CPT - Cognitive Processing Therapy

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Comprendre et transformer ce que l’expérience traumatique nous a amenés à croire

Après une expérience traumatique, ce qui continue à faire souffrir n’est pas toujours seulement ce qui s’est passé.

Il y a aussi ce que nous avons compris de ce qui s’est passé.

Ce que nous nous sommes dit.

Ce que nous avons conclu sur nous-mêmes.

Ce que nous avons appris à penser des autres.

Et parfois ce que l’expérience nous a amenés à croire sur le monde tout entier.

« J’aurais dû comprendre. »

« J’aurais dû empêcher cela. »

« Je ne peux plus faire confiance à personne. »

« Je suis faible. »

« Je ne serai plus jamais en sécurité. »

Ces conclusions peuvent sembler parfaitement logiques lorsque nous les regardons depuis l’intérieur de l’expérience vécue.

Pourtant, certaines peuvent continuer à organiser notre perception du présent longtemps après que l’événement est terminé.

C’est précisément à cette articulation entre trauma, pensées, croyances, émotions et vie actuelle que s’intéresse la Cognitive Processing Therapy — CPT, que l’on peut traduire par Thérapie du Traitement Cognitif.

Développée initialement par Patricia Resick, puis développée notamment avec Candice Monson et Kathleen Chard, la CPT est une psychothérapie cognitivo-comportementale centrée sur le trauma, particulièrement étudiée dans le traitement du trouble de stress post-traumatique (TSPT).

Elle ne cherche pas à convaincre la personne que ce qu’elle pense est « faux ».

Elle l’aide plutôt à examiner comment certaines conclusions se sont construites, ce qu’elles continuent à produire aujourd’hui et s’il existe une manière plus équilibrée de comprendre l’expérience.


Qu’est-ce que la Cognitive Processing Therapy ?

La CPT appartient à la famille des thérapies cognitivo-comportementales centrées sur le trauma.

Elle part d’une idée importante :

un événement traumatique peut profondément bouleverser la manière dont une personne comprend elle-même, les autres et le monde.

Après l’événement, la personne essaie naturellement de donner du sens à ce qui s’est produit.

Pourquoi cela m’est-il arrivé ?

Aurais-je pu l’empêcher ?

Puis-je encore faire confiance ?

Le monde est-il dangereux ?

Que dit cet événement de moi ?

Certaines réponses permettent progressivement d’intégrer l’expérience.

D’autres peuvent au contraire devenir des points autour desquels la personne reste psychologiquement « bloquée ».

La CPT appelle ces derniers des Stuck Points, que l’on peut comprendre comme des points de blocage cognitifs.


Quand le trauma transforme aussi notre manière de penser

Un trauma n’est pas uniquement associé à des souvenirs ou à des réactions émotionnelles.

Il peut également bouleverser des croyances fondamentales.

Avant l’événement, une personne pouvait par exemple penser :

« Je peux généralement me protéger. »

Après une agression :

« Je ne suis en sécurité nulle part. »

Avant une trahison :

« Je peux faire confiance aux personnes proches de moi. »

Après :

« Faire confiance est dangereux. »

Ou encore :

« Si cela m’est arrivé, c’est que j’ai fait quelque chose de mal. »

Ces conclusions ont parfois une fonction compréhensible : elles tentent de rendre l’expérience explicable et, parfois, de redonner l’impression qu’il serait possible d’empêcher qu’elle se reproduise.

Mais lorsqu’elles deviennent trop rigides ou trop générales, elles peuvent contribuer au maintien de la souffrance.


Les « Stuck Points » : quand une pensée maintient une partie du problème

Les Stuck Points occupent une place centrale dans la CPT.

Il ne s’agit pas simplement de « pensées négatives ».

Ce sont des interprétations ou croyances qui peuvent empêcher une intégration plus équilibrée de ce qui s’est passé.

Par exemple :

« C’était entièrement ma faute. »

« J’aurais forcément dû savoir. »

« Si je baisse ma garde, quelque chose de grave arrivera. »

« Personne n’est digne de confiance. »

« Depuis ce qui s’est passé, je ne vaux plus rien. »

Le problème n’est donc pas seulement leur caractère désagréable.

C’est leur capacité à continuer à influencer les émotions, les décisions, les relations et les comportements actuels.

Assimilation, sur-accommodation et accommodation

La CPT distingue trois processus particulièrement utiles pour comprendre ce qui peut se produire après un trauma.

L’assimilation

Dans l’assimilation, la personne modifie l’interprétation de l’événement pour pouvoir le faire entrer dans ses croyances antérieures.

Cela peut notamment favoriser une responsabilité excessive.

Une personne peut par exemple penser :

« Si j’avais réagi autrement, cela ne serait jamais arrivé. »

Cette conclusion peut donner l’impression qu’il existait une possibilité de contrôler l’événement.

Mais elle peut également alimenter durablement culpabilité et honte.

La sur-accommodation

À l’inverse, l’expérience peut conduire à transformer les croyances de manière extrêmement générale.

Après avoir été trahie :

« On ne peut faire confiance à personne. »

Après une agression :

« Je serai toujours en danger. »

Après avoir été humiliée :

« Si je montre qui je suis réellement, je serai rejetée. »

Une expérience réelle devient alors la base d’une règle générale appliquée à de nombreuses situations futures.

L’accommodation

L’accommodation correspond à une intégration plus équilibrée.

Elle ne consiste pas à nier le danger, la responsabilité réelle d’une personne ou la gravité de l’événement.

Elle permet plutôt de construire une compréhension suffisamment nuancée pour intégrer à la fois ce qui s’est réellement passé et ce qui existe aujourd’hui.

Ainsi :

« Certaines personnes peuvent me trahir »

n’est pas équivalent à :

« Personne n’est digne de confiance. »

Cette différence paraît parfois minime.

Elle peut pourtant profondément modifier la manière d’habiter le présent.


Les cinq grands domaines que le trauma peut bouleverser

La CPT accorde une attention particulière à cinq domaines de croyances fréquemment affectés après un trauma : sécurité, confiance, pouvoir/contrôle, estime et intimité.

La sécurité

« Le monde est dangereux. »

« Quelque chose peut arriver à tout moment. »

Une expérience réellement dangereuse peut conduire le cerveau à généraliser le danger bien au-delà de la situation initiale.

La confiance

« Je ne peux faire confiance à personne. »

Le trauma peut affecter la confiance envers les autres, mais parfois également la confiance en son propre jugement.

Le pouvoir et le contrôle

« Je suis totalement impuissant. »

Ou à l’inverse :

« Je dois absolument tout contrôler. »

Le sentiment d’impuissance vécu pendant l’expérience peut continuer à influencer la relation au contrôle dans le présent.

L’estime

« Je suis faible. »

« Je suis abîmé. »

« Je ne mérite pas mieux. »

L’événement devient alors, à tort, une définition de soi.

L’intimité

« Être proche de quelqu’un me rend vulnérable. »

L’intimité émotionnelle ou physique peut devenir associée au danger, à la perte ou à la trahison.

Ces cinq dimensions montrent pourquoi les conséquences d’un trauma peuvent dépasser largement le souvenir lui-même.


Comment travaille la CPT ?

La CPT ne consiste pas à remplacer mécaniquement une pensée « négative » par une pensée « positive ».

Son objectif est plutôt de développer une capacité à examiner les pensées liées au trauma.

La personne apprend progressivement à repérer certains Stuck Points, à examiner les éléments qui les soutiennent ou les contredisent, à identifier certaines erreurs de raisonnement et à envisager des interprétations plus équilibrées.

Le questionnement socratique occupe notamment une place importante dans ce travail.

Il ne s’agit donc pas de dire :

« Vous avez tort de penser cela. »

Mais plutôt d’ouvrir des questions :

Qu’est-ce qui vous conduit à cette conclusion ?

Cette conclusion correspond-elle entièrement aux faits ?

Existe-t-il d’autres manières de comprendre ce qui s’est passé ?

Cette règle est-elle vraie dans toutes les situations ?

La transformation recherchée vient progressivement de cette exploration.


CPT et culpabilité : « J’aurais dû… »

La culpabilité post-traumatique constitue un exemple particulièrement parlant.

Après l’événement, nous disposons d’informations que nous n’avions parfois pas au moment où il s’est produit.

Nous connaissons désormais la fin de l’histoire.

Et cette connaissance peut modifier notre jugement sur ce que nous aurions « dû » faire.

« J’aurais dû comprendre. »

« J’aurais dû partir. »

« J’aurais dû réagir. »

« J’aurais dû l’empêcher. »

La CPT peut notamment aider à distinguer :

ce que je sais maintenant

de

ce que je pouvais réellement savoir à ce moment-là.

Cette différence est fondamentale lorsqu’un biais rétrospectif participe à la culpabilité. Le travail sur la culpabilité, la honte et les interprétations assimilées fait partie des objectifs importants de la CPT.


Faut-il raconter en détail son trauma ?

Pas nécessairement.

C’est une différence importante entre l’image que l’on peut avoir de la CPT et sa forme actuelle.

Le protocole historique comportait un récit écrit détaillé du trauma.

Les recherches ultérieures ont conduit à distinguer la CPT cognitive actuelle et une variante intégrant ce récit, appelée CPT+A. Le manuel actuel permet que le récit écrit soit proposé comme option plutôt que comme composante obligatoire.

La personne travaille néanmoins sur l’impact de l’expérience et les significations qui lui sont associées.

La CPT reste donc bien une thérapie centrée sur le trauma.


Combien de temps dure une CPT ?

La CPT a historiquement été structurée autour de 12 séances.

Les développements plus récents permettent cependant davantage de flexibilité : le nombre de séances peut être ajusté en fonction des besoins et de l’évolution de la personne. Le National Center for PTSD indique que le traitement peut être interrompu avant douze séances lorsque les progrès sont suffisants ou prolongé lorsque cela est utile.

Elle peut également être proposée en individuel ou en groupe, même si certaines données suggèrent un avantage au format individuel dans certains contextes.

L’essentiel n’est donc pas de considérer les « 12 séances » comme une formule magique, mais comme l’architecture historique d’un traitement structuré qui peut aujourd’hui être adapté.


Que cherche réellement à transformer la CPT ?

On pourrait résumer le mouvement de la CPT ainsi :

C’est probablement l’une des meilleures manières de comprendre la CPT sans la réduire à une simple « correction des pensées ».


CPT et EMDR : deux manières différentes de travailler avec le trauma

La Cognitive Processing Therapy (CPT) et l’EMDR sont toutes deux des psychothérapies centrées sur le trauma bénéficiant d’un niveau important de validation pour le TSPT. Le VA/DoD classe notamment CPT, EMDR et exposition prolongée parmi les psychothérapies centrées sur le trauma disposant des preuves les plus solides.

Mais elles ne travaillent pas de la même manière.

La CPT met particulièrement l’accent sur les interprétations et croyances liées au trauma.

L’EMDR organise le retraitement autour de cibles comprenant notamment souvenir, cognition, émotion et sensations corporelles, dans le cadre de son modèle du Traitement Adaptatif de l’Information.

Il serait donc réducteur de présenter l’une comme une variante de l’autre.

Elles constituent deux voies thérapeutiques différentes.


CPT et Imagery Rescripting (ImRS)

L’Imagery Rescripting — ImRS travaille davantage à partir de l’imagerie mentale et de la transformation expérientielle de certaines représentations.

La CPT travaille davantage sur la manière dont l’expérience a été interprétée et intégrée cognitivement.

Une croyance comme :

« J’étais totalement impuissant »

peut donc être abordée différemment selon la méthode employée.

L’intérêt d’une approche intégrative n’est pas de confondre ces méthodes mais de comprendre ce que chacune permet spécifiquement de travailler.


CPT, PNL et Restructuration de l’Histoire de Vie

La RHV - Restructuration de l’Histoire de Vie appartient à un autre cadre conceptuel : celui de la Programmation Neuro-Linguistique (PNL)

Elle s’intéresse notamment à la manière dont certaines réactions ou apprentissages peuvent s’inscrire dans l’histoire personnelle et continuer à influencer le présent.

La CPT, elle, possède un cadre théorique et un protocole spécifiques centrés sur les cognitions liées au trauma.

Les deux approches peuvent donc rencontrer des questions communes :

Qu’ai-je appris de cette expérience ?

Qu’est-ce que j’en ai conclu ?

Comment cela influence-t-il encore ma vie ?

Mais elles ne doivent pas être présentées comme équivalentes.


CPT et Hypnose régressive

L’HYPNOSE RÉGRESSIVE mobilise des processus hypnotiques permettant d’explorer certaines expériences ou représentations liées au passé.

La CPT n’utilise pas l’état hypnotique comme mécanisme central.

Elle s’appuie principalement sur l’identification et l’examen des cognitions associées au trauma.

Cette différence est particulièrement importante pour le visiteur qui cherche à comprendre pourquoi plusieurs méthodes peuvent travailler avec « le passé » sans pour autant faire la même chose.


Que dit la recherche scientifique ?

La CPT fait partie des psychothérapies du TSPT les plus étudiées.

Le National Center for PTSD rapporte plusieurs dizaines d’essais contrôlés randomisés et indique que des méta-analyses montrent des effets importants sur la réduction des symptômes du TSPT. La CPT a été étudiée auprès de populations et dans des contextes variés.

Elle figure également parmi les psychothérapies centrées sur le trauma recommandées dans les principales recommandations cliniques concernant le TSPT.

Cette précision est importante :

la validation scientifique la plus solide de la CPT concerne le TSPT.

Cela ne signifie pas que chacune de ses notions ou chacun de ses usages possibles bénéficie automatiquement du même niveau de preuve.


Ce que la CPT n’est pas

Ce n’est pas de la pensée positive

Une croyance équilibrée n’est pas nécessairement agréable.

Elle cherche avant tout à être plus juste et moins rigide.

Elle ne nie pas ce qui s’est passé

Transformer une interprétation ne signifie pas minimiser l’événement.

La responsabilité d’un agresseur reste celle de l’agresseur.

La perte reste une perte.

La violence reste une violence.

Elle ne consiste pas à supprimer les émotions

Une émotion cohérente avec ce qui s’est produit peut rester présente.

L’enjeu est notamment de distinguer la souffrance directement liée à l’événement de celle qui peut être amplifiée ou maintenue par certaines interprétations.

Elle n’efface pas le souvenir

Le passé ne disparaît pas.

C’est la manière dont il continue à organiser le présent qui peut évoluer.


Les limites et précautions

La CPT est une véritable psychothérapie du trauma.

Elle ne doit donc pas être transformée en une série de questions cognitives que l’on appliquerait mécaniquement à toute personne ayant vécu une expérience difficile.

Certaines situations nécessitent une évaluation et une prise en charge adaptées, notamment lorsqu’existent une crise aiguë, un danger actuel, une forte instabilité ou d’autres difficultés nécessitant une prise en charge spécialisée.

Et surtout, questionner une croyance ne signifie jamais contester la réalité d’un événement traumatique.

La nuance est essentielle.


Ce que la CPT nous apprend sur les conséquences du trauma

La CPT met en lumière une distinction particulièrement féconde :

l’événement

n’est pas exactement la même chose que

la signification que nous lui avons donnée.

Nous ne pouvons pas toujours modifier ce qui s’est passé.

Mais certaines conclusions construites autour de l’expérience peuvent être réexaminées.

C’est particulièrement important lorsque nous avons transformé :

« Une personne m’a trahi »

en

« Personne n’est digne de confiance. »

ou :

« Je n’ai pas pu empêcher cet événement »

en

« Je suis impuissant. »

ou encore :

« J’ai vécu quelque chose de terrible »

en

« Quelque chose ne va plus chez moi. »

L’événement appartient à notre histoire.

La conclusion que nous en avons tirée n’est pas nécessairement condamnée à devenir notre avenir.


Pour poursuivre votre compréhension

La CPT prend toute sa place lorsqu’elle est reliée aux autres dimensions du trauma et du changement humain.

Vous pouvez notamment poursuivre avec :

Traumatismes psychologiques : Comprendre tous les TRAUMAS : pour comprendre ce qui peut rester actif après une expérience traumatique.

L’EMDR : pour découvrir une autre psychothérapie centrée sur le trauma.

ImRS - Imagery Rescripting : pour comprendre le travail de rescripting en imagerie.

RHV - Restructuration de l'Histoire de Vie : pour découvrir une autre manière de travailler avec certaines expériences du passé.

L’HYPNOSE RÉGRESSIVE : pour comprendre le travail avec le passé dans un cadre hypnotique.

LA RÉGULATION ÉMOTIONNELLE  : pour comprendre comment nos réponses émotionnelles peuvent être modulées.

Conclusion — Ce qui s’est passé n’est pas nécessairement ce que cela doit continuer à signifier

Une expérience traumatique peut changer une vie.

Mais elle peut également produire des conclusions qui vont parfois beaucoup plus loin que l’événement lui-même.

Je suis responsable.

Je suis impuissant.

Je ne peux faire confiance à personne.

Le monde entier est dangereux.

Je ne vaux plus rien.

La Cognitive Processing Therapy propose précisément de revenir sur ces significations.

Non pour réécrire artificiellement le passé.

Non pour nier ce qui s’est produit.

Mais pour pouvoir distinguer progressivement :

ce qui s’est réellement passé,

ce que j’en ai conclu,

et

ce que je peux aujourd’hui comprendre autrement.

Parce qu’un événement peut appartenir définitivement à notre histoire sans que toutes les croyances construites autour de lui soient condamnées à nous accompagner toute notre vie.


Faites le premier pas

Si une expérience passée continue à influencer votre manière de vous percevoir, de faire confiance, de vous sentir en sécurité ou d’entrer en relation, il peut être utile de comprendre ce qui appartient encore à l’événement et ce qui appartient aux conclusions que vous avez progressivement construites autour de lui.

Différentes approches peuvent être envisagées selon votre histoire, vos besoins et ce qui reste aujourd’hui actif.

Faites le premier pas en réservant un moment d’échange gratuit.

Ce premier échange permet de clarifier votre situation et d’envisager l’accompagnement qui pourrait être le plus pertinent pour vous.

20 min – Gratuit – Confidentiel – Sans engagement


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