ADDICTION : quand vous continuez malgré les conséquences
Quand vous voyez que quelque chose vous coûte de plus en plus… mais que réduire, arrêter ou reprendre réellement le contrôle devient difficile
EXTRAIT DE L’ARTICLE
Vous savez peut-être déjà que cette consommation ou ce comportement vous pose problème. Vous en voyez certaines conséquences. Vous avez peut-être essayé de réduire, de vous arrêter, de reprendre le contrôle ou de vous fixer des limites. Pourtant, quelque chose recommence. L’envie revient, l’automatisme reprend ou la limite fixée est de nouveau dépassée. Une addiction ne se résume pas à ce que vous consommez ni au nombre d’heures que vous y consacrez. La difficulté apparaît surtout lorsque votre liberté de choisir diminue et que vous continuez malgré des conséquences que vous ne souhaitez plus.
Quand vous savez que cela vous fait du mal… mais que vous recommencez quand même
Vous vous étiez dit :
« Pas aujourd’hui. »
Ou :
« Juste un peu. »
« Je m’arrête après celui-ci. »
« Cette fois, je contrôle. »
« Demain, j’arrête. »
Et pourtant :
vous recommencez.
Ou vous allez :
plus loin,
plus longtemps,
plus souvent
ou :
en plus grande quantité que prévu.
Après :
vous pouvez regretter.
Vous promettre de faire autrement.
Vous demander pourquoi vous avez encore recommencé.
Puis, quelque temps plus tard :
la même envie ou le même comportement revient.
C’est souvent ce paradoxe qui devient le plus difficile :
« Je connais les conséquences… alors pourquoi est-ce que je continue ? »
De quoi parle-t-on lorsque l’on parle d’addiction ?
Une addiction ne correspond pas simplement :
à aimer quelque chose,
à consommer régulièrement
ou :
à avoir une habitude.
La difficulté devient plus importante lorsque plusieurs éléments commencent à se combiner :
vous contrôlez moins facilement le comportement,
il prend davantage de priorité,
vous avez du mal à réduire ou arrêter
et :
vous continuez malgré des conséquences négatives.
Pour certaines addictions, la consommation ou le comportement peut progressivement mobiliser :
votre attention,
votre temps,
vos habitudes,
vos décisions,
vos relations
ou :
une partie croissante de votre vie.
Une addiction n’est pas simplement un manque de volonté.
La volonté peut évidemment participer au changement.
Mais elle ne suffit pas toujours à neutraliser :
des automatismes,
des apprentissages,
des habitudes renforcées,
des envies intenses,
des effets biologiques
ou :
des comportements devenus très disponibles dans certaines situations.
Habitude, envie, dépendance physique, compulsion et addiction : ce n’est pas exactement la même chose
Une habitude
Vous faites quelque chose régulièrement.
Parfois presque automatiquement.
Mais vous pouvez généralement :
la modifier sans difficulté majeure.
Une forte envie
Vous pouvez avoir très envie :
d’un aliment,
d’un achat,
d’un jeu,
d’une cigarette,
d’un verre
ou :
d’utiliser votre téléphone.
Une envie forte ne constitue pas automatiquement :
une addiction.
Une compulsion
Vous pouvez ressentir une poussée importante à agir et avoir beaucoup de difficulté à ne pas suivre cette impulsion.
Le terme compulsion n’est cependant pas :
synonyme d’addiction.
Une dépendance physique
Votre organisme peut s’être adapté à une substance.
La diminution ou l’arrêt peut alors entraîner :
des symptômes de sevrage.
Cela peut faire partie d’une addiction, mais :
dépendance physique et addiction ne sont pas exactement la même chose.
Une addiction
La question devient notamment :
« Quelle liberté me reste-t-il réellement face à ce comportement ? »
Puis-je :
ne pas commencer ?
m’arrêter comme prévu ?
réduire durablement ?
supporter de ne pas le faire ?
continuer à donner de la place au reste de ma vie ?
Ou est-ce que :
la consommation ou le comportement décide progressivement davantage à ma place ?
Tous les comportements envahissants ne sont pas automatiquement des addictions
C’est une distinction importante.
Le langage courant parle facilement :
d’addiction au téléphone,
aux réseaux sociaux,
au shopping,
au travail
ou :
au sport.
Mais tous ces comportements ne correspondent pas automatiquement à un diagnostic reconnu d’addiction.
Dans la CIM-11, l’Organisation mondiale de la Santé reconnaît notamment le trouble lié aux jeux d’argent et le trouble du jeu vidéo parmi les troubles dus à des comportements addictifs. Le trouble du jeu vidéo repose notamment sur l’altération du contrôle, la priorité croissante donnée au jeu et sa poursuite malgré des conséquences négatives importantes.
Cela signifie que :
« cela prend beaucoup de place » ne suffit pas, à lui seul, pour conclure à une addiction.
Mais un comportement peut néanmoins devenir :
envahissant,
compulsif,
difficile à contrôler
et :
suffisamment problématique pour mériter d’être regardé sérieusement.
Quels sont les signes qu’une addiction prend trop de place ?
Un signe isolé ne permet pas :
de poser un diagnostic.
C’est davantage :
l’ensemble de ce qui change dans votre vie
qui mérite d’être observé.
Je vais régulièrement plus loin que ce que j’avais prévu
Plus longtemps.
Plus souvent.
En plus grande quantité.
La limite était claire.
Mais elle est régulièrement :
dépassée.
J’ai déjà essayé de réduire ou d’arrêter sans y parvenir durablement
Vous avez pris des décisions.
Fait des pauses.
Supprimé un accès.
Évité certaines situations.
Vous avez parfois réussi :
quelques jours,
quelques semaines
ou :
plus longtemps.
Puis :
le comportement est revenu.
Cela prend de plus en plus de place dans mes pensées
Vous pensez :
au prochain moment,
à la prochaine possibilité,
à la prochaine consommation
ou :
à la manière de résister.
Même lorsque vous ne le faites pas :
cela peut continuer à occuper votre esprit.
Je continue alors que j’en vois les conséquences
Fatigue.
Argent.
Sommeil.
Santé.
Relations.
Travail.
Temps perdu.
Culpabilité.
Vous savez :
que quelque chose vous coûte.
Et pourtant :
vous continuez.
J’y recours facilement lorsque quelque chose devient difficile
Stress.
Ennui.
Solitude.
Tension.
Fatigue.
Frustration.
Tristesse.
Besoin de décompresser.
La consommation ou le comportement peut devenir :
une réponse de plus en plus disponible à certains états intérieurs.
D’autres choses commencent progressivement à passer après
Une activité.
Un rendez-vous.
Le sommeil.
Un projet.
Une relation.
Une responsabilité.
Ce qui occupait une place limitée commence à :
déplacer autre chose.
J’ai de plus en plus l’impression de ne plus choisir complètement
Vous continuez peut-être à vous dire :
« Je pourrais arrêter. »
Mais lorsque vous essayez réellement :
cela devient beaucoup plus difficile que prévu.
Aimer quelque chose ou chercher du plaisir n’est pas le problème
Le plaisir n’est pas :
une difficulté en soi.
Nous cherchons naturellement :
à nous détendre,
à nous distraire,
à nous stimuler,
à partager,
à nous faire plaisir.
La question change lorsque :
ce qui vous apporte quelque chose à court terme commence à vous coûter davantage à moyen ou long terme.
Et surtout lorsque vous constatez que :
vous n’arrivez plus facilement à modifier le comportement malgré cette connaissance.
Le cœur de la difficulté n’est donc pas seulement :
« Combien ? »
Il est aussi :
« Avec quelle liberté ? »
Comment le cycle peut-il progressivement se renforcer ?
Une addiction ne fonctionne pas exactement de la même manière :
chez toutes les personnes,
avec toutes les substances
ni :
avec tous les comportements.
Mais un cycle peut parfois apparaître.
Quelque chose déclenche :
une envie,
une tension,
un automatisme
ou :
un contexte familier.
Vous consommez ou reproduisez le comportement.
Un effet apparaît rapidement :
plaisir,
soulagement,
stimulation,
désinhibition,
occupation,
distraction.
Votre système apprend :
« Cela produit rapidement quelque chose dont j’ai envie ou besoin. »
Puis l’effet s’estompe.
Les conséquences reviennent.
Parfois :
la fatigue,
le regret,
la honte,
la tension
ou :
une nouvelle envie.
UN DÉCLENCHEUR APPARAÎT
↓
ENVIE • STRESS • HABITUDE • CONTEXTE • ÉMOTION
↓
L’ENVIE AUGMENTE
↓
JE CONSOMME OU JE REPRODUIS LE COMPORTEMENT
↓
UN EFFET IMMÉDIAT APPARAÎT
PLAISIR • SOULAGEMENT • STIMULATION • DISTRACTION
↓
MON SYSTÈME APPREND QUE CETTE RÉPONSE FONCTIONNE RAPIDEMENT
↓
LES CONSÉQUENCES OU L’INCONFORT RÉAPPARAISSENT
↓
AU PROCHAIN DÉCLENCHEUR, LE MÊME RÉFLEXE PEUT REVENIR
Les modèles neurobiologiques contemporains décrivent effectivement l’addiction comme un processus impliquant notamment récompense et motivation, stress, habitudes, craving et contrôle du comportement.
D’autres difficultés peuvent apparaître avec l’addiction
Si l’anxiété accompagne souvent l’envie de consommer ou d’agir
Si vous essayez de reprendre constamment le contrôle
Si la répétition elle-même devient difficile à comprendre
Si ce que vous faites devient une source de condamnation de vous-même
L’addiction peut toucher plusieurs Domaines de votre Vie
MA VIE PERSONNELLE
Une part croissante de votre quotidien peut être organisée autour :
de la consommation,
du comportement,
de l’envie
ou :
des efforts nécessaires pour essayer de le contrôler.
Lorsque cette difficulté commence à freiner votre vie :
MA VIE DE COUPLE
La difficulté peut entraîner :
des promesses difficiles à tenir,
des conflits,
des absences,
des dépenses,
de la dissimulation
ou :
une moindre disponibilité relationnelle.
MA VIE FAMILIALE
Les proches peuvent progressivement devenir :
inquiets,
en colère,
surveillants,
protecteurs,
épuisés
ou :
perdus face à ce qu’ils observent.
MA VIE PROFESSIONNELLE
La difficulté peut finir par affecter :
le sommeil,
la concentration,
la ponctualité,
les finances,
la disponibilité
ou :
la capacité à rester pleinement présent(e).
MA VIE SOCIALE
Vous pouvez :
organiser certaines rencontres autour de la consommation,
éviter des personnes,
cacher ce que vous vivez
ou :
vous isoler progressivement.
Une addiction ne définit pas qui vous êtes
Vous pouvez finir par penser :
« Je manque de volonté. »
Ou :
« Je suis faible. »
« Je gâche tout. »
« Je n’y arriverai jamais. »
Mais une addiction décrit :
un fonctionnement
et non :
votre identité.
Le comportement peut avoir été :
appris,
renforcé,
automatisé,
associé à certains contextes
ou :
à certains effets recherchés.
Et ce fonctionnement peut :
évoluer.
Ce qui entretient une addiction n’est pas identique pour tout le monde
Il serait trop simple de dire :
« Toutes les addictions servent à fuir une souffrance. »
Ce n’est pas nécessairement vrai.
Selon les personnes, plusieurs dimensions peuvent se combiner :
le plaisir,
la stimulation,
la recherche de sensations,
les effets du produit,
les habitudes,
le contexte social,
le stress,
l’ennui,
certaines émotions,
des signaux associés,
la facilité d’accès
ou :
la fonction que le comportement a progressivement prise.
Chez certaines personnes :
la consommation apaise.
Chez d’autres :
elle stimule.
Chez d’autres encore :
elle accompagne certaines situations devenues presque automatiquement associées à elle.
La question utile devient alors :
« Qu’est-ce qui fait que ce comportement revient particulièrement chez moi ? »
Attention : certaines addictions nécessitent aussi une prise en charge médicale ou addictologique
Un accompagnement psychologique peut être utile.
Mais il ne remplace pas :
une évaluation médicale lorsque celle-ci est nécessaire.
Certaines substances peuvent entraîner une dépendance physique et un sevrage qui nécessite des précautions particulières.
Un arrêt brutal de l’alcool chez une personne présentant une consommation importante et chronique peut notamment provoquer un sevrage potentiellement dangereux ; certaines benzodiazépines ne doivent pas non plus être interrompues brutalement après une utilisation régulière sans avis médical.
Si vous êtes concerné(e), l’objectif n’est donc pas :
de prouver que vous pouvez arrêter seul(e).
Il est :
de le faire de la manière la plus sûre et la plus adaptée.
FAQ — ADDICTION
Consommer souvent signifie-t-il forcément avoir une addiction ?
Non.
La fréquence ne suffit pas à elle seule.
Il faut également regarder :
le contrôle,
la priorité prise par le comportement,
les conséquences
et :
la capacité réelle à le modifier.
Une addiction est-elle simplement un manque de volonté ?
Non.
La volonté compte, mais les addictions peuvent aussi impliquer :
des apprentissages,
des automatismes,
des habitudes,
des mécanismes de récompense,
des envies intenses
et parfois :
une dépendance physique.
Peut-on avoir une addiction sans substance ?
Oui.
La CIM-11 reconnaît notamment le trouble lié aux jeux d’argent et le trouble du jeu vidéo parmi les troubles dus à des comportements addictifs.
Smartphone ou réseaux sociaux : suis-je forcément addict si je les utilise beaucoup ?
Non.
Un usage important peut être :
habituel,
problématique
ou :
compulsif
sans correspondre automatiquement à un diagnostic d’addiction.
Il reste néanmoins pertinent de regarder :
la perte de contrôle et les conséquences.
Pourquoi est-ce que je continue alors que je connais parfaitement les conséquences ?
Parce que connaître :
ce qui arrivera plus tard
ne supprime pas automatiquement :
ce que le comportement produit maintenant.
Le bénéfice immédiat peut être :
plus rapide,
plus disponible
et :
plus fortement appris.
Recommencer signifie-t-il que tous mes efforts n’ont servi à rien ?
Non.
Une reprise peut indiquer :
qu’un déclencheur reste actif,
qu’un contexte a changé,
qu’une stratégie n’était pas suffisante
ou :
qu’une partie du fonctionnement reste à comprendre et à sécuriser.
Le regard du Coach & Thérapeute
Lorsqu’une personne me dit :
« Je sais que cela me fait du mal, mais je continue »
je ne commence pas par demander :
« Pourquoi ne vous arrêtez-vous pas ? »
Je cherche plutôt à comprendre :
Quand cela se produit-il ?
Avec qui ?
À quel moment de la journée ?
Après quoi ?
Dans quel état intérieur ?
Puis :
qu’est-ce que cela produit immédiatement ?
Du plaisir ?
Du calme ?
Une coupure ?
De l’énergie ?
Une stimulation ?
Une diminution de la tension ?
Puis :
que se passe-t-il après ?
Parce que deux personnes peuvent présenter :
un comportement extérieurement similaire
et pourtant vivre :
des fonctionnements très différents.
Je regarde donc :
LE DÉCLENCHEUR
↓
L’ENVIE
↓
LE COMPORTEMENT
↓
L’EFFET IMMÉDIAT
↓
LES CONSÉQUENCES
↓
CE QUI FAIT REVENIR LE COMPORTEMENT
↓
CE QUI DOIT RÉELLEMENT ÊTRE TRAVAILLÉ
L’objectif n’est pas simplement :
« avoir davantage de volonté ».
Il est de retrouver progressivement :
davantage de choix.
Et vous : quelle place cela prend-il réellement aujourd’hui ?
Faites-vous régulièrement plus que ce que vous aviez prévu ?
Avez-vous déjà essayé de réduire ou d’arrêter ?
Dans quelles situations l’envie apparaît-elle le plus facilement ?
Qu’est-ce que cette consommation ou ce comportement change immédiatement en vous ?
Quelles conséquences observez-vous aujourd’hui ?
Qu’est-ce qui devient difficile lorsque vous essayez de vous en passer ?
Et peut-être surtout :
avez-vous encore l’impression de choisir librement ?
Et dans quels Domaines de Vie en ressentez-vous aujourd’hui les conséquences ?
Votre vie professionnelle ?
Votre vie personnelle ?
Votre vie de couple ?
Votre vie familiale ?
Votre vie sociale ?
La difficulté peut être :
très visible dans un domaine
et :
presque invisible dans un autre.
Observer cela permet déjà de mieux mesurer :
la place qu’elle prend réellement.
Pour aller plus loin
Pour comprendre plus précisément les mécanismes des addictions
Lorsque la difficulté concerne une substance
Lorsque la difficulté concerne particulièrement l’alcool
Lorsque votre usage du smartphone devient envahissant
Lorsque la difficulté concerne les jeux d’argent
MES DOMAINES DE VIE
Faites le premier pas
Vous savez peut-être déjà :
que quelque chose prend trop de place.
Mais il peut être plus difficile de savoir :
ce qui déclenche le comportement,
ce qui le renforce,
la fonction qu’il remplit,
ce qui relève de l’habitude,
ce qui relève d’une dépendance
ou :
quel accompagnement serait réellement pertinent.
Un premier échange peut permettre de clarifier :
ce que vous vivez,
la place prise par cette consommation ou ce comportement,
les difficultés qui l’accompagnent
et :
la direction la plus adaptée pour avancer.
Faites le premier pas en réservant un moment d’échange gratuit.
20 min — Gratuit — Confidentiel — Sans engagement
Quelques références scientifiques & auteurs
Les travaux de Nora D. Volkow ont largement contribué à la compréhension des mécanismes neurobiologiques impliqués dans les addictions, notamment les systèmes de récompense, de motivation et de contrôle du comportement.
Les travaux de George F. Koob, notamment avec Nora Volkow, ont contribué à modéliser le cycle addictif autour de différents processus de récompense, d’états émotionnels négatifs et d’anticipation ou craving.
Koob, G. F. & Volkow, N. D. (2016). Neurobiology of addiction: a neurocircuitry analysis. The Lancet Psychiatry, 3(8), 760–773.
A. Thomas McLellan, avec Nora Volkow et George Koob, a participé à une synthèse importante sur les avancées neurobiologiques concernant l’addiction et leurs implications pour la prévention et le traitement.
Volkow, N. D., Koob, G. F. & McLellan, A. T. (2016). Neurobiologic Advances from the Brain Disease Model of Addiction. New England Journal of Medicine, 374, 363–371.
La CIM-11 distingue les troubles dus à l’usage de substances des troubles dus à des comportements addictifs et inclut notamment le trouble lié aux jeux d’argent et le trouble du jeu vidéo parmi ces derniers.