y penser.
Je cache certaines parties de moi
Vous pouvez éviter de parler :
de votre histoire,
de votre famille,
de votre situation financière,
de votre corps,
d’une difficulté,
d’un échec,
d’une relation
ou :
d’une période de votre vie.
Non parce que vous souhaitez simplement préserver votre intimité.
Mais parce qu’une pensée accompagne le silence :
« S’ils savaient vraiment, ils ne me regarderaient plus de la même manière. »
J’ai du mal à recevoir un compliment ou de la reconnaissance
Lorsque l’image que vous avez de vous-même est très négative, les paroles positives peuvent sembler difficiles à croire.
Quelqu’un vous dit :
« Tu as fait du bon travail. »
et vous pensez :
« Il ne voit pas vraiment qui je suis. »
Ou :
« S’il savait… »
La reconnaissance extérieure peut alors avoir du mal à modifier le jugement intérieur.
Je m’adapte pour ne pas risquer d’être exposé(e)
Vous pouvez surveiller :
ce que vous dites,
ce que vous montrez,
vos réactions,
vos besoins,
vos opinions.
Vous essayez de ne pas :
déranger,
décevoir,
vous tromper,
être critiqué(e)
ou :
attirer une attention négative.
Lorsque cette adaptation vous amène progressivement à vous oublier :
SURADAPTATION : quand vous vous adaptez jusqu’à vous oublier
Je cherche à devenir irréprochable
La honte peut parfois se cacher derrière une exigence très élevée envers soi.
Vous voulez :
tout faire correctement,
ne montrer aucune faiblesse,
ne pas faire d’erreur,
être parfaitement préparé(e),
être au-dessus de toute critique.
Une erreur ordinaire peut alors ne plus être vécue comme :
« J’ai fait une erreur. »
mais comme :
« Cette erreur montre que je ne suis pas à la hauteur. »
Lorsque rien n’est jamais suffisamment bien :
Je peux éviter certaines relations ou certaines situations
Une personne vous a vu(e) dans un moment difficile.
Un groupe connaît quelque chose de vous.
Une situation pourrait vous remettre face à un souvenir gênant.
Vous pouvez alors :
éviter,
annuler,
ne plus répondre,
vous éloigner
ou :
changer complètement d’environnement.
Lorsque cette distance relationnelle devient importante :
ÉVITEMENT RELATIONNEL : quand vous prenez vos distances dès que le lien devient important
Est-ce réellement quelque chose chez vous qui devrait vous faire honte ?
Cette question est essentielle.
Car certaines personnes portent une honte qui leur a été imposée.
Quelqu’un vous a peut-être :
rabaissé(e),
ridiculisé(e),
humilié(e),
exposé(e),
insulté(e),
comparé(e),
harcelé(e)
ou :
fait croire que quelque chose n’allait pas chez vous.
Dans certaines situations, la honte ne vient donc pas d’un comportement dont vous devriez avoir honte.
Elle peut être la conséquence du regard dévalorisant que quelqu’un a porté sur vous.
Si une personne continue aujourd’hui à vous rabaisser, vous humilier ou utiliser vos vulnérabilités contre vous, il est important de regarder également ce qui se passe réellement dans la relation.
Lorsque ce que vous avez subi continue à vous rabaisser :
HUMILIATION : quand ce que vous avez subi continue à vous rabaisser
Lorsque la relation elle-même vous fait perdre vos repères :
RELATION TOXIQUE : quand une relation vous abîme et vous fait perdre vos repères
La honte peut conduire à deux mouvements très différents
ME CACHER
« Si personne ne me voit vraiment, personne ne pourra me juger. »
Vous pouvez :
vous retirer,
parler moins,
éviter de vous exposer,
ne pas demander,
ne pas prendre votre place.
DEVENIR IRRÉPROCHABLE
« Si je ne fais aucune erreur, personne ne pourra me rabaisser. »
Vous pouvez alors :
contrôler davantage votre image,
vous suradapter,
vous perfectionner,
travailler énormément
ou :
chercher à ne jamais montrer de faiblesse.
Deux comportements très différents peuvent donc parfois avoir un point commun : éviter de revivre l’exposition et le jugement.
D’autres difficultés peuvent apparaître avec la honte
Si vous vous sentez responsable de tout
Si vous avez peur de ne plus avoir votre place
Si ce que vous avez subi continue à vous rabaisser
Si vous vous jugez principalement à travers vos imperfections
Si vous vous adaptez pour ne pas déranger ou être jugé(e)
Si vous avez du mal à reconnaître votre propre valeur
Si vous vous éloignez pour éviter d’être exposé(e)
La honte dans mes différents Domaines de Vie
MA VIE PERSONNELLE
La honte peut modifier profondément la manière dont vous vous regardez.
Vous pouvez vous sentir :
moins digne,
moins valable,
moins légitime,
ou :
moins acceptable que les autres.
Vous pouvez aussi cacher certaines dimensions de votre histoire, de votre corps ou de votre personnalité.
MA VIE DE COUPLE
Dans le couple, la honte peut rendre particulièrement difficile :
de montrer votre corps,
de parler de vos besoins,
d’exprimer certaines émotions,
de reconnaître une erreur,
de parler de votre passé
ou :
de montrer certaines fragilités.
Vous pouvez craindre :
« Si tu vois vraiment cette partie de moi, est-ce que tu m’aimeras encore ? »
MA VIE PROFESSIONNELLE
La honte peut apparaître après :
une erreur,
un échec,
une critique,
une prise de parole difficile,
une perte de poste,
une remarque humiliante
ou :
une situation dans laquelle vous avez eu l’impression de ne pas être à la hauteur.
Elle peut alors vous pousser à :
vous faire discret(ète),
ne plus oser,
éviter certaines responsabilités
ou :
devenir extrêmement exigeant(e) envers vous-même.
MA VIE SOCIALE
La honte peut rendre le regard du groupe particulièrement difficile à supporter.
Vous pouvez craindre :
d’être jugé(e),
ridiculisé(e),
comparé(e),
exclu(e)
ou :
que les autres parlent de vous.
Elle peut alors réduire votre spontanéité et votre envie d’aller vers les autres.
FAQ — HONTE
La honte est-elle forcément liée à quelque chose que j’ai fait ?
Non.
Vous pouvez avoir honte d’un comportement, mais aussi d’une situation, d’une caractéristique personnelle ou de quelque chose que vous avez subi sans en être responsable.
Quelle différence entre honte et culpabilité ?
La culpabilité concerne plus souvent :
« Ce que j’ai fait. »
La honte peut davantage toucher :
« Ce que je pense être. »
Les deux peuvent cependant coexister.
Pourquoi ai-je encore honte alors que les autres semblent avoir oublié ?
Parce que le regard que vous portez aujourd’hui sur vous-même peut rester beaucoup plus sévère que celui des personnes présentes lors de l’événement.
La honte signifie-t-elle que j’ai une faible estime de moi ?
Pas nécessairement.
Une personne peut ressentir une forte honte dans un domaine particulier sans avoir une faible estime d’elle-même dans tous les domaines.
Lorsque le jugement négatif devient global, l’estime de soi peut néanmoins être affectée.
Peut-on avoir honte après avoir été victime de quelque chose ?
Oui.
Certaines personnes ressentent de la honte après avoir été humiliées, agressées, trahies ou exposées, alors qu’elles ne sont pas responsables de ce qu’elles ont subi.
Chercher à être parfait(e) peut-il être lié à la honte ?
Parfois.
Chez certaines personnes, l’exigence de perfection peut servir à éviter de revivre la critique, l’erreur ou l’exposition.
Cela ne signifie cependant pas que tout perfectionnisme est lié à la honte.
La honte est-elle un trouble psychologique ?
Non, pas en elle-même.
Elle est une émotion et une expérience humaine.
Elle peut cependant devenir une difficulté importante lorsqu’elle modifie durablement votre regard sur vous-même, vos comportements ou vos relations.
Le regard du Coach & Thérapeute
Lorsqu’une personne me dit :
« J’ai honte de moi. »
je trouve important de ne pas s’arrêter immédiatement à cette phrase.
De quoi avez-vous honte exactement ?
De quelque chose que vous avez fait ?
De quelque chose qui vous est arrivé ?
De votre corps ?
De votre histoire ?
De la manière dont quelqu’un vous a traité(e) ?
Du regard que vous imaginez que les autres portent sur vous ?
Ou de ce que vous pensez que cette situation dit de vous ?
Vous cachez-vous davantage ?
Évitez-vous certaines personnes ?
Cherchez-vous à devenir irréprochable ?
Vous jugez-vous beaucoup plus sévèrement que vous ne jugeriez quelqu’un d’autre ?
Deux personnes peuvent dire « j’ai honte » et vivre des expériences profondément différentes.
Avant de chercher à expliquer cette honte ou à la modifier, il me paraît donc essentiel de reconnaître précisément :
ce qu’elle vous fait vivre aujourd’hui.
Et vous : quelle place la honte prend-elle dans votre vie ?
Lorsque vous ressentez de la honte :
qu’avez-vous envie de cacher ?
quel regard imaginez-vous chez les autres ?
quelles phrases vous dites-vous intérieurement ?
évitez-vous certaines personnes ou situations ?
essayez-vous d’être irréprochable ?
vous excusez-vous beaucoup ?
avez-vous du mal à recevoir un compliment ?
cachez-vous certaines parties de votre histoire ?
vous sentez-vous moins valable que les autres ?
Et dans quel Domaine de Vie cette difficulté est-elle la plus présente ?
Votre vie personnelle ?
Votre vie de couple ?
Votre vie professionnelle ?
Votre vie familiale ?
Votre vie sociale ?
Commencer par observer cela permet déjà de mieux situer :
ce que vous vivez aujourd’hui.
Pour aller plus loin
COMPRENDRE — Pourquoi cela se passe-t-il ou pourquoi cela continue-t-il ?
Lorsque vous souhaitez aller au-delà du constat et mieux comprendre ce qui peut nourrir ou maintenir cette honte, vous pouvez poursuivre vers les contenus
COMPRENDRE,
puis approfondir avec les articles les plus directement liés à votre situation.
LA RÉGULATION INTÉRIEURE® : comprendre ce qui se passe en soi pour pouvoir agir autrement
AGIR — Que puis-je commencer à faire différemment ?
Lorsque vous avez identifié ce qui prend aujourd’hui le plus de place, vous pouvez poursuivre vers les contenus AGIR
correspondant à votre difficulté principale.
TRANSFORMER — Qu’est-ce qui doit évoluer plus profondément ?
Lorsque vous comprenez déjà beaucoup de choses mais que le jugement de soi, le retrait ou certaines réactions continuent à revenir,
TRANSFORMER
permet d’explorer ce qui reste plus profondément actif.
MES DOMAINES DE VIE
Faites le premier pas
Lorsque la honte prend beaucoup de place, il n’est pas toujours facile de distinguer :
ce que vous avez réellement fait,
ce que vous avez subi,
le regard des autres,
le regard que vous portez aujourd’hui sur vous-même
et :
les autres difficultés qui peuvent s’y associer.
Est-ce surtout :
la peur du jugement ?
le sentiment de ne pas être à la hauteur ?
l’humiliation ?
la culpabilité ?
le rejet ?
le perfectionnisme ?
la suradaptation ?
la difficulté à reconnaître votre propre valeur ?
Ou plusieurs dimensions à la fois ?
Un premier échange peut vous permettre de mettre des mots plus précis sur ce que vous vivez et de clarifier la direction la plus pertinente pour la suite.
Faites le premier pas en réservant un moment d’échange gratuit.
20 min — Gratuit — Confidentiel — Sans engagement
Quelques références scientifiques
June Price Tangney & Ronda L. Dearing — travaux majeurs sur la honte, la culpabilité, l’image de soi et leurs conséquences psychologiques et relationnelles.
Paul Gilbert — travaux sur la honte, l’autocritique, les menaces sociales et les processus de compassion envers soi.
Thomas J. Scheff — travaux sur la honte, le lien social et la manière dont cette émotion peut influencer les relations et l’appartenance.