Ma cabane de rêve penche un peu
Une métaphore originale de Coaching & Thérapies®.
EXTRAIT DE L’ARTICLE
Il avait construit la cabane dont il rêvait, au bout d’une petite avancée sur la mer. Lorsqu’un côté commença à s’enfoncer, il trouva chaque fois une nouvelle manière de s’adapter.
Mais que se passera-t-il lorsqu’un visiteur déposera quelques perles sur son plancher ?
Depuis toujours, un homme rêvait de vivre au bord de l’eau.
Il imaginait une petite cabane en bois, suffisamment éloignée du rivage pour entendre la mer sous son plancher, mais assez proche de la plage pour pouvoir la rejoindre à pied.
Après plusieurs années d’économies, il trouva enfin l’endroit idéal.
Une petite avancée de sable et de rochers s’étirait au-dessus d’un lagon turquoise. Il y construisit une passerelle, puis planta de solides poteaux dans le fond marin.
Au bout de cette avancée, il bâtit sa cabane.
Elle possédait une grande terrasse ouverte sur l’horizon, une chambre lumineuse, une cuisine en bois clair et de larges fenêtres qui laissaient entrer le bruit des vagues.
Le soir, il allumait quelques lanternes et regardait le soleil disparaître derrière les îles.
Tous ceux qui lui rendaient visite lui disaient :
— C’est une véritable cabane de rêve.
Et l’homme souriait.
C’était exactement ainsi qu’il la voyait.
Quelques mois plus tard, il remarqua qu’une porte ne restait plus ouverte.
Elle se refermait lentement toute seule.
Il examina les charnières, les resserra et plaça une petite cale sous la porte.
Le problème fut réglé.
Un peu plus tard, sa table commença à bouger.
L’un de ses pieds ne touchait plus parfaitement le sol.
L’homme glissa une rondelle de bois dessous.
La table retrouva sa stabilité.
Puis ce fut au tour du lit.
Chaque nuit, il avait l’impression de glisser légèrement vers le même côté.
Il suréleva deux pieds du sommier et plaça un traversin contre le mur.
Il dormit de nouveau confortablement.
Au fil des saisons, l’un des poteaux qui soutenait la cabane s’enfonçait lentement dans le sable.
L’inclinaison restait discrète.
À peine visible depuis la plage.
À l’intérieur, cependant, de petits changements apparaissaient.
Les fruits roulaient sur la table.
Les placards s’ouvraient tout seuls.
L’eau restait dans un coin de la douche.
Certains tableaux semblaient de travers.
L’homme trouvait chaque fois une solution.
Il fixa des loquets aux portes des placards.
Il remplaça les bols ronds par des récipients à fond plat.
Il raccourcit deux pieds de la grande armoire.
Il suspendit les tableaux légèrement inclinés afin qu’ils paraissent droits depuis le canapé.
Il apprit même à poser ses verres toujours du même côté de la table.
Ses gestes devinrent précis.
Son corps connaissait désormais la pente.
Lorsqu’il traversait la pièce, il compensait naturellement l’inclinaison sans même y penser.
Un voisin lui suggéra un jour de faire examiner les poteaux.
— Cela peut attendre, répondit l’homme. La cabane penche seulement un peu.
Il avait prévu de s’en occuper après la saison des pluies.
Puis il préféra attendre la fin de l’été.
Ensuite, le bois devint trop cher.
Un artisan lui annonça qu’il faudrait peut-être soulever une partie de la cabane pour consolider ses fondations.
L’homme trouva les travaux excessifs.
— Tout fonctionne encore parfaitement, expliqua-t-il. Il suffit de connaître la maison.
Et il la connaissait remarquablement bien.
Il savait où poser les objets.
Il savait quelles portes devaient être retenues.
Il savait de quel côté s’asseoir et comment disposer les meubles.
Ce qui avait d’abord demandé quelques ajustements était devenu sa manière habituelle d’habiter.
Un matin, un ami vint lui rendre visite.
Il revenait d’une longue promenade sur la plage et tenait dans sa main un magnifique coquillage rond.
— Regardez ce que j’ai trouvé près des rochers, dit-il.
Il ouvrit le coquillage.
À l’intérieur reposaient plusieurs petites perles nacrées, encore couvertes de grains de sable.
La lumière les faisait briller.
L’homme s’approcha pour mieux les observer.
— Elles sont magnifiques.
Son ami entra dans la cabane, posa délicatement le coquillage sur le plancher et s’accroupit pour retirer le sable resté autour des perles.
À peine eut-il retiré sa main que le coquillage se mit à glisser.
Très lentement d’abord.
Puis un peu plus vite.
Il traversa la pièce.
Passa sous la table.
Contourna l’armoire aux pieds raccourcis.
Franchit la porte que la cale maintenait ouverte.
Continua sur la terrasse…
et bascula dans l’eau.
Les deux hommes se précipitèrent au bord de la passerelle.
Le coquillage flottait encore.
Mais les perles avaient disparu entre les vagues.
Le visiteur resta silencieux.
Le propriétaire de la cabane ne bougea pas.
Il regarda la porte calée.
La table corrigée.
L’armoire raccourcie.
Les tableaux suspendus de travers.
Puis il observa le coin de la cabane qui s’enfonçait lentement dans la mer.
Sa cabane de rêve ne penchait peut-être plus seulement un peu.
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