Le Culbuto Épuisé®

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Comprendre ce qui se passe lorsque les ressources de retour à l’équilibre sont fortement diminuées

Introduction

Certaines personnes continuent à avancer alors qu’elles se sentent profondément fatiguées.

Elles travaillent, répondent aux sollicitations, prennent soin de leur entourage, assument leurs responsabilités et tentent de préserver une apparence de normalité.

Pourtant, intérieurement, quelque chose a changé.

Les contrariétés semblent plus difficiles à supporter.

Les émotions deviennent plus envahissantes ou, au contraire, paraissent s’éteindre.

Les décisions les plus simples demandent davantage d’efforts.

Le repos soulage parfois momentanément, mais ne permet plus de retrouver durablement l’élan, la disponibilité et la stabilité d’autrefois.

La personne ne se sent pas nécessairement « effondrée ».

Elle peut encore tenir debout.

Mais elle ne revient plus aussi facilement à son point d’équilibre.

C’est cet état particulier que représente symboliquement Le Culbuto Épuisé®.

Le culbuto est habituellement conçu pour osciller, être bousculé, s’incliner, puis revenir naturellement à sa position d’équilibre.

Mais que se passe-t-il lorsque son socle est fragilisé ?

Que se passe-t-il lorsque ce qui lui permettait de se redresser est fortement diminué ?

Que se passe-t-il lorsque chaque nouvelle sollicitation l’éloigne davantage de son centre, alors que ses capacités de récupération ne suffisent plus à compenser ce qu’il traverse ?

Le Culbuto Épuisé® est un modèle symbolique d’état.

Il ne constitue ni un diagnostic médical, ni une catégorie psychologique, ni un modèle clinique d’intervention.

Il permet d’aider une personne à se représenter ce qui peut se passer en elle lorsque ses ressources de retour à l’équilibre sont devenues insuffisantes face aux sollicitations, aux tensions ou aux adaptations qui se prolongent.

Pourquoi utiliser l’image du culbuto ?

Le culbuto possède une propriété particulière : même lorsqu’il est poussé, incliné ou déstabilisé, il tend à revenir vers son centre.

Il peut être mis en mouvement sans perdre immédiatement son équilibre fondamental.

Cette image permet de représenter une propriété essentielle du vivant : sa capacité à s’adapter aux variations de son environnement et à retrouver une certaine stabilité après avoir été perturbé.

Dans la vie quotidienne, nous sommes constamment soumis à des mouvements.

Une contrariété nous affecte.

Une émotion nous traverse.

Une responsabilité mobilise notre attention.

Une difficulté relationnelle crée une tension.

Une mauvaise nouvelle modifie notre état intérieur.

Une période exigeante sollicite davantage notre organisme.

Une incertitude nous oblige à rester vigilants.

Lorsque nos ressources sont suffisamment disponibles, ces mouvements peuvent être absorbés, régulés et progressivement intégrés.

Nous sommes déstabilisés, mais nous ne restons pas nécessairement durablement désorganisés.

Nous pouvons ressentir une émotion forte, puis retrouver de l’apaisement.

Nous pouvons traverser une période difficile, puis récupérer.

Nous pouvons nous adapter à un changement, puis reconstruire de nouveaux repères.

Nous pouvons être fatigués, puis retrouver de l’énergie.

Comme le culbuto, nous oscillons avant de revenir vers une forme d’équilibre.

Le problème n’est donc pas d’être parfois déstabilisé.

Le problème apparaît lorsque les ressources qui permettent habituellement ce retour deviennent trop faibles, trop dispersées, trop sollicitées ou insuffisamment renouvelées.

Le Culbuto Épuisé® : un équilibre qui ne se restaure plus complètement

Le Culbuto Épuisé® ne désigne pas uniquement une personne qui manque de sommeil ou qui aurait besoin de quelques jours de repos.

Il représente une situation dans laquelle le système tout entier continue à être sollicité alors que ses capacités de récupération sont fortement diminuées.

La personne peut encore fonctionner.

Elle peut encore produire des efforts.

Elle peut encore s’adapter.

Mais chaque adaptation lui coûte davantage.

Chaque tension met plus de temps à s’apaiser.

Chaque émotion mobilise une part plus importante de ses ressources disponibles.

Chaque difficulté supplémentaire peut créer un déséquilibre disproportionné par rapport à l’événement lui-même.

Ce n’est pas nécessairement parce que l’événement est devenu plus grave.

C’est parfois parce que la réserve intérieure permettant de l’absorber est devenue plus faible.

Le Culbuto Épuisé® peut alors continuer à osciller, mais son mouvement devient différent.

Il revient plus lentement vers son centre.

Il ne revient que partiellement.

Il semble se redresser, puis repart immédiatement sous l’effet d’une nouvelle sollicitation.

Il reste incliné pendant de longues périodes.

Il devient extrêmement sensible à ce qui, autrefois, aurait été supportable.

Il peut également finir par se figer, comme si le mouvement lui-même demandait désormais trop d’énergie.

Les ressources de retour à l’équilibre

Nous ne revenons pas à l’équilibre grâce à une seule ressource.

Ce retour dépend de plusieurs dimensions qui s’influencent mutuellement.

Les ressources physiques

Elles comprennent notamment l’énergie disponible, le sommeil, la récupération corporelle, la capacité à relâcher les tensions et la possibilité de restaurer les fonctions mobilisées par l’effort.

Lorsque ces ressources diminuent, le corps dispose de moins de marge pour faire face aux nouvelles sollicitations.

Une journée ordinaire peut devenir éprouvante.

Un effort modéré peut demander une récupération prolongée.

Les tensions peuvent s’accumuler sans parvenir à se relâcher complètement.

Les ressources émotionnelles

Elles permettent d’accueillir, de différencier, de contenir et de traverser les émotions sans être systématiquement débordé ou coupé de ce que l’on ressent.

Lorsque ces ressources sont fortement diminuées, les émotions peuvent devenir plus intenses, plus rapides ou plus difficiles à apaiser.

À l’inverse, certaines personnes ne ressentent presque plus rien.

Cette apparente absence d’émotion n’est pas toujours un signe de sérénité. Elle peut correspondre à une forme de mise à distance ou d’engourdissement intérieur.

Les ressources mentales

Elles concernent l’attention, la concentration, la mémoire de travail, la capacité de hiérarchisation, la prise de décision et la possibilité de prendre du recul.

Lorsqu’elles diminuent, la personne peut avoir le sentiment que son esprit fonctionne au ralenti ou reste constamment encombré.

Elle peut avoir du mal à organiser ses pensées, à faire des choix simples ou à interrompre les préoccupations qui tournent en boucle.

Les ressources relationnelles

L’être humain ne se régule pas uniquement seul.

La sécurité relationnelle, le soutien, la reconnaissance, la possibilité de parler sans être jugé et la présence de personnes fiables participent également au retour à l’équilibre.

Lorsque la personne se sent isolée, incomprise, constamment sollicitée ou obligée de se protéger dans ses relations, une partie importante de ses ressources peut rester mobilisée.

Elle ne trouve plus autour d’elle les conditions permettant de relâcher sa vigilance.

Les ressources psychiques

Elles comprennent la capacité à donner du sens à ce que l’on vit, à maintenir une continuité intérieure, à se représenter un avenir et à sentir que l’on conserve une marge d’action.

Lorsque ces ressources diminuent, la personne peut continuer à agir sans parvenir à comprendre pourquoi elle agit encore.

Elle accomplit ce qui doit être accompli, mais ne ressent plus véritablement d’élan, de direction ou de cohérence intérieure.

Les ressources environnementales

Le contexte joue également un rôle majeur.

Il est plus difficile de retrouver l’équilibre lorsque les contraintes restent présentes, que les sollicitations ne cessent jamais ou que l’environnement continue à produire de l’insécurité, de la pression, de l’imprévisibilité ou des conflits.

Dans certaines situations, la personne tente de récupérer dans un contexte qui continue simultanément à l’épuiser.

Le retour à l’équilibre n’est pas un simple retour au calme

Une personne peut sembler calme sans avoir réellement retrouvé son équilibre.

Elle peut ne plus pleurer parce qu’elle n’en a plus l’énergie.

Elle peut ne plus se mettre en colère parce qu’elle s’est résignée.

Elle peut ne plus protester parce qu’elle ne croit plus que cela changera quelque chose.

Elle peut rester immobile alors que son organisme demeure intérieurement en tension.

Elle peut dormir davantage sans se sentir véritablement reposée.

Elle peut s’arrêter quelques heures tout en restant mentalement envahie par ce qu’elle devrait faire.

Le retour à l’équilibre ne correspond donc pas seulement à la disparition visible de l’agitation.

Il suppose que les différents systèmes mobilisés puissent progressivement cesser de fonctionner en mode d’urgence, de protection ou de compensation.

Il suppose également que des ressources redeviennent disponibles pour autre chose que la simple gestion de l’immédiat.

Lorsque le retour à l’équilibre devient difficile, la personne peut donner l’impression d’être revenue au calme alors qu’elle reste profondément fragilisée.

Le Culbuto semble immobile, mais il n’a pas nécessairement retrouvé son centre.

Comment les ressources diminuent-elles ?

L’épuisement intérieur n’est pas toujours provoqué par un événement unique.

Il peut résulter d’une accumulation de sollicitations ordinaires qui se prolongent sans restauration suffisante.

La répétition des sollicitations

Une contrainte ponctuelle peut généralement être compensée.

Mais lorsqu’elle se répète jour après jour, elle mobilise continuellement les mêmes capacités d’adaptation.

Ce qui était supportable pendant quelques jours peut devenir épuisant lorsque cela dure plusieurs semaines ou plusieurs mois.

L’absence de véritable récupération

La personne peut s’arrêter sans réellement récupérer.

Elle cesse une activité, mais reste préoccupée.

Elle se repose, mais demeure disponible pour les autres.

Elle dort, mais son sommeil reste fragmenté ou peu réparateur.

Elle prend quelques jours de congé, mais conserve la charge mentale de ce qui l’attend.

L’arrêt de l’effort n’entraîne donc pas toujours la restauration des ressources.

La multiplication des fronts

Travail, couple, famille, santé, responsabilités matérielles, incertitudes financières ou événements imprévus peuvent se superposer.

Chacune de ces dimensions exige une adaptation particulière.

Lorsque plusieurs difficultés surviennent simultanément, la personne ne dispose plus d’un espace suffisamment stable dans lequel se restaurer.

L’obligation de continuer

Certaines personnes sentent qu’elles auraient besoin de ralentir, mais considèrent qu’elles ne le peuvent pas.

Elles doivent continuer à travailler.

Elles doivent soutenir un proche.

Elles doivent préserver leurs revenus.

Elles doivent maintenir leur foyer.

Elles doivent répondre aux attentes.

Le système continue alors à mobiliser des ressources qui ne sont plus suffisamment renouvelées.

La suradaptation

La personne peut avoir appris à s’ajuster en permanence aux besoins, aux attentes ou aux réactions des autres.

Elle anticipe.

Elle évite les conflits.

Elle contrôle ce qu’elle montre.

Elle prend en charge ce qui ne lui appartient pas toujours.

Elle s’efforce de rester fiable, disponible ou irréprochable.

Cette capacité d’adaptation peut longtemps être perçue comme une force.

Mais lorsqu’elle devient permanente, elle peut empêcher la personne d’identifier ses propres limites avant qu’elles ne soient largement dépassées.

Les tensions non résolues

Une situation peut être terminée extérieurement sans être réellement intégrée intérieurement.

Une séparation, un conflit, une perte, une humiliation, une trahison ou une peur durable peuvent continuer à mobiliser des ressources longtemps après l’événement.

La personne poursuit sa vie, mais une partie d’elle reste occupée à contenir, éviter ou comprendre ce qui s’est produit.

Le manque de sécurité

Lorsqu’une personne évolue dans un contexte instable, imprévisible ou menaçant, elle peut rester en état de vigilance prolongée.

Elle observe les signes de danger.

Elle anticipe ce qui pourrait arriver.

Elle ajuste son comportement.

Elle limite ses réactions.

Cette vigilance réduit les périodes pendant lesquelles le système peut véritablement relâcher la mobilisation.

Les différents mouvements du Culbuto Épuisé®

Le Culbuto Épuisé® ne se manifeste pas toujours de la même manière.

Selon les personnes, les contextes et les ressources encore disponibles, plusieurs mouvements peuvent apparaître.

Le culbuto qui oscille sans cesse

La personne passe rapidement d’un état à un autre.

Elle se sent momentanément mieux, puis replonge dès qu’une nouvelle difficulté apparaît.

Elle peut connaître quelques heures d’élan, suivies d’une fatigue importante.

Elle tente de reprendre le contrôle, mais l’effort fourni pour se stabiliser contribue lui-même à l’épuiser.

Le culbuto qui reste incliné

La personne ne parvient plus à retrouver sa position habituelle.

Elle fonctionne dans un état durable de tension, de fatigue ou de vulnérabilité.

Elle s’habitue parfois à cet état et finit par le considérer comme normal.

Elle ne se souvient plus clairement de ce qu’elle ressentait lorsqu’elle disposait de davantage de ressources.

Le culbuto hypersensible

La moindre sollicitation provoque un mouvement important.

Un bruit, une demande, un imprévu, une critique ou un retard peuvent déclencher une réaction qui semble disproportionnée.

Cette réaction ne signifie pas nécessairement que la personne exagère.

Elle peut révéler que sa marge de régulation est devenue extrêmement réduite.

Le culbuto ralenti

La personne met davantage de temps à comprendre, à décider, à commencer ou à terminer une action.

Elle peut se sentir lourde, confuse ou sans élan.

Ce ralentissement peut être interprété comme un manque de volonté, alors qu’il peut traduire une forte diminution des ressources disponibles.

Le culbuto figé

Lorsque l’oscillation elle-même devient trop coûteuse, le système peut chercher à réduire les mouvements.

La personne ne sait plus quoi faire.

Elle évite de choisir.

Elle reporte.

Elle se coupe de certaines émotions.

Elle limite ses interactions.

Ce figement peut représenter une tentative de préservation : moins bouger pour ne pas perdre le peu d’énergie encore disponible.

Le culbuto qui tient par compensation

La personne semble fonctionner normalement, mais uniquement grâce à un effort de contrôle permanent.

Elle s’appuie sur des routines rigides, le perfectionnisme, l’hyperactivité, la volonté ou la peur des conséquences.

Elle ne se sent pas véritablement en équilibre.

Elle maintient artificiellement sa position.

Lorsque la compensation cesse, la fatigue jusque-là contenue peut devenir brutalement visible.

Les signes possibles d’un Culbuto Épuisé®

Il n’existe pas un signe unique permettant de reconnaître cet état.

C’est souvent la combinaison, la durée et l’intensification de plusieurs manifestations qui deviennent significatives.

La personne peut notamment constater :

  • une fatigue qui persiste malgré le repos ;
  • une récupération beaucoup plus lente ;
  • une irritabilité inhabituelle ;
  • une sensibilité accrue au bruit, aux demandes ou aux imprévus ;
  • des difficultés de concentration ;
  • une impression de brouillard mental ;
  • une perte d’élan ou d’intérêt ;
  • un sentiment d’être continuellement sollicité ;
  • une difficulté à prendre des décisions simples ;
  • une tendance à s’isoler ;
  • une impression de ne plus avoir de place intérieure ;
  • des émotions plus intenses ou plus difficiles à contenir ;
  • un engourdissement émotionnel ;
  • une difficulté à ressentir du plaisir ;
  • une sensation de fonctionner mécaniquement ;
  • une perte de recul ;
  • une tension corporelle persistante ;
  • un besoin accru de contrôler l’environnement ;
  • un sentiment d’impuissance ou de découragement ;
  • une impression de ne jamais parvenir à récupérer complètement.

Ces manifestations peuvent avoir de nombreuses causes.

Elles ne doivent pas être automatiquement attribuées à un seul mécanisme.

Une fatigue persistante, une modification importante de l’humeur, des troubles du sommeil ou une perte inhabituelle de capacités peuvent également nécessiter un avis médical ou psychologique.

Le modèle du Culbuto Épuisé® permet de représenter une expérience. Il ne remplace pas une évaluation professionnelle.

Pourquoi de petites choses deviennent-elles parfois insupportables ?

Lorsque les ressources sont suffisantes, une petite contrariété reste généralement une petite contrariété.

Lorsque les ressources sont fortement diminuées, cette même contrariété arrive dans un système qui ne dispose presque plus de marge.

L’événement ne tombe pas sur un espace disponible.

Il s’ajoute à ce qui est déjà présent.

Le message supplémentaire n’est pas seulement un message.

Il représente une demande de plus à traiter.

Le retard n’est pas seulement un retard.

Il désorganise un équilibre déjà difficile à maintenir.

La critique n’est pas seulement une remarque.

Elle sollicite des capacités émotionnelles qui sont déjà occupées à contenir d’autres tensions.

La personne peut alors se demander :

« Pourquoi est-ce que je réagis comme cela pour si peu ? »

Mais ce qui déclenche la réaction n’est pas nécessairement ce qui l’explique entièrement.

La dernière goutte n’est pas responsable, à elle seule, du remplissage du vase.

Dans le modèle du Culbuto Épuisé®, la réaction visible dépend à la fois de la sollicitation présente et de l’état des ressources disponibles au moment où elle survient.

Tenir debout ne signifie pas disposer encore de ressources

L’une des difficultés majeures de l’épuisement intérieur est qu’il peut rester longtemps invisible.

Certaines personnes continuent à être performantes.

Elles respectent leurs engagements.

Elles répondent aux besoins de leur entourage.

Elles ne s’effondrent pas publiquement.

Elles peuvent même recevoir des compliments pour leur courage, leur fiabilité ou leur capacité à gérer les situations difficiles.

Mais tenir debout peut reposer sur un effort de plus en plus coûteux.

La personne utilise ses dernières ressources pour préserver son fonctionnement extérieur.

Elle ne dispose alors presque plus de ressources pour se restaurer intérieurement.

Elle peut également croire que, puisqu’elle continue à fonctionner, son état n’est pas suffisamment grave pour être pris en compte.

Elle attend une rupture visible pour reconnaître ce qui se passe.

Or l’épuisement ne commence pas nécessairement au moment de l’effondrement.

L’effondrement éventuel peut être l’aboutissement d’un déséquilibre beaucoup plus ancien.

Le Culbuto Épuisé® permet ainsi de rendre visible une réalité souvent mal comprise :

une personne peut encore être capable d’agir tout en ayant fortement diminué ses capacités de retour à l’équilibre.

Pourquoi le repos ne suffit-il pas toujours ?

Le repos est indispensable, mais il ne répond pas à toutes les formes d’épuisement.

Dormir davantage peut soutenir la récupération physique.

S’arrêter quelques heures peut réduire temporairement les sollicitations.

Prendre des vacances peut créer une rupture avec le rythme habituel.

Cependant, lorsque les sources de tension restent actives, que la charge mentale continue, que les conflits demeurent ou que la personne reste intérieurement en état d’alerte, le repos peut ne produire qu’un soulagement limité.

Il existe une différence entre :

  • interrompre momentanément l’effort ;
  • diminuer la tension ;
  • reconstituer les ressources ;
  • retrouver un sentiment de sécurité ;
  • redevenir intérieurement disponible ;
  • retrouver une capacité durable de mouvement.

Une personne peut se reposer sans parvenir à se ressourcer.

Elle peut cesser d’agir sans cesser de se mobiliser intérieurement.

Elle peut dormir tout en continuant à anticiper.

Elle peut s’isoler sans retrouver de lien avec elle-même.

Elle peut ralentir sans retrouver son centre.

Le Culbuto Épuisé® aide donc à comprendre pourquoi l’injonction « repose-toi » peut être insuffisante, voire culpabilisante, lorsque le problème concerne plus largement les ressources de régulation et de restauration.

Ce qui est diminué n’est pas nécessairement détruit

Le terme « épuisé » peut donner l’impression que toutes les ressources ont disparu.

Ce n’est pas nécessairement le cas.

Dans de nombreuses situations, certaines ressources restent présentes, mais elles ne sont plus suffisamment accessibles, disponibles ou renouvelées.

Elles peuvent être mobilisées presque entièrement pour assurer la survie du fonctionnement quotidien.

Elles peuvent être masquées par la fatigue.

Elles peuvent être bloquées par une vigilance excessive.

Elles peuvent dépendre de conditions qui ne sont plus réunies.

Elles peuvent également se manifester de manière intermittente.

La personne retrouve brièvement de l’énergie dans un contexte rassurant, puis se sent de nouveau épuisée lorsqu’elle revient dans son environnement habituel.

Elle ressent un peu d’élan lorsqu’elle parle d’un sujet important pour elle, puis retombe dans l’inertie.

Elle retrouve de la clarté lorsque les sollicitations diminuent, mais la perd dès que la pression revient.

Ces variations montrent que le système n’est pas nécessairement dépourvu de toute ressource.

Il peut être incapable de les maintenir suffisamment longtemps pour retrouver un équilibre durable.

Le Culbuto Épuisé® n’est pas une identité

Une personne peut dire :

« Je suis devenu faible. »

« Je ne suis plus capable de rien. »

« Je suis paresseux. »

« Je ne suis plus moi-même. »

« Je ne supporte plus rien. »

Ces formulations transforment parfois un état en identité.

Or le Culbuto Épuisé® ne dit pas qui est la personne.

Il représente la manière dont elle fonctionne à un moment donné lorsque ses ressources de retour à l’équilibre sont fortement diminuées.

La personne n’est pas son épuisement.

Elle traverse un état dans lequel certaines de ses capacités habituelles sont moins disponibles.

Cette distinction est essentielle.

Elle permet de comprendre qu’une baisse de concentration ne signifie pas nécessairement une perte définitive de capacités.

Une irritabilité inhabituelle ne résume pas la personnalité.

Une difficulté à agir ne prouve pas l’absence de volonté.

Une sensibilité accrue ne constitue pas une faiblesse morale.

Le comportement présent doit être compris à partir de l’état global du système et des ressources dont il dispose réellement.

Le risque des injonctions

Face à une personne épuisée, l’entourage peut proposer des conseils qui semblent simples :

« Il faut te secouer. »

« Tu devrais sortir davantage. »

« Il faut relativiser. »

« Pense à autre chose. »

« Reprends-toi. »

« Fais un effort. »

« Tu dois apprendre à lâcher prise. »

Ces injonctions supposent que les ressources nécessaires pour agir sont déjà disponibles.

Or le problème du Culbuto Épuisé® est précisément que ces ressources sont fortement diminuées.

Même une action apparemment simple peut demander une énergie que la personne ne parvient plus à mobiliser.

Elle peut savoir intellectuellement ce qui lui ferait du bien sans réussir à le mettre en œuvre.

Elle peut comprendre qu’elle devrait poser des limites sans disposer de la sécurité intérieure ou relationnelle nécessaire pour le faire.

Elle peut vouloir changer de rythme sans pouvoir modifier immédiatement les contraintes auxquelles elle est soumise.

L’écart entre ce qu’elle sait et ce qu’elle parvient à faire peut alors augmenter la culpabilité.

Le modèle symbolique permet de remplacer une lecture morale par une lecture fonctionnelle :

la question n’est pas seulement « Pourquoi ne fait-elle pas ce qu’il faudrait ? »

La question devient également :

« De quelles ressources dispose-t-elle réellement pour pouvoir le faire ? »

L’épuisement comme diminution de la marge intérieure

Nous pouvons imaginer que chaque personne dispose d’une certaine marge intérieure.

Cette marge lui permet d’absorber les imprévus, de contenir les émotions, de réfléchir avant d’agir, d’ajuster son comportement et de récupérer après un effort.

Lorsque cette marge est suffisante, une difficulté peut être ressentie sans envahir l’ensemble du fonctionnement.

Lorsque cette marge diminue, chaque événement prend davantage de place.

La personne n’a plus d’espace mental pour penser.

Elle n’a plus d’espace émotionnel pour accueillir une contrariété supplémentaire.

Elle n’a plus d’espace relationnel pour répondre à une nouvelle demande.

Elle n’a plus d’espace corporel pour supporter une tension de plus.

Elle peut avoir le sentiment que tout est « trop ».

Trop de bruit.

Trop de demandes.

Trop de décisions.

Trop de responsabilités.

Trop d’émotions.

Trop de contacts.

Trop d’incertitudes.

Ce « trop » ne renseigne pas uniquement sur la quantité objective de sollicitations.

Il renseigne également sur la marge intérieure encore disponible pour les recevoir.

Lorsque l’ancien équilibre n’est plus accessible

L’épuisement peut aussi signaler que la personne tente de revenir vers un équilibre qui n’est plus adapté à sa réalité actuelle.

Elle cherche à retrouver son niveau de performance antérieur.

Elle veut redevenir aussi disponible qu’avant.

Elle souhaite reprendre exactement le même rythme.

Elle espère ne plus être affectée par ce qu’elle a vécu.

Mais certains événements modifient durablement les besoins, les priorités ou les limites d’une personne.

Le retour à l’équilibre ne consiste alors pas nécessairement à redevenir exactement comme avant.

Il peut exiger la construction d’un nouvel équilibre.

Le Culbuto Épuisé® ne parvient pas toujours à se redresser parce qu’il lui manque seulement de l’énergie.

Il peut aussi être confronté à un environnement, un rythme ou une organisation qui ne permettent plus à son équilibre ancien de se maintenir.

Cette distinction ouvre une réflexion importante :

faut-il uniquement restaurer les ressources de la personne, ou faut-il également comprendre ce qui continue à les épuiser ?

Un modèle symbolique pour mieux se comprendre

Le Culbuto Épuisé® ne cherche pas à enfermer la personne dans une étiquette.

Il lui offre une représentation simple pour comprendre plusieurs expériences qui peuvent paraître contradictoires.

Pourquoi suis-je encore capable de travailler, mais incapable de répondre à un message personnel ?

Pourquoi puis-je soutenir les autres, mais ne plus savoir ce dont j’ai besoin ?

Pourquoi une petite difficulté me bouleverse-t-elle autant ?

Pourquoi le repos ne me restaure-t-il pas vraiment ?

Pourquoi est-ce que je me sens mieux lorsque les sollicitations diminuent, puis de nouveau épuisé lorsqu’elles reprennent ?

Pourquoi sais-je ce que je devrais faire sans parvenir à le faire ?

Pourquoi ai-je l’impression de ne plus être moi-même ?

Le modèle apporte une hypothèse de compréhension :

les ressources qui permettaient autrefois d’absorber les mouvements, de réguler les tensions et de retrouver l’équilibre sont peut-être fortement diminuées.

La personne ne manque pas nécessairement de volonté.

Elle manque peut-être de disponibilité intérieure.

Elle n’est pas nécessairement devenue fragile.

Sa marge d’adaptation est peut-être momentanément réduite.

Elle ne refuse pas nécessairement d’avancer.

Une part importante de son énergie est peut-être déjà utilisée pour continuer à tenir.

Du Culbuto Épuisé® au Culbuto Ressourcé®

Comprendre l’état du Culbuto Épuisé® constitue une première étape.

Il ne s’agit pas encore de chercher immédiatement à retrouver la performance, à reprendre toutes les activités ou à compenser la fatigue par davantage d’efforts.

Il s’agit d’abord de reconnaître que le système ne dispose plus des mêmes ressources qu’auparavant.

Cette reconnaissance permet de sortir de plusieurs confusions :

  • confondre fatigue et manque de volonté ;
  • confondre immobilité et paresse ;
  • confondre hypersensibilité et faiblesse ;
  • confondre repos et véritable ressourcement ;
  • confondre fonctionnement extérieur et équilibre intérieur ;
  • confondre capacité à tenir et capacité à récupérer.

Le pendant du Culbuto Épuisé® est Le Culbuto Ressourcé®.

Le Culbuto Ressourcé® ne désigne pas une personne qui ne rencontre plus aucune difficulté.

Il représente un état dans lequel les ressources nécessaires au retour à l’équilibre redeviennent suffisamment disponibles.

La personne peut encore être bousculée, émue, fatiguée ou déstabilisée.

Mais elle retrouve progressivement une capacité à absorber les mouvements, à restaurer ses ressources et à revenir vers son centre.

Ce passage ne correspond pas à un simple redressement par la volonté.

Il suppose une restauration plus profonde de ce qui soutient l’équilibre.

À RETENIR

Le Culbuto Épuisé® représente un état dans lequel les ressources physiques, émotionnelles, mentales, relationnelles et psychiques nécessaires au retour à l’équilibre sont fortement diminuées.

La personne peut encore fonctionner, mais chaque adaptation lui demande davantage d’efforts.

Elle revient plus lentement à son centre.

Elle devient plus sensible aux sollicitations.

Elle récupère moins complètement.

Elle peut finir par fonctionner grâce au contrôle, à la compensation, au ralentissement ou au figement.

Cet état n’est ni une identité, ni une faiblesse morale.

Il ne signifie pas nécessairement que toutes les ressources ont disparu.

Il indique que les capacités de régulation, de récupération et de restauration ne suffisent plus à compenser durablement les contraintes présentes.

Comprendre le Culbuto Épuisé®, c’est commencer à regarder l’épuisement autrement.

Non plus seulement comme une fatigue qu’il faudrait vaincre, mais comme le signe que le système ne dispose plus d’une marge suffisante pour retrouver spontanément son équilibre.

Conclusion

Nous avons parfois tendance à mesurer notre état à partir d’une seule question :

« Est-ce que je tiens encore debout ? »

Mais continuer à tenir ne signifie pas nécessairement que nous allons bien.

Cela ne signifie pas que nous récupérons.

Cela ne signifie pas que nos ressources se renouvellent.

Cela ne signifie pas que nous disposons encore d’une véritable marge intérieure.

Le Culbuto Épuisé® permet de déplacer le regard.

La question n’est plus seulement :

« Suis-je encore capable de continuer ? »

Elle devient :

« Est-ce que ce que je mobilise pour continuer me permet encore de revenir à l’équilibre ? »

Lorsqu’une personne ne retrouve plus durablement son centre, que le repos ne suffit plus ou que les plus petites sollicitations deviennent difficiles à absorber, il peut être nécessaire de prendre au sérieux la diminution de ses ressources intérieures.

Non pour la réduire à son épuisement.

Non pour la déclarer incapable.

Mais pour comprendre ce qui se passe réellement en elle et reconnaître que son système a besoin de conditions différentes pour pouvoir se restaurer.

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