HUMILIATION : quand ce que vous avez subi continue à vous rabaisser
Quand une parole, un regard ou une scène appartient au passé… mais continue à peser sur votre valeur, votre dignité ou la place que vous vous autorisez à prendre
EXTRAIT DE L’ARTICLE
Quelqu’un vous a rabaissé(e), ridiculisé(e), exposé(e), dévalorisé(e) ou traité(e) comme si vous aviez moins de valeur. Peut-être devant d’autres personnes. Peut-être dans l’intimité d’une relation. La situation est terminée, mais quelque chose peut être resté : une phrase qui revient, une peur d’être à nouveau exposé(e), une difficulté à prendre votre place, une colère encore vive ou un regard beaucoup plus sévère sur vous-même. L’humiliation ne dit pas qui vous êtes. Mais ce que vous avez subi peut parfois continuer à organiser la manière dont vous vous regardez et vous protégez.
Quand la scène est terminée… mais que vous vous sentez encore rabaissé(e)
Quelqu’un a peut-être :
ri de vous,
parlé de vous devant d’autres,
utilisé une faiblesse contre vous,
dévalorisé ce que vous faisiez,
critiqué votre corps,
votre intelligence,
votre situation,
vos émotions,
vos besoins
ou :
votre manière d’être.
Sur le moment, vous avez peut-être eu envie :
de disparaître,
de répondre,
de partir,
de vous défendre
ou :
vous n’avez rien pu faire.
Puis la situation s’est terminée.
Les personnes sont parties.
Les années ont parfois passé.
Et pourtant, dans certaines situations :
quelque chose revient.
Une remarque.
Un rire.
Un regard.
Une erreur.
Une prise de parole.
Une critique.
Et vous pouvez soudain vous sentir :
à nouveau petit(e), exposé(e), inférieur(e) ou sans défense.
De quoi parle-t-on lorsque l’on parle d’humiliation ?
Dans cet article, j’utilise humiliation pour parler d’une expérience dans laquelle vous avez été :
rabaissé(e),
dévalorisé(e),
ridiculisé(e),
exposé(e),
diminué(e)
ou :
traité(e) d’une manière qui a atteint votre dignité ou votre place.
L’humiliation comporte souvent une dimension importante :
quelqu’un m’a fait descendre de la place que je pensais avoir le droit d’occuper.
Vous pouvez alors vous être senti(e) :
petit(e),
inférieur(e),
impuissant(e),
injustement traité(e),
en colère
ou :
honteux(se).
Les recherches sur l’humiliation retrouvent justement cette association entre sentiment d’être rabaissé, impuissance ou infériorité, perception d’injustice, colère et honte.
Humiliation, honte, embarras et critique : ce n’est pas exactement la même chose
HUMILIATION
Le point de départ est davantage :
« Quelqu’un m’a rabaissé(e), dévalorisé(e) ou exposé(e). »
Le regard se porte d’abord sur :
ce qui m’a été fait.
HONTE
La honte peut progressivement devenir :
« Il y a quelque chose qui ne va pas chez moi. »
Le regard dévalorisant extérieur peut alors devenir :
un regard intérieur.
HONTE : comment me libérer du regard qui continue à me condamner
Cette distinction entre humiliation comme atteinte venant d’autrui et honte davantage centrée sur le regard porté sur soi est également décrite dans la littérature psychologique
EMBARRAS
Vous pouvez avoir vécu :
une maladresse,
une erreur,
une situation gênante
ou :
un moment où vous auriez préféré ne pas être observé(e).
Cela peut être très inconfortable sans que quelqu’un ait nécessairement cherché :
à vous rabaisser.
CRITIQUE
Une critique peut être :
désagréable,
mal formulée,
injuste
ou :
utile.
Elle devient autre chose lorsque le message n’est plus seulement :
« quelque chose dans ce que vous avez fait pose problème »
mais commence à devenir :
« vous êtes inférieur(e), ridicule ou indigne de respect. »
Quels sont les signes que ce que vous avez subi continue à vous rabaisser ?
Vous n’avez pas besoin de penser constamment :
« J’ai été humilié(e). »
Les effets peuvent apparaître autrement.
Je repense encore à certaines scènes ou certaines paroles
Vous vous souvenez :
de ce qui a été dit,
du ton,
des personnes présentes,
de votre réaction,
de ce que vous auriez voulu répondre.
Et parfois :
la scène semble beaucoup plus actuelle que sa date réelle.
Une remarque actuelle peut réveiller beaucoup plus que ce qui vient d’être dit
Quelqu’un vous fait :
une critique,
une plaisanterie,
une remarque maladroite
ou :
un commentaire sur vous.
Et votre réaction intérieure peut être très forte.
Parce que vous n’entendez peut-être pas seulement :
ce qui vient d’être dit aujourd’hui.
Quelque chose de beaucoup plus ancien peut également se réveiller.
J’évite certaines situations où je pourrais être exposé(e)
Prendre la parole.
Montrer votre travail.
Donner votre avis.
Vous mettre en avant.
Essayer quelque chose que vous ne maîtrisez pas encore.
Vous pouvez préférer :
ne pas risquer d’être à nouveau ridiculisé(e).
Je me rabaisse parfois moi-même avant que quelqu’un d’autre puisse le faire
Vous pouvez plaisanter sur vous-même.
Minimiser vos réussites.
Dire :
« Je suis nul(le) là-dedans. »
« De toute façon, je ne suis pas capable. »
« Je préfère ne pas essayer. »
Comme si vous rabaisser vous-même permettait de :
garder un peu de contrôle sur ce que les autres pourraient penser.
Je supporte difficilement certains regards, rires ou critiques
Même lorsqu’ils ne signifient pas nécessairement :
un rabaissement,
ils peuvent être rapidement associés à :
une moquerie,
un jugement,
une dévalorisation
ou :
la possibilité d’être exposé(e).
Une colère ou un sentiment d’injustice reste très présent
Vous pouvez ne pas vous sentir seulement :
blessé(e).
Vous pouvez également penser :
« Il ou elle n’avait pas le droit. »
« Pourquoi personne n’a réagi ? »
« J’aurais dû répondre. »
L’humiliation peut justement mêler le sentiment :
d’avoir été abaissé(e)
et :
d’avoir subi quelque chose d’injuste.
Les recherches distinguent ainsi l’humiliation de la honte pure : elle associe souvent dévalorisation de soi, injustice, colère et sentiment d’impuissance.
Je prends moins de place pour éviter que cela recommence
Vous pouvez devenir :
plus discret(ète),
plus prudent(e),
plus effacé(e),
plus conforme
ou :
moins visible.
Non pas parce que vous n’avez rien à dire.
Mais parce qu’une partie de vous a appris :
« Être visible peut être dangereux. »
Avoir été humilié(e) ne signifie pas que vous êtes trop sensible
Cette distinction est importante.
Il existe des situations où quelqu’un a réellement :
rabaissé,
ridiculisé,
exposé,
dégradé
ou :
utilisé sa position pour diminuer une autre personne.
Tout ne doit donc pas être ramené :
à votre perception.
Vous avez pu être :
objectivement maltraité(e),
injustement exposé(e)
ou :
dévalorisé(e).
Phil Leask insiste justement sur la nécessité de distinguer l’humiliation comme acte subi de la honte comme expérience intérieure, afin de ne pas transformer systématiquement le problème extérieur en fragilité personnelle de la victime.
La question n’est donc pas seulement :
« Pourquoi cela m’a autant touché(e) ? »
Elle peut aussi être :
« Qu’est-ce qui m’a réellement été fait ? »
Quand le rabaissement extérieur devient progressivement un rabaissement intérieur
Une humiliation peut parfois continuer à agir bien après :
la fin de la situation.
Quelqu’un vous rabaisse.
Vous vous sentez :
exposé(e),
petit(e),
impuissant(e),
en colère,
honteux(se).
Puis la situation se termine.
Mais une trace peut rester.
À la situation suivante :
vous anticipez.
Vous observez davantage.
Vous vous protégez.
Vous évitez de prendre un risque.
Vous vous montrez moins.
Ou vous vous dites vous-même :
ce que quelqu’un vous avait autrefois fait comprendre.
UNE SITUATION D’HUMILIATION
↓
JE ME SENS RABAISSÉ(E) • EXPOSÉ(E) • IMPUISSANT(E) • EN COLÈRE
↓
JE RETIENS UNE IMAGE OU UN MESSAGE SUR MOI
↓
« JE SUIS RIDICULE » • « JE VAUX MOINS » • « JE NE DOIS PAS ME MONTRER »
↓
JE SURVEILLE DAVANTAGE LE REGARD DES AUTRES
↓
JE M’EFFACE • JE ME PROTÈGE • JE ME RABAISSE MOI-MÊME • J’ÉVITE DE M’EXPOSER
↓
JE RISQUE MOINS D’ÊTRE À NOUVEAU HUMILIÉ(E)
↓
MAIS LE RABAISSEMENT CONTINUE À VIVRE EN MOI
Le paradoxe devient alors :
ce que quelqu’un vous a fait subir peut continuer à limiter votre place même lorsque cette personne n’est plus là.
D’autres difficultés peuvent apparaître avec l’humiliation
Si le regard dévalorisant est devenu un jugement intérieur permanent
Si vous doutez désormais davantage de votre propre valeur
Si vous surveillez beaucoup les regards, les attitudes ou les réactions
Si vous vous adaptez beaucoup pour éviter d’être critiqué(e) ou exposé(e)
Si vous prenez vos distances pour éviter d’être à nouveau atteint(e)
Si certains regards ou certaines distances deviennent rapidement des signes de rejet
L’humiliation peut toucher plusieurs Domaines de votre Vie
MA VIE PERSONNELLE
Vous pouvez devenir plus sévère avec :
vous-même.
Vous osez moins.
Vous vous exposez moins.
Vous vous dites parfois :
des choses que vous n’accepteriez pas qu’une autre personne vous dise.
Lorsque cette difficulté commence à freiner votre vie :
MA VIE DE COUPLE
Vous pouvez être particulièrement sensible :
aux silences,
à la distance,
aux changements d’attitude,
à une diminution des messages
ou :
à tout ce qui pourrait annoncer que l’autre s’éloigne.
MA VIE FAMILIALE
Vous pouvez vous demander :
si vous êtes suffisamment accepté(e),
si vous répondez aux attentes,
si votre différence dérange
ou :
si vous avez réellement le droit de prendre une autre place dans votre famille.
MA VIE PROFESSIONNELLE
Vous pouvez interpréter :
un retour,
une absence de réponse,
une décision,
un changement de comportement
ou :
le regard de votre hiérarchie ou de vos collègues
comme un signal que :
votre valeur ou votre place professionnelle est remise en question.
MA VIE SOCIALE
Vous pouvez :
vous demander si vous êtes intéressant(e),
observer les réactions,
craindre d’être exclu(e),
vous adapter fortement au groupe
ou :
prendre moins de place pour limiter le risque de ne pas être accepté(e).
Se sentir rejeté(e) ne définit pas votre valeur
Être rejeté(e) par quelqu’un :
ne signifie pas que vous êtes rejetable.
Ne pas correspondre :
aux attentes,
aux envies,
aux valeurs
ou :
aux choix d’une personne
ne constitue pas :
une mesure objective de votre valeur.
De même, ressentir très fortement :
la possibilité d’un rejet
ne signifie pas automatiquement :
que ce rejet est réellement en train de se produire.
Votre expérience mérite d’être entendue.
Mais elle peut aussi être interrogée :
« Qu’est-ce qui s’est réellement passé… et qu’est-ce que j’en ai conclu sur moi ? »
Ce qui peut entretenir la sensibilité au rejet
La sensibilité au rejet n’a pas :
une seule cause.
Elle peut être influencée par :
votre histoire relationnelle,
des expériences réelles d’exclusion,
des critiques répétées,
des relations instables,
votre estime de vous,
votre besoin d’appartenance
ou :
des périodes dans lesquelles votre sécurité relationnelle a été fragilisée.
Elle peut aussi être entretenue aujourd’hui lorsque vous :
surveillez fortement les réactions,
cherchez à être rassuré(e),
vous adaptez systématiquement,
évitez de montrer certaines facettes de vous
ou :
vous retirez avant d’avoir pu vérifier ce qui se passe réellement.
Les travaux de Mark R. Leary et de ses collaborateurs ont proposé que l’estime de soi puisse fonctionner en partie comme un indicateur de la perception d’acceptation ou d’exclusion sociale. Cela aide à comprendre pourquoi certaines expériences relationnelles peuvent toucher simultanément le sentiment d’appartenance et la valeur que l’on s’accorde.
La question peut alors devenir :
« Est-ce que j’observe seulement la relation… ou est-ce que j’utilise aussi chaque réaction de l’autre pour mesurer ma propre valeur ? »
FAQ — REJET
Ressentir du rejet signifie-t-il que je me trompe ?
Non.
Il existe :
de vrais rejets.
Mais un ressenti très fort ne permet pas toujours, à lui seul, de savoir :
ce que l’autre pense réellement.
Il peut être utile de distinguer :
les faits,
les indices
et :
l’interprétation que vous en faites.
Pourquoi un simple silence peut-il me toucher autant ?
Parce qu’un silence est :
ambigu.
Lorsque vous êtes particulièrement sensible au rejet, cette absence d’information peut rapidement être remplie par :
une hypothèse négative sur la relation ou sur vous-même.
Pourquoi ai-je besoin d’être autant rassuré(e) ?
Être rassuré(e) peut temporairement diminuer :
l’incertitude.
Mais lorsque votre sécurité relationnelle dépend de confirmations répétées :
un nouveau doute peut rapidement recréer le besoin de vérifier.
La peur du rejet peut-elle me pousser à m’effacer ?
Oui.
Vous pouvez parfois :
moins parler,
moins demander,
moins vous opposer,
moins montrer vos besoins
ou :
vous adapter davantage pour réduire le risque de déplaire.
Peut-on craindre le rejet tout en paraissant très sociable ?
Oui.
La peur du rejet ne se manifeste pas uniquement par :
le retrait.
Elle peut aussi conduire à :
plaire,
faire rire,
rendre service,
être particulièrement disponible
ou :
chercher activement les signes d’acceptation.
Est-ce forcément une blessure ou un trauma de rejet ?
Non.
Une sensibilité au rejet :
ne suffit pas à conclure à une blessure profonde ou à un traumatisme.
Lorsque votre histoire comporte des expériences relationnelles répétées ou marquantes, cette piste peut cependant mériter d’être explorée plus précisément.
Le regard du Coach & Thérapeute
Lorsque quelqu’un me dit :
« J’ai toujours l’impression qu’on ne veut pas de moi. »
je ne cherche pas immédiatement à lui répondre :
« Vous vous faites des idées. »
Mais je ne considère pas non plus automatiquement :
que chaque impression correspond exactement à ce que l’autre pense.
Je cherche plutôt à distinguer :
ce qui s’est réellement passé,
ce qui a été perçu,
ce qui a été interprété
et :
ce que cette interprétation déclenche ensuite.
Parce que deux questions très différentes peuvent être présentes :
« Est-ce que cette personne me rejette réellement ? »
et :
« Pourquoi l’incertitude sur son regard me fait-elle aussi rapidement douter de ma propre place ? »
Cette distinction évite :
de nier ce que vous ressentez
comme :
de transformer automatiquement chaque signal ambigu en preuve de rejet.
Et vous : que se passe-t-il lorsque vous pensez être rejeté(e) ?
Lorsque vous sentez que votre place est menacée, demandez-vous :
Quel fait précis ai-je observé ?
Qu’est-ce que j’en ai immédiatement conclu ?
Est-ce que je sais ce que l’autre pense… ou est-ce que je l’imagine ?
Qu’est-ce que cela me fait penser de moi ?
Est-ce que je cherche à être rassuré(e) ?
Est-ce que je m’adapte davantage ?
Est-ce que je me retire avant de savoir ce qui se passe réellement ?
Et peut-être surtout :
est-ce que la réaction de cette personne est devenue une mesure de la place que je m’autorise à prendre ?
Et dans quels Domaines de Vie en ressentez-vous aujourd’hui les effets ?
Votre vie professionnelle ?
Votre vie personnelle ?
Votre vie de couple ?
Votre vie familiale ?
Votre vie sociale ?
Commencer par observer cela permet déjà de mieux situer :
la place que la peur ou la perception du rejet prend aujourd’hui dans votre vie.
Pour aller plus loin
Si vous souhaitez comprendre la blessure de rejet
Si vous avez vécu des expériences de rejet particulièrement marquantes
Si vous vous effacez pour éviter de perdre le lien
Pour comprendre la place que le regard extérieur peut prendre dans vos choix
Si vous surveillez continuellement les réactions et les changements
MES DOMAINES DE VIE
Faites le premier pas
Vous savez peut-être déjà :
que le regard des autres prend beaucoup de place.
Mais vous ne savez pas nécessairement encore :
pourquoi certains signaux vous atteignent autant,
pourquoi une distance vous fait rapidement douter de votre place,
pourquoi vous vous adaptez ou vous retirez
ou :
ce qui continue aujourd’hui à entretenir cette peur du rejet.
Un premier échange peut permettre de clarifier :
ce que vous vivez,
les situations dans lesquelles cette difficulté apparaît,
les autres difficultés auxquelles elle peut être associée
et :
la direction la plus pertinente pour avancer.
Faites le premier pas en réservant un moment d’échange gratuit.
20 min — Gratuit — Confidentiel — Sans engagement
Quelques références scientifiques & auteurs
Downey, G. & Feldman, S. I. (1996). Implications of Rejection Sensitivity for Intimate Relationships. Journal of Personality and Social Psychology, 70(6), 1327–1343.
Leary, M. R., Tambor, E. S., Terdal, S. K. & Downs, D. L. (1995). Self-Esteem as an Interpersonal Monitor: The Sociometer Hypothesis. Journal of Personality and Social Psychology, 68(3), 518–530.