L’hiver sera rude
EXTRAIT DE L’ARTICLE
À l’approche de l’hiver, un homme demande conseil à un sage indien. Plus il coupe de bois, plus le sage paraît certain que l’hiver sera rude. Mais comment peut-il le savoir ?
C'est l'histoire d'un homme avait décidé de quitter la ville pour s’installer dans une région montagneuse du Canada.
Il rêvait depuis longtemps d’une vie plus simple, plus proche de la nature et éloignée de l’agitation qu’il connaissait jusque-là.
Après plusieurs mois de travail, il acheva la construction d’une petite maison en bois, au fond d’une vallée entourée de montagnes et de vastes forêts.
La maison était solide.
Le toit avait été renforcé.
Les fenêtres fermaient correctement.
Un poêle occupait le centre de la pièce principale.
L’homme contempla son œuvre avec satisfaction.
Il avait construit lui-même l’endroit dans lequel il espérait vivre plus librement.
Mais l’été touchait à sa fin.
Les journées raccourcissaient déjà et les premières fraîcheurs matinales descendaient des montagnes.
L’homme commença alors à penser à l’hiver.
Il n’avait encore jamais vécu dans cette région.
Il ignorait combien de temps durerait le froid, quelle quantité de neige pouvait tomber et combien de bois serait nécessaire pour chauffer sa maison jusqu’au retour du printemps.
Il commença par couper quelques arbres.
Il fendit les troncs, rangea soigneusement les bûches et constitua une première réserve le long d’un mur.
Lorsqu’il eut terminé, il contempla la pile de bois.
Elle lui sembla importante.
Mais une question apparut presque immédiatement :
« Est-ce réellement suffisant ? »
L’homme tenta d’évaluer la quantité qu’il pourrait consommer.
Il observa son poêle.
Il imagina les longues soirées d’hiver, les tempêtes, les températures négatives et les chemins rendus impraticables par la neige.
Plus il réfléchissait, moins sa réserve lui paraissait rassurante.
Il demanda alors conseil à un habitant de la vallée.
— Je viens de terminer ma maison, lui expliqua-t-il. Savez-vous si l’hiver sera froid cette année ?
Le voisin regarda les montagnes.
— Personne ne peut en être certain, répondit-il. Mais un sage indien vit là-haut, en haut de la montagne. On dit qu’il connaît parfaitement cette région. Il sait observer les animaux, le vent, les nuages et les changements de saison.
L’homme fut immédiatement intéressé.
Un sage capable de lire les signes de la nature saurait certainement lui dire ce qu’il devait prévoir.
Le lendemain matin, il entreprit l’ascension de la montagne.
Le chemin était long et escarpé.
Après plusieurs heures de marche, il aperçut une habitation isolée, installée sur un plateau qui dominait toute la vallée.
Le sage indien se tenait devant la porte.
L’homme s’approcha respectueusement.
— Bonjour Grand Sage, on m’a dit que vous connaissiez cette région mieux que personne. Je viens de construire une maison dans la vallée et je prépare du bois. Savez-vous comment sera l’hiver prochain ?
Le sage indien regarda lentement le ciel, les arbres et les sommets.
Puis il répondit :
— Oui, l’hiver sera rude...
L’homme le remercia et redescendit aussitôt.
Dès son retour, il reprit sa hache.
S’il devait affronter un hiver rude, sa première réserve ne serait certainement pas suffisante.
Il travailla pendant plusieurs jours.
Il coupa davantage d’arbres, fendit les troncs et construisit un nouvel abri pour protéger le bois de la neige.
Bientôt, une imposante réserve de bûches s’éleva près de la maison.
L’homme l’observa.
Elle lui sembla d’abord rassurante.
Pourtant, une nouvelle inquiétude apparut :
« Le sage a parlé d’un hiver rude. Mais que voulait-il réellement dire ? »
Un hiver rude pouvait durer plus longtemps que prévu.
Les températures pouvaient être exceptionnellement basses.
Une tempête pouvait bloquer les chemins et l’empêcher d’aller chercher du bois supplémentaire.
Plus il réfléchissait, plus sa réserve lui semblait insuffisante.
Il décida donc de retourner voir le sage.
Après avoir de nouveau gravi la montagne, il lui demanda :
— Êtes-vous vraiment certain que l’hiver sera rude ?
Le sage se frotta lentement le front, souleva la mèche de cheveux qui lui tombait devant les yeux et regarda longuement vers la vallée, juste en contrebas.
Il semblait réfléchir avec la plus grande attention.
Puis il répondit :
— Oh, oui... L’hiver sera très rude...
L’homme sentit son inquiétude augmenter.
S’il avait déjà préparé autant de bois et que le sage parlait maintenant d’un hiver très rude, cela signifiait qu’il devait encore renforcer ses réserves.
Il redescendit rapidement.
Pendant les semaines suivantes, il travailla dur, du matin jusqu’au soir.
Il coupa des arbres de plus en plus loin dans la forêt.
Il fendit des centaines de bûches.
Il remplit le premier abri, puis en construisit un deuxième.
Il empila du bois derrière la maison, près du chemin et sous un auvent.
Son voisin le regardait travailler avec étonnement.
— Tu n’as pas peur d’en préparer un peu trop ? lui demanda-t-il.
— Le sage m’a prévenu que l’hiver serait très rude.
Le voisin contempla ses réserves.
— Dans ce cas, tu as probablement raison de continuer.
Ces paroles ne rassurèrent pas l’homme.
Elles lui donnèrent au contraire l’impression que son inquiétude était justifiée.
Il poursuivit son travail.
Mais plus la réserve augmentait, plus il imaginait ce qui pourrait encore manquer.
Et si l’hiver durait jusqu’au milieu du printemps ?
Et si une partie du bois prenait l’humidité ?
Et si le poêle consommait davantage que prévu ?
Et s’il devait accueillir quelqu’un pendant une tempête ?
Et si le sage avait perçu des signes annonçant un hiver exceptionnel ?
Incapable de calmer ses interrogations, l’homme retourna une troisième fois dans la montagne.
Il arriva essoufflé devant le sage.
— J’ai suivi votre conseil et j’ai coupé énormément de bois. Mais j’ai besoin de savoir : êtes-vous réellement certain que l’hiver sera aussi difficile ?
Le sage ne répondit pas immédiatement.
Il se frotta lentement le front, souleva la mèche de cheveux qui lui tombait devant les yeux et regarda longuement vers la vallée, juste en contrebas.
Il semblait réfléchir avec la plus grande attention.
Puis il déclara d’un ton grave et assuré :
— L’hiver sera très, très rude.
Impressionné par une telle certitude, l’homme demanda :
— Mais comment pouvez-vous le savoir ? Quels signes avez-vous observés ? Le vent ? Les animaux ? Les nuages ? Les arbres ?
Le sage haussa légèrement les épaules.
— Ben… quand homme blanc coupe du bois,... l’hiver sera rude !
Cette histoire nous fait d’abord sourire.
L’homme cherche une information auprès du vieux sage.
Celui-ci observe ensuite le comportement de l’homme pour confirmer son propre jugement.
Mais derrière ce malentendu se trouve un mécanisme particulièrement riche.
Et vous ?
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Qu’est-ce qu’elle évoque pour vous ?
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(*) ORIGINE DE LA MÉTAPHORE
Cette histoire humoristique circule depuis longtemps sous différentes formes, sans auteur clairement identifié.
Selon les versions, l’action se déroule au Canada ou dans une région montagneuse d’Amérique du Nord. Le personnage consulté est présenté comme un sage indien, un ancien autochtone ou un homme réputé pour connaître les signes de la nature.
Le récit proposé ici constitue une adaptation libre pour Coaching & Thérapies®.
Il conserve le retournement principal de l’histoire tout en développant ce qu’elle peut nous apprendre sur le besoin de contrôle, la peur de l’incertitude et les boucles relationnelles observées en Systémie.
















