SURADAPTATION : quand s’adapter aux autres conduit à s’oublier
Quand préserver le lien, éviter de déplaire ou répondre aux attentes finit par faire passer vos propres besoins au second plan
EXTRAIT DE L’ARTICLE
S’adapter aux autres fait partie de toute relation. Nous faisons des compromis, tenons compte des besoins de ceux qui nous entourent et ajustons parfois notre comportement. La difficulté apparaît lorsque cette adaptation devient presque permanente et se fait essentiellement dans un seul sens : vous anticipez, cédez, faites davantage, taisez ce que vous ressentez ou dépassez vos limites pour éviter le conflit, la déception ou le rejet. La relation est peut-être préservée… mais progressivement au prix de votre propre place.
Quand s’adapter devient tellement habituel que vous ne savez plus ce que vous voulez
Vous savez souvent :
ce dont les autres ont besoin.
Vous remarquez rapidement :
ce qui pourrait leur faire plaisir,
ce qui risque de les décevoir,
ce qui pourrait provoquer un désaccord
ou :
ce qui permettrait de maintenir la situation calme.
Alors vous vous ajustez.
« Ce n’est pas grave. »
« Comme tu veux. »
« Je vais m’en occuper. »
« Ça me va. »
Même lorsque, intérieurement :
cela ne vous va pas vraiment.
Vous acceptez.
Vous prenez sur vous.
Vous faites un effort supplémentaire.
Puis parfois encore un autre.
Jusqu’à ce qu’une question pourtant simple devienne difficile :
« Et moi, qu’est-ce que je veux réellement ? »
De quoi parle-t-on lorsque l’on parle de suradaptation ?
S’adapter est :
normal et nécessaire.
Vivre avec les autres suppose de savoir :
faire des compromis,
tenir compte du contexte,
ajuster certains comportements,
coopérer
et :
ne pas fonctionner uniquement selon ses propres préférences.
La difficulté apparaît lorsque cette adaptation cesse d’être suffisamment :
souple, choisie et réciproque
pour devenir davantage :
automatique, répétée et principalement à votre charge.
Vous modifiez alors régulièrement :
ce que vous dites,
ce que vous demandez,
ce que vous refusez,
vos décisions,
vos limites
ou :
la place que vous prenez
afin de préserver :
une relation,
la tranquillité,
l’approbation,
l’appartenance
ou :
une forme de sécurité relationnelle.
La suradaptation n’est pas un diagnostic.
J’utilise ici ce terme pour décrire un fonctionnement dans lequel :
vous vous ajustez tellement aux autres que vous finissez parfois par ne plus suffisamment tenir compte de vous-même.
Adaptation, gentillesse, compromis et suradaptation : ce n’est pas exactement la même chose
S’adapter
Vous tenez compte :
de la situation
et :
de l’autre
tout en restant capable de tenir compte :
de vous-même.
Être gentil(le) ou attentionné(e)
Vous pouvez aimer :
aider,
faire plaisir,
prendre soin,
être disponible
et :
rester libre de ne pas le faire.
La gentillesse n’est donc pas en elle-même :
de la suradaptation.
Faire un compromis
Vous renoncez parfois à quelque chose.
L’autre aussi.
L’ajustement peut circuler :
dans les deux sens.
Se suradapter
La différence apparaît notamment lorsque :
ne pas vous adapter devient difficile à supporter.
Dire non réveille :
de la culpabilité.
Exprimer un besoin provoque :
de l’inquiétude.
Décevoir semble :
fragiliser le lien.
Prendre davantage votre place donne parfois l’impression :
que vous risquez de perdre celle que vous avez déjà.
Quels sont les signes que la suradaptation prend trop de place ?
Elle peut être difficile à reconnaître parce qu’elle ressemble extérieurement à :
de la disponibilité,
de la gentillesse,
de la souplesse,
du sens des responsabilités
ou :
une grande capacité à comprendre les autres.
La question devient surtout :
« Qu’est-ce que cette adaptation me coûte ? »
Je dis oui alors que je voudrais dire non
Vous acceptez.
Puis ensuite :
vous regrettez,
vous vous sentez envahi(e),
fatigué(e)
ou :
vous ressentez du ressentiment.
J’anticipe les besoins et les réactions des autres
Vous essayez de savoir :
ce qu’ils veulent,
ce qu’ils attendent,
ce qui pourrait les contrarier
ou :
ce qu’il faudrait faire avant même qu’ils le demandent.
Je modifie beaucoup mon comportement pour éviter de déplaire
Vous choisissez vos mots.
Vous retenez une remarque.
Vous évitez un désaccord.
Vous changez parfois votre manière d’être selon :
la réaction que vous redoutez chez l’autre.
Mes besoins passent facilement après ceux des autres
Vous savez souvent très bien :
ce dont les autres ont besoin.
Les vôtres sont parfois :
moins clairs,
repoussés
ou :
considérés comme moins urgents.
Je culpabilise lorsque je me choisis
Vous avez besoin :
de repos,
de temps,
d’espace,
de poser une limite
ou :
de refuser.
Mais une pensée apparaît :
« Je suis égoïste. »
Ou :
« Je vais décevoir. »
Je prends beaucoup en charge
Vous faites.
Vous organisez.
Vous anticipez.
Vous compensez.
Vous devenez parfois :
la personne sur laquelle tout le monde peut compter.
Mais cette disponibilité peut progressivement dépasser :
ce qui est soutenable pour vous.
Je ne sais plus très bien ce qui me convient
À force de vous demander :
« Qu’est-ce qui convient aux autres ? »
une autre question devient plus difficile :
« Qu’est-ce qui est juste pour moi ? »
Être attentif(ve) aux autres ne signifie pas devoir vous oublier
Le problème n’est pas :
de tenir compte des autres.
Une relation vivante implique :
des ajustements,
des concessions,
des attentions,
des renoncements ponctuels.
La différence apparaît lorsque :
vous pouvez vous adapter sans disparaître de l’équation.
Vous pouvez aider :
sans être toujours disponible.
Aimer :
sans être toujours d’accord.
Décevoir :
sans devenir une mauvaise personne.
Préserver un lien :
sans devoir continuellement préserver l’autre de vos différences, de vos besoins ou de vos limites.
Quand préserver le lien devient plus important que préserver votre propre place
La suradaptation peut parfois fonctionner comme :
une stratégie de protection.
Vous percevez une possibilité de :
conflit,
critique,
déception,
rejet,
distance
ou :
perte du lien.
Une tension apparaît.
Vous vous ajustez.
La situation s’apaise.
Le désaccord est évité.
L’autre semble satisfait.
Et quelque chose peut apprendre :
« M’adapter fonctionne. »
À court terme :
c’est parfois vrai.
Mais plus cette stratégie réussit à diminuer l’inconfort, plus elle peut devenir automatique.
UN BESOIN DE LIEN
↓
UNE MENACE EST PERÇUE : CONFLIT • CRITIQUE • REJET • DÉCEPTION • DISTANCE
↓
PEUR • CULPABILITÉ • HONTE • TENSION
↓
JE M’ADAPTE POUR PRÉSERVER LE LIEN
↓
JE TAIS UN BESOIN • JE CÈDE • JE FAIS DAVANTAGE • JE DÉPASSE UNE LIMITE
↓
LA TENSION DIMINUE MOMENTANÉMENT
↓
« M’ADAPTER ME PROTÈGE »
↓
LA SURADAPTATION SE RENFORCE
Le paradoxe peut devenir :
plus vous vous adaptez pour sécuriser votre place, plus vous risquez de perdre de vue la place qui vous correspond réellement.
D’autres difficultés peuvent apparaître avec la suradaptation
Si vous vous adaptez surtout pour éviter d’être rejeté(e)
Si vous surveillez continuellement les réactions des autres
Si vos propres besoins vous semblent moins importants
Si vous essayez d’anticiper pour sécuriser les situations
La suradaptation peut toucher plusieurs Domaines de votre Vie
MA VIE PERSONNELLE
Vous pouvez progressivement :
perdre le contact avec vos préférences,
repousser ce dont vous avez besoin
ou :
organiser votre vie principalement à partir des attentes extérieures.
Lorsque cette difficulté commence à freiner votre vie :
MA VIE DE COUPLE
Vous pouvez :
éviter les désaccords,
prendre beaucoup en charge,
taire certains besoins,
tolérer davantage que vous ne le souhaiteriez
ou :
vous ajuster continuellement pour préserver la relation.
MA VIE FAMILIALE
Vous pouvez avoir appris à être :
celui ou celle qui arrange,
qui comprend,
qui apaise,
qui prend sur soi
ou :
qui ne doit pas créer de problème.
MA VIE PROFESSIONNELLE
La suradaptation peut prendre la forme de :
disponibilité permanente,
difficulté à refuser,
surcharge,
prise en charge excessive
ou :
besoin de satisfaire simultanément trop d’attentes.
Vous pouvez apparaître :
très fiable
tout en dépassant régulièrement :
ce qui est soutenable pour vous.
MA VIE SOCIALE
Vous pouvez :
modifier votre opinion,
être très disponible,
éviter certains sujets
ou :
montrer surtout les facettes de vous qui semblent les plus faciles à accepter.
Se suradapter ne définit pas qui vous êtes
Il peut être tentant de penser :
« Je suis comme ça : je fais toujours passer les autres avant moi. »
Mais la suradaptation décrit davantage :
une manière de préserver certaines relations ou certaines formes de sécurité
que :
votre identité.
Vous ne vous adaptez d’ailleurs probablement pas :
de la même manière avec tout le monde.
Avec certaines personnes :
vous êtes spontané(e).
Avec d’autres :
vous surveillez davantage.
Dans certaines situations :
vous posez facilement une limite.
Dans d’autres :
dire non devient extrêmement difficile.
Une question devient alors plus précise :
« Avec qui, quand et face à quoi ai-je particulièrement besoin de m’adapter ? »
Ce qui peut entretenir la suradaptation
Il n’existe pas :
une seule cause.
La suradaptation peut être entretenue lorsque montrer davantage votre différence paraît associé à :
un risque de conflit,
la peur du rejet,
la culpabilité,
la peur de décevoir,
la perte d’une relation
ou :
l’impression d’être une mauvaise personne.
Elle peut également se renforcer parce qu’elle fonctionne réellement à court terme.
Vous évitez une dispute.
Vous êtes apprécié(e).
On vous remercie.
La tension baisse.
Le soulagement est réel.
La question importante devient alors :
« Est-ce que je choisis encore de m’adapter… ou est-ce que je ne me sens plus vraiment libre de ne pas le faire ? »
Attention : parfois, l’environnement exige réellement beaucoup d’adaptation
Il serait injuste de considérer toute suradaptation comme :
un problème uniquement intérieur.
Dans certaines relations ou certains environnements, exprimer un désaccord peut réellement entraîner :
critique,
colère,
culpabilisation,
dévalorisation,
silence punitif,
menace
ou :
conséquences concrètes.
L’adaptation peut alors aussi répondre à :
un contexte réellement insécurisant.
Il est donc essentiel de distinguer :
ce que vous anticipez
de :
ce qui se passe réellement dans la relation.
Lorsqu’un lien réduit progressivement votre liberté, vos repères, vos limites ou votre sécurité :
RELATION TOXIQUE : comment reconnaître ce qui m’abîme et m’en libérer
FAQ — SURADAPTATION
Être gentil(le) signifie-t-il se suradapter ?
Non.
La gentillesse peut être :
libre et choisie.
La suradaptation apparaît davantage lorsque ne pas répondre aux attentes devient :
très difficile intérieurement.
Pourquoi est-ce que je culpabilise lorsque je dis non ?
Parce qu’un refus peut ne pas signifier seulement :
« Je ne souhaite pas faire cela. »
Il peut intérieurement devenir :
« Je déçois. »
« Je suis égoïste. »
« L’autre va m’en vouloir. »
ou :
« Je risque de fragiliser le lien. »
La suradaptation vient-elle forcément de l’enfance ?
Non.
Des apprentissages anciens peuvent avoir une influence.
Mais une relation actuelle, un environnement professionnel, une période d’insécurité ou des expériences plus récentes peuvent également :
l’installer
ou :
l’entretenir.
La suradaptation est-elle un traumatisme ?
Non, pas en elle-même.
Elle peut parfois apparaître dans une histoire comportant des expériences traumatiques ou des environnements insécurisants.
Mais se suradapter ne permet pas :
de conclure automatiquement à un traumatisme.
Peut-on se suradapter sans avoir peur du rejet ?
Oui.
D’autres enjeux peuvent intervenir :
la peur du conflit,
la culpabilité,
le besoin d’être utile,
la peur de décevoir,
l’insécurité
ou :
la difficulté à identifier ses propres besoins.
Sortir de la suradaptation signifie-t-il devenir égoïste ?
Non.
Il ne s’agit pas de passer de :
« toujours l’autre »
à :
« toujours moi ».
Il s’agit de retrouver :
« moi aussi ».
Le regard du Coach & Thérapeute
Lorsque quelqu’un me dit :
« Je m’adapte tout le temps aux autres. »
je ne cherche pas immédiatement à lui apprendre :
à dire davantage non.
Je cherche d’abord à comprendre :
Avec qui vous adaptez-vous ?
Dans quelles situations ?
Qu’anticipez-vous ?
Que craignez-vous si vous ne vous adaptez pas ?
Le conflit ?
Le rejet ?
La culpabilité ?
La colère ?
La solitude ?
Puis :
qu’est-ce que cette adaptation vous permet-elle d’éviter ou de préserver ?
Parce qu’un comportement qui coûte aujourd’hui peut aussi avoir rempli :
une fonction compréhensible.
L’objectif n’est donc pas de supprimer toute adaptation.
Il est de retrouver suffisamment de liberté pour choisir :
quand vous ajuster, jusqu’où, et sans avoir besoin de disparaître pour rester en lien.
Et vous : jusqu’où vous adaptez-vous aujourd’hui ?
Qu’acceptez-vous alors que vous préféreriez refuser ?
Quels besoins faites-vous régulièrement passer après ?
Que craignez-vous lorsque quelqu’un est déçu par vous ?
Avec qui avez-vous particulièrement peur du désaccord ?
Que faites-vous pour maintenir une relation calme ?
Qu’est-ce qui vous coûte le plus dans cette adaptation ?
Et peut-être surtout :
quelle place prendriez-vous si vous n’aviez pas besoin d’être constamment acceptable ?
Et dans quels Domaines de Vie en ressentez-vous aujourd’hui les effets ?
Votre vie professionnelle ?
Votre vie personnelle ?
Votre vie de couple ?
Votre vie familiale ?
Votre vie sociale ?
Commencer par observer cela permet déjà de mieux situer :
la place que la suradaptation prend aujourd’hui dans votre vie.
Pour aller plus loin
Lorsque l’adaptation sert surtout à éviter le rejet
Lorsque vous restez constamment attentif(ve) aux réactions
Lorsque vos propres besoins semblent toujours moins importants
Lorsque la relation vous oblige réellement à vous effacer
MES DOMAINES DE VIE
Faites le premier pas
Vous savez peut-être déjà :
que vous vous adaptez énormément aux autres.
Mais vous ne savez pas nécessairement encore :
ce que vous cherchez à préserver,
pourquoi dire non devient parfois si difficile,
pourquoi la déception de l’autre vous atteint autant
ou :
ce qui vous empêche de donner davantage de place à vos propres besoins.
Un premier échange peut permettre de clarifier :
ce que vous vivez,
les situations dans lesquelles la suradaptation apparaît,
ce qu’elle semble chercher à protéger
et :
la direction la plus pertinente pour avancer.
Faites le premier pas en réservant un moment d’échange gratuit.
20 min — Gratuit — Confidentiel — Sans engagement
Quelques références scientifiques & auteurs
Dana Crowley Jack & Diana Dill — leurs travaux sur le self-silencing ont développé une échelle étudiant certains schémas liés au maintien de l’intimité et à l’inhibition de dimensions de soi. L’étude fondatrice de 1992 portait sur trois échantillons de femmes ; elle éclaire donc un mécanisme voisin de la suradaptation sans permettre d’assimiler directement les deux concepts.
Jack, D. C. & Dill, D. (1992). The Silencing the Self Scale: Schemas of Intimacy Associated With Depression in Women. Psychology of Women Quarterly, 16(1), 97–106.
Heidi L. Fritz & Vicki S. Helgeson — leurs travaux distinguent l’unmitigated communion, définie par une forte orientation vers autrui pouvant aller jusqu’à la négligence de soi, d’une orientation relationnelle positive et réciproque. Là encore, il s’agit d’un concept scientifique voisin, et non d’un synonyme de « suradaptation ».
Fritz, H. L. & Helgeson, V. S. (1998). Distinctions of Unmitigated Communion From Communion: Self-Neglect and Overinvolvement With Others. Journal of Personality and Social Psychology, 75(1), 121–140.
Geraldine Downey & Scott I. Feldman — leurs travaux sur la sensibilité au rejet décrivent une tendance à attendre anxieusement le rejet, à le percevoir plus facilement et à y réagir fortement ; ils apportent un éclairage utile lorsque l’adaptation vise principalement à prévenir un rejet anticipé.
Downey, G. & Feldman, S. I. (1996). Implications of Rejection Sensitivity for Intimate Relationships. Journal of Personality and Social Psychology, 70(6), 1327–1343.